Cap-vert : Sea, Surf & Sal

Atypique, cette petite île du Cap-Vert ravit avant tout les chevaucheurs de vagues. Mais pas seulement… Amis de sensations fortes et de robinsonnades, bienvenue sur l’île de sel !

Texte & Photos : S. Dauwe & JJ Serol / Pepite Photography

Au large du Sénégal, Sal plus encore que ses neuf autres sœurs capverdiennes, est une île pétrie par les vents et la rocaille. Deux monts pelés dont le Monte Grande se dressant à 406 m, dominent des paysages d’une émouvante aridité. Si la plupart des îles du Cap-Vert alternent monts, cratères, acacias et plantations, Sal, petite langue de terre érodée par le temps, émerge quasi nue dans la partie nord de l’archipel dite Barlavento exposée aux vents de l’Atlantique. Un souffle divin qui longe en continu la côte sud-ouest et ses immenses plages de sable fin offre aux surfeurs avertis l’une des cinq meilleures destinations de funboard* au monde ! Un éden donc pour les passionnés de kitesurf et windsurf mais aussi un paradis confidentiel pour ceux qui recherche le calme, les grands espaces et le dépaysement. Santa Maria, florissante station balnéaire et deuxième ville de Sal, vit au rythme du No Stress, dicton capverdien largement d’application ici…

Flash back sur un destin à part

Dans l’imaginaire, le Cap-Vert résonne encore des rêves brisés et autres bruits de chaîne des anciens esclaves africains en partance pour les Amériques. Découvertes en 1456 par le navigateur génois Antonio da Noli au commandement du roi du Portugal, les îles —jusque là seules connues des Maures— n’ont été peuplées que peu à peu. Santiago d’abord où, dès 1462 s’installe la Capitainerie de Ribeira Grande, non loin de l’actuelle capitale du Cap-Vert, Praia. Quasi déserte et dépourvue d’eau, Sal —géologiquement la plus ancienne des 9 sœurs— a longtemps servi de pâturage aux troupeaux de chèvres de l’île voisine, Boa Vista. Elle n’est devenue Sal —sel en portugais— qu’à la découverte de salines dans le sud et surtout, dans le cratère d’un vieux volcan éteint, Pedra de Lume. L’exploitation intensive et l’exportation de cette ressource naturelle a démarré au début du 19e siècle grâce à un homme d’affaire cape verdien, Manuel Antonio Martins. Pendant près de 150 ans, le sel a attiré une main d’œuvre immigrante et une relative prospérité, puis la mine s’est tarie. Mais alors que se meurt l’unique richesse de l’île, une autre se profile à l’aube de la seconde guerre mondiale. À la recherche d’un lieu pour faire halte entre l’Europe et l’Afrique du Sud, Benito Mussolini achète en 39 un bout de terre pour construire un aéroport. Racheté dès la fin de la guerre au dictateur italien, l’aéroport international aujourd’hui nommé Amilcar Cabral en mémoire au père de l’indépendance (1975) est l’un des deux que compte le Cap-Vert. Dans les années 60, sa position stratégique en fait une escale privilégiée pour les longs courriers de cet axe Nord-Sud. Surtout pour la compagnie aérienne sud-africaine (SAA) qui, pendant les années de l’Apartheid, se voit refuser l’accès au sol par les autres nations africaines.

Le bonheur selon Santa Maria

A l’aube des années 90, avec la nouvelle génération d’avions et la modification de la situation politique de plusieurs états, Sal délaissée comme escale se réoriente vers le tourisme. Des Portugais, des Allemands, des Français et des Belges découvrent en primeur cette destination confidentielle où de vastes plages de sable fin se marient avec l’accueil chaleureux des Capverdiens… Des restaurants et des jolies boutiques de souvenirs, d’artisanat ou de mode s’échappent invariablement les mélopées de ce blues océanique rendu célèbre par la « diva aux pieds nus », Cesaria Evora. Morna ou Caldera, aucun chant n’illustre avec plus de fierté cette identité créole un peu africaine, un peu portugaise, un peu brésilienne mais surtout capverdienne. Elle évoque sans ambages les sentiments mêlés de nostalgie, de douleur et d’espoir de tout un peuple.

L'écolière © JJ Serol

L'écolière © JJ Serol

Entre les maisons aux tons pastel, les marchandes de rue babillent dans leurs élégants batiks. Puis à l’heure où le soleil rasant roussit les visages, on voit les enfants jouer sur les places. Leurs cheveux ont des reflets d’or. Entre les rires espiègles et les grimaces, on capte de saisissants regards olive ou noisette trahissant les plus improbables métissages. Héritage des colons portugais, églises et chapelles brisent l’horizon uniforme des habitations à un étage. À la terrasse des bars et cafés, on boit la bière Sagres tout droit débarquée de Lisbonne, des caipirinhas servies comme à Rio, des grogs et autres liqueurs locales… Sur la plage, un grand ponton de bois s’avance sur les eaux turquoise. C’est le rendez-vous des flâneurs, des pêcheurs et autres surfeurs. On y rencontre l’Homme tranquille qui après un gracieux bavardage et quelques présents de pacotille vous presse de découvrir sa boutique. Mais sa douce bonhomie ne parvient pas à dévier nos regards du large où s’entremêlent les casse-cous du kitesurf et autres accros d’adrénaline enchaînant les figures sur leur windsurf…

Wave Riders & Swing

Arrosé de novembre à avril par de généreux Alizés, Sal est surtout devenue populaire comme destination de windsurf. Aujourd’hui courtisée par les stars du milieu, l’île accueille diverses compétitions internationales. Que ce soit dans la baie de Santa Maria, à Ponta Sino, Rife ou Canoa, la diversité des « spots » ravit les chevaucheurs de vagues de tous niveaux. Du ponton, on observe le balais aérien des fous de funboard, windsurf et kitesurf… Tandis qu’un peu plus au nord de Santa maria, au lieu dit « Ponta Preta », un swell (houle) parfait, une vague magique et envoûtante, pouvant atteindre jusqu’à 4 mètres en hiver et de longues vagues déferlantes —type point-break— d’une moyenne de 300 m de long et de 2 m de haut attire d’année en année les meilleurs surfeurs de la planète. Si les vents gâtent les surfeurs de décembre à avril, il se calme de la fin de l’été au milieu de l’automne, favorisant cette fois la pêche au gros et la plongée sous-marine. La flore est d’une telle richesse que les sorties en mer des uns et des autres peuvent se décliner à l’infini. Les principaux hôtels l’ont bien compris et se sont associés à des moniteurs qualifiés indépendants installés sur le périmètre de leur resort offrant un centre de plongée PADI, un club de pêche en mer et un autre de surf. Chaque année à la mi-septembre, un grand festival de musique fait aussi swinger les foules sur la plage de Santa Maria. Cette station balnéaire en pleine expansion voit fleurir d’année en année plus de possibilité de logements mais il en est auquel on ne peut que rendre hommage…

D'exceptionnels pionniers belges

Juste sur le côté nord du grand ponton des pêcheurs, s’étale l’hôtel Morabeza (bienvenue en capverdien), le premier hôtel de Sal ouvert en 1967. L’histoire moderne cette île de sel est intimement liée au destin peu banal d’un famille belge, un couple d’industriels gantois, Gaspard Vynckier et sa femme Marguerite, partis en quête d’un lieu de retraite paisible et au climat clément. En 1963, ils jettent leur dévolu sur cet étrange bout de terre déshérité. Ne possédant pas d’eau potable, il fallut tous les talents de ce couple d’ingénieurs pour se construire une résidence autonome énergétiquement. Avec l’aide de leur fils et de sa femme, les Vynckier l’équipent donc d’une éolienne, d’une station d’épuration, de générateurs et d’un « distil » alliant panneaux solaires et distillateur à osmose inverse permettant de chauffer et désaliniser l’eau de mer. Toujours opérationnel, le système fournira de l'eau potable au village pendant des années et continue à dépanner lorsque l’approvisionnement en eau venant de Santiago tarde à venir… Mais en 1967, la résidence à peine achevée est sollicitée par les équipages de la SAA et devient de facto un hôtel s’agrandissant au rythme des escales des diverses compagnies aériennes. La vie a changé à Sal, les surfers ont remplacé les pilotes, mais l’hôtel familial est demeuré l’un des plus belles et des plus nobles entreprises que compte notre planète si malmenée. Initiatrice de multiples projets locaux de développement (construction d’un château d’eau, d’un système d’égouts et distribution d’eau potable…), la famille Vynckier a toujours maintenu une longueur d’avance. La petite-fille, Sophie, qui a repris les rênes de l’hôtel Morabeza il y a dix ans, a su préserver l’esprit convivial des débuts tout modernisant et diversifiant les services. Totalement rénové en 2009, ce quatre étoiles resplendissant propose aujourd’hui même des appartements dans le nouveau quartier qui relie désormais le centre ville du quartier des resorts en bord de mer..

Exploration salée

Après l’effort, on lézarde sur la plage ou autour de la piscine en sirotant un cocktail exotique. On rêve au lendemain… Toute petite, l’île s’explore en une excursion d’un jour. La capitale alanguie d’Espargos, le plongeon entre les roches noires dans le lagon en bord de mer de Buracona, la fantomatique mine de sel de Pedra de Lume racontent mieux que les longs discours l’île et son histoire. Il faut bien sûr faire une pause pour déguster des langoustes près de l’ancienne usine en regardant la mer en furie battre les rochers. Passer un moment aussi dans la petite bourgade portuaire de Palmeira mais surtout, si on aime les déserts, on appréciera l’émouvante désolation de ce presque rien érodé par les vents, de ces deux monts solitaires et de ces rares touffes de végétation tremblantes sous les mirages. À ne pas manquer aussi, la visite en trimaran de l’île voisine Boa Vista et ses grandes dunes de sable…

*Funboard : windsurf sans dérive

Sal Pratique

Y aller :

Vols quotidiens avec la TAP à partir de Bruxelles (escale à Lisbonne, Attention voyage de nuit & connections parfois chaotiques)www.flytap.be- Aussi possibilité vols directs à partir de Paris ou Amsterdam avec Cabo Verde Airlines (1 vol/semaine) : voir voyagistes.

Info & Formalités :

Ambassade du Cap-Vert :

-A Bruxelles : 29 Avenue Jeanne, B 1050. Tél: 02/643.62.70. Passeport valide 6 moins min + visa

-A Paris : 3 rue de Rigny, F 75008. Tél: 01.42.12.73.50. Aussi à Nice & Marseille : info sur

www.cap-vert.com

Sur le web en français :www.capdiscovery.com

Marchande de bananes © S. Dauwe

Marchande de bananes © S. Dauwe

Monnaie :

L’Escudo Capverdien 1 € = 108,86 ECV <–> 1 ECV = 0,009 €

Vaccin(s) :

Aucun obligatoire.

Décalage horaire :

-2h en hiver et -3h en été

Saison idéale :

Climat tropical sec (température moyenne : 24°C) Prévoir vêtements chauds pour le soir.

Bonnes tables :

-Chez Pastis, cuisine italienne, rue Amilcar Cabral, Santa Maria. +238 984 3696.

-Odjo D’Agua, seafood, sur rocher en bord de mer, Santa Maria. +238 242 2117

-Atlantis Restaurant, le long de la plage (face à l’Hôtel Belorizonte). Fusion Cap-Verde, French & Italian Cuisine. +238 242 1879

Où loger ?

Hôtel Morabeza****, CP33, Santa Maria, Ilha do Sal, Rep. Cabo Verde. Tel : +238 2 421 020. 90 – Agent en Belgique : B&J : +32 (0)9 226 19 47ciem.nv@skynet.beChambres & 30 suites côté mer ou jardin, 3 restaurants, 3 bars. Beach Club (& accès à tous les sports nautiques, plongée, surf…), Piscine, Tennis, Mini-golf, Tir à l’arc, Fitness, Snooker libre d’accès… Chambre double (petit-déjeuner compris) supérieure vue jardin selon saison : de 126 à 186 €. Chambre double supérieure vue mer de 136 à 206 €.

www.hotelmorabeza.com

En surfant sur le Web ; on trouve régulièrement divers séjours promotionnels vols inclus notamment via :

www.thomascook.fr

www.ecotour.com

www.holidaycheck.fr