Gambie : « des Racines et des Ailes »

© JJ Serol  - Au fil du fleuve Gambie

© JJ Serol  - Au fil du fleuve Gambie

GMB.RootsFRegatta_SD6505.JPG

Parce qu’il offre un concentré de nature et de cultures préservées, on a coutume de l’appeler le «plus beau petit pays d’Afrique».

Ses plages et ses eco-lodges sont déjà familiers de quelques-uns, mais l’intérieur du pays dominé par les rives de son grand fleuve est garant de rencontres facilement accessibles, hautes en couleurs...

Texte & Photos : Camille JS & JJ Serol / Pepite Photography

L’absence de décalage horaire (2h en été et 1h en hiver), la fréquence et la rapidité (5h15) des vols qui relient Bruxelles et Banjul sont des atouts fantastiques. Sur un coup de tête, on embarque à destination des tropiques. Ici, pas de foule, juste des petits resorts et des eco-lodges charmants. Le sable ocre clair est bordé par un ruban de vif argent :  l’océan et son paysage hypnotique ponctué de baobabs où la vie s’agraine lentement. A l’aube, des cavaliers au corps secs et déliés chevauchent, taquinant les mouettes. Vers midi, une bande de chiens vagabonds en quête de fraîcheur se terrent dans les bosquets. A l’heure du thé, des vaches à la robe sable, cornes dressées au vent, processionnent en file indienne. Et lorsque le soleil s’approche de l’horizon, jeunes et familles viennent profiter de la plage, manger des fruits de mer et jouer à sauter dans les vagues… 

Banjul, petite capitale administrative, est isolée sur l’île Sainte-Marie… Un île entourée de villages qui au fil du temps sont devenus comme une vaste banlieue où se trouvent Senegambia, Kessering, Bijilo… Des quartiers authentiques et historiques lovés entre la côte Atlantique et la rive sud du plus vaste estuaire de l’Afrique de l’Ouest. C’est là-bas, face à l’océan, que l’on trouve le Leos ou le Lemon Creek Hotel, des lieux ravissants où poser ses bagages et se laisser-vivre avant d’explorer les rivages…


L’émouvant devoir de Mémoire

La Gambie compte 11.295 km2 de terres enclavées au sud du Sénégal. Ces dernières longent scrupuleusement le cours de son fleuve éponyme dont la source se trouve plus au sud, sur le massif Fouta Djallon en Guinée Conakry. Aux heures sombres de l’humanité, lorsque les nations civilisées s’accommodaient du trafic négrier, l’embouchure du fleuve Gambie devint le joyau de la couronne britannique. Dès la fin XVIIe, leurs marchands, avides de fournir la main d’œuvre ouvrière aux plantations antillaises, s’installèrent au milieu du chenal, sur l’île Saint James. Ce troisième plus grand fleuve de l’Afrique de l’Ouest enflamme l’imagination des colons. Ils rêvent d’atteindre et de contrôler Tombouctou à la barbe des Français qui occupent déjà le Sénégal et le Mali (Confédération de Sénégambie)… A 30 km de l’estuaire, un antique navire en bois accoste l’île aujourd’hui baptisée Kunta Kinteh. Un bout de rocher gris inscrit au patrimoine de l’UNESCO où se dressent des ruines enlacées de baobabs. Depuis des millénaires, le point de contact avec les Arabes et les Phéniciens bien avant l’arrivée des premiers Portugais. C’est là qu’ensuite ont mouillé les négriers anglais. Marcher ici ne se fait pas sans un frisson. Sur la rive nord, le village de Juffureh, lui-même jouxtant celui d’Albreda, sont tout deux d’anciens comptoirs d’esclaves mais l’accueil chaleureux des habitants éclipse l’histoire. Des centaines d’enfants peuplent ces villages et ce sont eux qui vous guident jusqu’au petit Musée historique de la Traite d’esclaves. Ce devoir de mémoire accompli, on se joint aux percussionnistes qui rythment les jours de ce village comme pour exorciser le passé. Juffureh possède en effet son Rest House, quelques cases en dur où passer des jours à danser, apprendre à jouer du djembé ou à maîtriser les secrets des batiks des femmes Mandigue.

 

Volières à ciel ouvert

Les Mandigues appartiennent à l’ethnie majoritaire de la mosaïque culturelle gambienne, aux côtés des Wolofs et les Fulani (Peuls en français) que l’on reconnaît à leurs sublimes boucles d’or torsadées et aux batiks des femmes, bleus pour les unes et noirs pour les dernières. Toutes ces tribus, comme aussi les Jolas et les Sérères, sont pour la plupart aujourd’hui devenues musulmanes. Mais l’univers est coloré, pétri de tolérance. Au départ de la côte et de presque tous les hôtels, s’organisent une infinité de petites excursions d’un, deux jours ou plus. Si la chance est au rendez-vous, on peut assister à l’un de ces griots nocturnes ou rencontrer un vieux marabout dont l’art consiste à remonter le fil du temps et démêler l’écheveau complexes des royaumes anciens… Il suffit le plus souvent d’appeler un taxi pour prendre la piste. La mangrove longe longtemps les rives de l’estuaire. C’est un écosystème précieux mais fragile et son abondance est le signe de bonne santé. Petits ou grands, les parcs et réserves naturelles constellent le pays. Déjà à la sortie de la ville, la réserve Abuko, permet de s’offrir un premier tour en pirogue dans la mangrove et là comme ailleurs, on observe de milliers d’oiseaux aux noms fantastiques : héron strié, ombrette africaine, gobe-mouche paradis à ventre roux, cubla de Gambie, martin-pêcheur géant, hirondelle fanti ou cossiphe à calotte neigeuse… Plus de 450 espèces d’oiseaux ont été recensées dans ce pays. Endémiques ou exotiques ! Les boules de plumes sont omniprésentes, du balcon de la chambre jusqu’au bout du plus grand parc naturel de Kiang West. Avec ses 11,5 ha, il couvre (à 145 km de la capitale) 10% du pays, juste en son milieu. Là-bas, à l’abri de la canopée, s’observe aussi le crombec sittelle, l’hypolaïs polyglotte sans compter les babouins, les mangoustes, les hyènes…


Des Crocos Porte-Bonheur

Lamin Lodge se trouve au-delà des banlieues parmi la mangrove et les singes facétieux. C’est un lieu agréable où on mange dans un dédale de rondins de bois sur pilotis. A l’entrée, on admire l’arbre ‘Internet’ où des guides ont peint leurs annonces et c’est vrai qu’elles peuvent se révéler très utiles. Un excellent point de départ pour de plus longues excursions. Des amis accompagnés de leur expert ornithologue se sont donnés rendez-vous ici. D’autres ont loué des 4x4 pour pousser une tête jusqu'à Georgetown, Baboon Island puis se sont arrêtés à Wassu pour voir les étranges cercles de pierres, peut-être les vestiges d’un tombeau de rois. Mais non loin de Banjul et de la côte atlantique, il y a tant à voir et à faire qu’une semaine suffit à peine pour en voir l'essentiel. L’un des Must est d’aller déposer ses vœux aux pieds des quelque 200 crocodiles « saints » de Kachically qui se prélassent dans une mare envahie de jacinthes. Les crocos assurent, dit-on, fertilité et bonheur depuis des générations… C’est dispersé entre les abords de la côte Atlantique et l’arrière pays que se trouve aujourd’hui une foule d’eco-lodges. Sandele Eco Retreat à Kartong, Footsteps Eco-Lodge à Gunjur, Bintang Bolong Lodge le long du fleuve Bintang, Tumani Tenda Eco Tourism Camp, Fara Kunku Lodge au sud de Tujereng et le superbe Mandina Lodge dans la forêt de Makasutu… Ce sont tous des guesthouses où la nature est reine, où l’on séjourne pour vivre des moments uniques en symbiose avec un environnement préservé. Le développement durable est devenu la pierre angulaire de la politique menée en Gambie où le ministère du Tourisme et le département Parks & Wildlife travaillent en étroite collaboration. Le choix des matériaux et l’approvisionnement en énergie sont soigneusement choisis.

L'arbre 'Internet' à Lamin Lodge

L'arbre 'Internet' à Lamin Lodge


Ida et sa cuisine magique

Grâce notamment à cette approche écologique et à de nombreux micro-projets, il est aisé de s’immiscer dans la vie d’un village et d’avoir de vrais contacts. On peut toujours arpenter les marchés. Il y a les nombreux craft market (artisanat)... Juste pour touristes. Alors de belles âmes comme Ida ont eu des idées géniales pour offrir des expériences qui touchent vraiment aux racines de la Gambie. A l’aube, le rendez-vous est donc donné chez Ida, dans sa belle résidence à Brufut. Dans la cour, sont sorties des tringles avec sa garde-robe personnelle. Garçons et filles, tous, on joue le jeux et on se déguise. S’il manque un collier, une  ceinture, Ida le prête de bon cœur. Ainsi parés de mille couleurs, dans ces atours si insensés, Ida nous emmène en bord de mer sur le marché du petit village de pêcheur de Tanji. Elle l’a choisi car la vie est dure ici et le marché n’a rien de touristique. Ida distribue des Dalassis pour nous exercer aux transactions. Peu à peu, nos paniers de rafia se remplissent d’herbes, de légumes et de beaux poissons. De retour dans sa cour, chacun aide selon ses talents. Il faut laver et couper les légumes et les herbes. Piler les piments et l’ail pour la sauce. Manioc, okra, kassav, tomates, radis blanc, carottes passent successivement à la marmite… Ca commence à sentir vraiment bon. Fatu, sa complice, explique à Tine comment retirer le poisson pour maintenant faire revenir les légumes… Nos gestes sont parfois maladroits, rires… le temps passe trop vite, et le repas absolument mémorable. Merci Ida! Il faut que l’on te dise, dans ces tenues, nous nous sentis comme des princes et toi, tu es une véritable reine, une ambassadrice de choc du « plus beau petit pays d’Afrique ».

© JJ Serol - Sur le marché de Tanji avec IDA

© JJ Serol - Sur le marché de Tanji avec IDA

GAMBIE PRATIQUE

Info

www.visitgambia.gm

www.accessgambia.com

Formalités 

Ni passeport, ni visa ! Seule la carte d’identité suffit pour de nombreuses nationalités. Parmi les exceptions : Les Français: passeport et Visa à l’entrée (30€)

Y Aller

Brussels Airlines propose 4 vols par semaine sur Banjul

Meilleures Saisons

D’avril à juillet, c’est la saison verte (et donc des pluies), mais le soleil est toujours généreux et les promotions importantes. Août peut atteindre 95% d’humidité. La saison sèche s’étend de novembre à mars.

Monnaie

Le Dalassi gambien. 1€ = 52,66 GMD

Tours Opérateurs

-Un jeune TO basé à Gand, spécialiste de l’Afrique avec un très bel itinéraire « Gambie ave un zeste de Sénégal » www.africa-by-excellence.be

-un TO local spécialiste des oiseaux www.gambiabirdingexplorers.com

Essayez aussi Rainbow, Travelworld, Terre d’Afrique, Thomas Cook…

Hôtels et Eco Lodges

-Leo’s beach Hotel & Restaurant à Brufut Heights www.leos.gm

-Lemon Creek Hotel Resort à Bijilo www.lemoncreek.net

-Sandele Eco Retreat à Kartong www.sandele.com

-Footsteps Eco-Lodge à Gunjur http://footstepsinthegambia.com

-Tumani Tenda Eco Tourism Camp www.tumanitenda.co.uk

-Fara Kunku Lodge au sud de Tujereng www.farakunku-lodges.com

-Tumani Tenda Ecotourism Camp, dans l’estuaire, non loin de Kafatu, Brikama Est 

http://www.tumanitenda.co.uk

A voir et A faire

-Bakau Craft Market à Cape Point (en face de l’African Village Hotel)

-Brikama Market (à Brikama), connu pour ses sculpteurs sur bois

-Yabouy Home Cooking (avec IDA) : www.gambiahomecooking.com