Le Delta du Danube : migration autorisée !

C’est la plus vaste, la plus belle et la plus décoiffante réserve de biosphère européenne. L’ultime sanctuaire pour des milliers d’espèces de plantes, d’animaux et d’oiseaux surtout… Le Must pour les amoureux de nature préservée et de culture authentique.

Texte & Photos : Camille JS / Pepite Photography

La notion de « réserve de la biosphère » a été lancée dans les années 70 par l’UNESCO pour améliorer les relations « homme-nature » et soutenir leur développement dans des régions à hautes valeurs écologiques mais aussi sociales et culturelles. À la même époque, les éclats médiatiques de Cousteau ont révélé les trésors de ce delta. Mais l’explorateur ne parlait pas des sites d’apprentissage du développement durable. Aujourd’hui, on en trouve un grand nombre partout dans le monde y compris en Europe, mais sur le Vieux Monde, aucun ne couvre un si vaste territoire que le Delta du Danube. Imaginez 626.403 hectares dont plus de 500.000 en Roumanie où ne vivent que 14.500 habitants, Roumains pour la plupart, mais aussi Ukrainiens. Une zone humide où se rencontre l’eau douce du grand fleuve et l’eau salée de la Mer Noire. Un labyrinthe de lacs, de canaux et de roselières bruissant de vies... Un monde d’une rare biodiversité… À l’aube du nouveau millénaire, lorsque le réchauffement climatique s’est avéré une nouvelle menace pour les écosystèmes fragiles, l’Unesco s’est penché sur le Delta du Danube.

Terres promises

Bihoreau

Bihoreau

En 1998, un programme est mis en place pour aider et protéger le précieux delta et ses habitants qui ne vivent que de la pêche ou du tourisme. Les tentatives désastreuses de poldérisation sont abandonnées, les espaces à protéger clairement définis. Une poignée de villages sont ainsi tapis dans un paysage que grignotent et redessinent inlassablement les marées et courants… Un étrange entrelacs de bancs de sable et de langues de terre où des saules de tout âge règnent en maîtres… Un terrain de jeu infini pour les sousliks (sorte de marmotte), loutres, chats sauvages, amphibiens et reptiles... Un véritable éden pour les millions de sternes, hérons, grues, pélicans, cormorans, spatules blanches, pies grièches, rolliers, martins-pêcheurs, balbuzards, mouettes et goélands des plus communs au plus rares… Tous les oiseaux de tous les parcs et espaces protégés d’Europe semblent ici rassemblés dans une incroyable volière à ciel ouvert. Puis, il y a les hôtes, du printemps à l’automne, les milliers de migrateurs venus de l’Arctique à la Sibérie... Les débusquer, les observer, les écouter, explorer cet univers lacustre, mouvant et indompté, est un régal d’initiés. Arriver à Tulcea, là où finissent les voies d’accès terrestres, est en soi une épopée. Alors l’aide d’une agence de voyage s’accueille comme une bénédiction. De Bucarest, il y a deux bonnes heures de route pour arriver à la dernière grande ville. Puis, on embarque sur un petit yacht et s’enfonce sur une première voie d’eau, le grand canal de Salina. Une heure plus tard, on atteint le petit village de pêcheurs de Crisan. Un peu avant le coucher du soleil, enfin allongée dans ma confortable chambre du Delta Resort, le temps s’immobilise. Aurais-je traversé l’envers d’un miroir où se réfléchit un monde vivant en marge du temps ?

Labyrinthe aquatique

Pelican

Pelican

Crisan, pile au centre du delta, est entouré d’innombrables voies d’eau qui aboutissent aux lacs  Isac, Litcov, Obretin... À l’aube déjà, nous sommes sur une petite barque à observer les oiseaux. Mais lorsqu’au détour d’une voie d’eau, les roseaux s’affaissent pour laisser étinceler sous le soleil les bulbes d’une petite église orthodoxe, on se réjouit de croiser des hommes… À Mila 23, je suis surprise de trouver une proprette pension de famille, un petit magasin « mixt »… Qu’il est intrigant, ce village de Letea où l’on est baladé en charrettes traditionnelles tirées par de nerveux petits chevaux bruns. Au bout du village alangui, une antique forêt de chênes cerclée de bancs de sable recèle de nombreux secrets. Une chouette lovée au creux des branches soulève un œil à notre passage. Les pêcheurs délaissent un moment leur barque pour jouer nos guides. Il est étrange de se dire que sur cette terre, il y a peu, poussait la vigne. Les habitants d’origine russe ou ukrainienne sont par ici de « vieux croyants » (la traduction littérale de « Lipovènes). Leurs maisons sont modestes et colorées, toutes de bois ciselées. La plupart préservent amoureusement leur toit de chaume. Ils pensent que leur terre s’est élevée du fond de la mer et leur légende raconte que l’épave d’un navire a été trouvé dans les dunes. En partant, nous croisons des pêcheurs… Sous un ciel de feu s’envolent des cygnes sauvages. Plus loin, des pélicans se posent le long des berges pour la nuit.

Une plage au bout du monde

Pour se déplacer, il n’y a bien sûr que les bateaux. Mais on varie les plaisirs et donc, les embarcations. Pour observer les oiseaux à l’aube, mieux vaut choisir une petite barque de pêcheur, lente et silencieuse, se tapir dans les hautes herbes et se mettre aux aguets. En journée pour explorer les petits canaux et découvrir les quelques villages du delta, suivant les disponibilités, on nous propose des petits yachts ou une sorte d’abri flottant, lent et stable, parfait pour les petits groupes. C’est l’hôtel qui organise les sorties. Le soir, il y a des surprises… Des accordéonistes du village viennent égayer nos grillades. Un autre jour, un bateau plus puissant nous attend et fonce droit vers la Mer Noire à Salina. Le spectacle des berges est majestueux. On passe le centre de la petite ville, son port, son vieux phare et enfin le chenal qui se jette à la mer. Les couleurs se diluent, le ciel se fond dans une mer d’huile. Est-ce le bout du monde ? Quelques pas sur la terre ferme, un pont et puis la plage de Salina à perte de vue, des kilomètres de sable et de vide. C’est beau !

Pour les fous de nature, il est même permis de vivre une semaine en totale communion avec la nature à bord du « Martin-Pêcheur », un bateau-hôtel*** modeste mais confortable doté de 9 cabines. Au départ de Sfantul Gheorge, sur un des bras du Danube se jetant dans la Mer Noire, on explore tout en lenteur les recoins les plus sauvages du delta et dort au cœur des réserves. Un guide hautement qualifié, professeur de biologie ou zoologie et parlant le français ou l’anglais accompagne les voyageurs... 

Finir en beauté

Au sud du Delta, la Roumanie étale un littoral de 245 km sur les rives de la Mer Noire. De Constanta à Mangalia, en passant par Eforie, Neptune, Jupiter et Venus, la côte aligne des plages aux identités très marquées pour tous les types de vacanciers. Des stations balnéaires offrant toutes des séjours Spa-Balnéo, des cures thérapeutiques réputées depuis bien avant l’ère communiste. Pour dire vrai, les Romains déjà avaient connaissance des bienfaits des boues et des eaux bienfaitrices de la Mer Noire. Cette dernière décennie, les hôtels et installations ont fait peau neuve, année après année. On dit qu’elles sont fin prêtes à accueillir les plus exigeants clients venus de l’Ouest. 

 

PRATIQUE

Infos : Office de Tourisme de Roumanie, 7 Rue Gaillon, 75002 Paris, Tél : +33.1.40.20.99.33 www.guideroumanie.com  

Formalités : Carte d’identité CEE ou passeport international en cours de validité. 

Y aller : 3h de vol direct 7j/7 : Blue Air (low cost AR àpd 70 €) www.blueairweb.com & . www.maxitours.be

Monnaie : le Leu (Lei au pluriel) 1 L =  0,23 € - 1€ = 4,25 Lei. 

TO : Maxitours, Spécialiste de la Roumanie. rue du Progrès 17B, 1210 Bruxelles, Tél : 02 217 72 73 www.maxitours.travel/maxitours/ Divers circuits à thème et formules pour groupes & individuels.

Dans le Delta du Danube :

-Séjour au Danube Delta Resort**** 8 jours àpd 1297€ 

-Sur l’hôtel flottant GGGociman**** 8 jours àpd 1220€

-Circuit à bord du Martin-Pêcheur *** 8 jours àpd 1091€

-Circuit « A la découverte du cœur du delta » 8 jours àpd 1297€

Plus divers séjours Thalasso & Balnéaire…