Une terre de salut pour le Leopard d'Amour

Lorsque l’espoir fait vivre l’une des plus précieuses espèces menacées…

Photos : JJ Serol & S. Dauwe

Fin décembre 2012, une réserve naturelle de 262 000 hectares a été créée spécifiquement pour constituer un sanctuaire à l’attention des léopards d’Amour et des tigres de Sibérie.

Le léopard de l'Amour (Panthera pardus orientalis) est un exemple de ce que la nature possède de plus merveilleux. C’est un superbe prédateur, solitaire et nocturne, vivant dans les forêts tempérées de l'Extrême-Orient russe. Il se nourrit de chevreuils, de cerf Sika, de petits sangliers sauvages, de lièvres, des blaireaux et de chiens viverrins… Il se reproduit au printemps et donne naissance de 1 à 4 petits qui ne quitteront leur mère qu’à un an et demi, deux ans. Certains mâles restent avec les femelles après l'accouplement pour les aider à élever leurs petits… Leur longévité n’est que de 10 à 15 ans.

Etat des lieux

En 30 ans, le léopard d’Amour a perdu 80% de son territoire. Son habitat s’est réduit comme peau de chagrin à cause du déboisement, de l’agriculture, des feux de forêts… et du braconnage. Ses proies ont diminué au même rythme et avec elles, ses chances de survie. Sur la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), sa situation est catastrophique puisqu’au début du nouveau millénaire, il en restait moins de 40 à l'état sauvage confinés dans une petite zone de la province russe de Primorsky Krai entre Vladivostok et la frontière chinoise. Côté chinois, à cheval sur les provinces de Jilin et du Heilongjiang, il resterait une dizaine d'individus. Quant à la Corée du Sud, le dernier signalement d'un léopard de l'Amour date de 1969 !

Un long chemin

Sous pression du WWF, le Gouvernement russe s’est peu à peu mobilisé. Dans la province de Primorye, l’ONG de protection de la vie sauvage a soutenu les brigades anti-braconnage, lutté contre les feux de forêts, conçu et co-géré des programmes de restauration des forêts originales et d’éducation des populations locales… Une stratégie de conservation s’est donc mise en place avec des programmes complexes pour arrêter le trafic, le braconnage et pour augmenter la population des proies tandis que les populations de léopard étaient étroitement surveillés. Des efforts qui au bout de 15 ans de lutte commencent à porter leurs fruits puisqu’en ce début 2013 de bonnes nouvelles enfin nous parviennent.

Témoignages

Sergueï Aramilev, le coordinateur du programme de sauvegarde de la diversité biologique du Fonds mondial pour la nature (WWF) de la région de l’Amour raconte* son contrôle permanent des populations de félins dans la région : « Chaque printemps, depuis 2002, une surveillance continue a été assurée à l’aide d’appareils photo automatiques. Sur le territoire où sont installés les appareils photo statiques, le nombre de léopards augmente… ». Seule, une méthode classique de comptabilisation et d’analyse d’empreintes dans la neige pourra fournir des données plus précises. Environ 100 membres de diverses organisations scientifiques participent à l’étude.

Au début du mois de janvier 2013, les chercheurs ont déjà mené un premier comptage de la population des léopards dans le parc national russe Zemlya Leopardov, la nouvelle Terre des léopards. Mais une protection efficace contre le braconnage n’est pas suffisante pour renouveler la population de ces prédateurs. Selon Maria Vorontsova, directrice du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), il est nécessaire de recréer un milieu naturel d’habitation pour que le nombre des léopards augmente.

« Afin qu’ils se répandent, il leur faut des sortes de corridors biologiques. Ils doivent pouvoir migrer dans le nord du Primorié pour occuper des territoires qu’ils peuplaient avant. Pour l’instant, cela est irréalisable à cause de l’autoroute entre Vladivostok et Khabarovsk. Elle traverse les lieux d’habitation de ces animaux, séparant le sud du Primorié de la zone principale au nord. Évidemment, il faut assurer la protection du territoire et la lutte contre les braconniers qui chassent non seulement les léopards et les tigres, mais aussi leurs proies potentielles ».

Selon les dernières estimations, près de 50 léopards de l’Amour vivent maintenant sur le territoire du parc. Toutefois, on ne pourra connaître leur nombre exact qu’après le recensement de janvier. Une opération similaire aura lieu également côté chinois dans de la réserve naturelle de Hunchun.

En avril dernier cependant, les nouvelles étaient bonnes aussi sur le front nord-est de la Chine où un recensement des léopards de l'Amour indiquait que sa population avait doublé pour atteindre 8 à 11 individus. Mais surtout, la zone dans laquelle vivent ces léopards est beaucoup plus grande que prévue couvrant 4100 km² dans et aux alentours des réserves de Hunchun et Wangqing.

* extrait d’interview diffusée sur La Voix de la Russie

Précisions à propos de la « Terre des Léopards »

Cette nouvelle zone protégée qui couvre 60 % de la globalité de l’habitat du plus rare des félins sauvages au monde avait été annoncée par la Société Géographique Russe à Saint-Pétersbourg en Avril 2012. Par une résolution du gouvernement de la Fédération russe, La Terre des Léopards a été établie au sud-ouest de la province de Primorsky sur une zone de 262 ha. Ce seul territoire de protection doit permettre la survie d’au moins 50 Léopards et couvrir 60% de son habitat restant. Plus important, il couvre les zone de reproduction que ces félins utilisent depuis des générations. Le parc national sera de plus le refuge stratégique pour 10 tigres de Sibérie (aussi appelés Tigres de l’Amour) vivant dans les montagnes de Changbai (Mandchourie, frontière Chine / Corée). Il bénéficiera d’une administration conjointe avec la réserve naturelle de Kedrovaya Pad (179 km2) connue pour sa biodivertsité exceptionnelle (intégrée d’ailleurs aux réserves de la Biosphère de l’UNESCO). Le gouvernement russe a débloqué pour ces terres d’importants investissements : 1 million d’euros pour sa maintenance annuelle et 125 millions d’euros pour le développement de ses infrastructures.

Le parc comprendra plusieurs zones distinctes. 30.000 hectares seront strictement protégés sur les zones d’habitat principal du plateau de Borisovskoe. 120.000 hectares supplémentaires sur le frontière sino-russe bénéficieront d’une gestion particulière visant notamment à protéger entre autres le Léopard d’amour. L’accès à cette zone ne pourra être octroyé que sur permis spécial. Toutes les zones agricoles, terres autour des villes et zones militaires (au total 38.000 ha) seront intégrées à la zone de développement économique, de même que les propriétés privées. Les forêts restantes (72.000 ha) seront intégrées à un plan de développement éco-touristique. Ces décisions représentent une énorme victoire pour le projet « Amour » duWWF.

© Courtoisie d'un Photographe russe... Image postée sur ellf.ru

© Courtoisie d'un Photographe russe... Image postée sur ellf.ru

Pour plus d’information, il est possible de contacter :

Yuriy Darman, Director of WWF Russia Far-Eastern Branch,

tel/fax: +7 (4232) 41-48-68, e-mail

Svetlana Titova, Protected areas projects coordinator - Far-Eastern Branch,

tel/fax: +7 (4232) 41-48-68, e-mail

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