Surnaturelle Sardaigne

Sublime île de granit aux roches sculpturales, elle regorge de recoins méconnus. Loin du trop couru littoral nord existent de vertes collines et des vallées silencieuses semées de ruines mystérieuses et de plages irréelles… Une terre authentique préservée par un peuple fier.

Texte & photos : Camille J.S. / Pepite Photography

Que de films, romans et bandes dessinées plantent leur décor au coeur de la Costa Smeralda, l’une des plus idylliques du bassin méditerranéen. L’Agha Khan et quelques richissimes amis banquiers ont transformé dans les années 60 une part du nord-est de ce littoral en station balnéaire élitiste où s’ancrent toujours quatre décennies plus tard les luxueux yachts de nombreuses célébrités. Avec le temps, son chant de sirènes a atteint d’autres rivages et aujourd’hui, l’essentiel de la côte nord accueille chaque année pendant ses sept mois d’été des touristes de tout horizon. Éblouis par les nuances bleues, turquoise ou émeraude des eaux variant de crique en crique, par les petites plages de sable blanc, ils randonnent à peine le long de la bien nommée Costa Paradisio. Ils n’entrevoient souvent que de loin les roches torturées par les vents de l’archipel de La Maddalena (Parc naturel comportant 7 îles et 40 îlots). Certains bien sûr explorent les ruelles étroites de Castelsardo, l’une des anciennes cités royales, ici fondée par les Génois au XIIe siècle. Au pied des anciens remparts, un escalier monte jusqu’à la cathédrale surmontant un pic rocheux et on rend grâce à ce joyau du patrimoine si joliment préservé. 

Mais le temps chez les Sardes s’écoule dans une autre dimension et ceux qui prennent la route comprennent vite qu’il est inutile de compter en kilomètres. Un bel itinéraire mêlant découverte et farniente, courant d’Alghero (au nord-ouest, la ville possède un aéroport) à la Costa Esmeralda (elle aussi accessible en avion à Olbia), demande au bas mot une dizaine de jours. Alors que faire quand on atterrit à Cagliari, la capitale, tout au sud avec tout juste 7 jours à égrainer ?

Un Ferry pour Carloforte

Faucon Eléonore © JJ Serol

Faucon Eléonore © JJ Serol

Le flair peut-être et quelques lignes intrigantes lues dans un Lonely Planet nous ont poussé à explorer le sud-ouest de la Sardaigne. Au volant d’une petite Fiat de location, nous optons pour la petite route plongeant plein ouest la côte sud. Nous passons les ruines romaines de Nora et les plages de surfeurs de Chia. Nous roulons pénétrés par les virages de la route, tout en corniches et plateaux, avant de frôler des falaises effritées… Le spectacle hypnotique de ce paysage inattendu ne s’achève qu’à Porto Botte d’où l’on accède au pont qui mène à la « grande île » de Sant’Antioco. Sous un soleil qui rend peu à peu son volume aux choses, on atteint le petit port de Calasetta. Des ferries ruisselants de blancheur vont et viennent de l’aube au couchant au bourg principal de l’île San Pietro ; Carloforte. C’est là dans un petit hôtel de charme en haut de la ville, avec une terrasse surplombant le port, que nous passons notre première nuit. Au matin, les couleurs pastel des ruelles animées invitent à la promenade. Face au port, sur son piédestal, le roi Carlo Emanuele, le bienfaiteur de l’île, tourne le dos à la principale rue piétonne. Au milieu, une place carrée ombragée par quatre immenses arbres centenaires se prête aux palabres des anciens. Au sud de l’île, on médite devant les colonnes rocheuses surgies de la mer puis on se baigne dans les eaux cristallines de la plage La Bobba. À l’ouest, on randonne autour du Phare du Cap Sandolo, le long des falaises et observe le faucon Eléonore, grand migrateur au vol gracieux. Un peu plus loin, le spectacle naturel du couchant sur les étranges roches striées de la baie de Cala Fico confirme notre fébrile béguin pour cet îlot.

Un autre ferry ramène sur la grande terre au port industriel de Portovesme. Juste à côté, Portocusco avec son fort espagnol est l’une des rares localités à posséder un peu plus au nord sa tonnara (usine de traitement de thon). Au large entre les îles de San Pietro et Sant’Antioco, les pêcheurs de la région guettaient traditionnellement l’arrivée des thons venus frayer au début de l’été pour effectuer leur « Mattanza » (mise à mort). Un ancien rituel qui se meurt du fait de l’extinction même des thons…

La route du pain de sucre

Passé Gonnesa, toujours dans la province de Carbonia Iglésias, nous grignotons les petites routes surplombant la mer. Au nord, le regard est irrésistiblement attiré par un rocher surgi des eaux et baptisé Pan di Zucchero. La palette de couleurs de la mer et des roches varie à mesure que nous avançons. Subjugués, nous faisons halte de loin en loin, autour de Nebida, puis de Masua. C’est là aussi que nous admirons les premières ruines de mines. La plupart érigées à la fin du XIXe siècle, elles ponctuent la région. En contrebas d’un belvédère, l’une des plus énigmatiques, la laveria Lamarmora où l’on lavait les minerais rase les flots. Puis, au détour d’un lacet de montagne, se dévoile Porto Flavia. Outre le rocher sublime bien dressé face à une petite plage entourée de ruines minières et d’un petit musée, il y a caché sur la droite la massive entrée taillée à flanc de falaise d’un double tunnel creusé en 1924 où les minerais roulaient jusqu’aux navires amarrés en-dessous. Avant de quitter la province, nous traversons la bourgade endormie de Fluminimaggiore ponctuées de peintures murales racontant le passé minier et la nostalgie de son âge d’or. Un peu plus au sud, une vallée sinueuse bordant une rivière mène au site du Temple d’Antas. De mystérieuses ruines romaines dédiées à une obscure divinité sarde qui selon la légende aurait fondé la Sardaigne.

Cap plein nord à présent, pour atteindre la « Costa Verde » dans la province de Medio Campidano. Le paysage, de fait, verdit et s’accidente. Une petite route déserte grimpe sur les hauteurs d’un plateau couvert de maquis et mène à la plus spectaculaire des plages jamais imaginées. Scivu s’annonce par une ruine minière, puis des dunes de sables de plus en plus hautes. On marche vers la mer et se retrouve soudain au pied d’une falaise de sable d’une cinquantaine de mètres en dessous de laquelle s’étend, large et immaculée, une longue plage de sable fin.

Des ruines et des moutons

Trompes l'œil à Fluminimaggiore © S.D.

Trompes l'œil à Fluminimaggiore © S.D.

Presque secrète, chacune vaut son pesant d’or… Les plages de la Costa Verde (Piscinas, Funtanazza…) se méritent toutes par de petites routes pittoresques. L’intérieur des terres, vertes à souhait, vallonne en silence, offrant une pâture infinie aux chèvres et aux blancs moutons sardes. La plupart des visiteurs logent dans les gîtes de la petite station balnéaire de Torre dei Corsari cerclée de superbes dunes. C’est un lieu idéal pour explorer toute proche, la ville d’Oristano, ancienne capitale de l’une des 4 provinces de la Sardaigne médiévale. Sous le joug des Aragonais au XIVe siècle, la ville porte toujours l’emprunte du raffinement espagnol et l’une des places principales —la plus belle aussi— rend toujours hommage à la reine Eleonora d’Arborea. Autour de la ville s’étend des marais et à l’ouest, sur la péninsule de Sinis, on ne manque pour rien au monde le site archéologique de Tharros, ancienne cité phénicienne, elle-même bâtie sur une colline que gardait un « nuraghe » millénaire…  Aujourd’hui, on ne voit plus qu’une tour espagnole, quelques colonnes et frises, une église mi-romane, mi-byzantine d’origine paléochrétienne, mais toute la péninsule baigne dans un halo envoûtant de mystères et d’histoires anciennes.

Pour boucler cet itinéraire au cœur de la culture sarde ; il faut  s’enfoncer sur les plateaux de La Giara di Gesturi et découvrir au sommet d’un mont, le nuraghe Su Nuraxi —inscrit au patrimoine de l’UNESCO— incontestablement le mieux conservé et le plus parlant des 7000 étranges vestiges qui parsèment la Sardaigne.

À Barumini, ce n’est pas un simple cône mégalithique que l’on voit mais les principales tours de ce que l’on suppose être la forteresse d’un véritable village nuragique, entourés de vestiges circulaires. Datées de l’âge de bronze (environ 1600 ans av. J.C), les secrets de cette civilisation disparue restent entiers. Tout près, en haut d’un plateau, entre les chênes-lièges rabougris et une austère végétation héritée d’un autre âge gambadent en liberté des chevaux sauvages et de fiers bovidés au pelage de feu.

Passé Villamar, une nationale confortable rejoint ensuite rapidement Cagliari. Consacrez-lui 1 à 2 nuits, c’est une ville à dimension d’homme aux charmes hauts en couleurs. À la fois moderne et très authentique, elle ne se livre qu’aux flâneurs. La tour de l’éléphant, la cathédrale Santa Maria ou le bastion Saint Remy sont loin d’être ses seuls atouts…

PRATIQUE

Cabras, plage an Giovani  © JJ Serol

Cabras, plage an Giovani  © JJ Serol

Infos : Office national du Tourisme Italien, 176 avenue Louise, 1050 Bruxelles. T : 02 647 11 54

www.italia.it

www.sardegna.com comprend notamment listes de logement « agritourisme »

ILOVESardinia

Y aller : Brussels Airlines & Alitalia vols AR àpd 270 € (attention escale)

Logements :

- Hotel Pimpina***, petit hôtel de charme très bien situé à Carloforte. Via Genova 106/108. T+39 0781 854180 www.villapimpina.it

-B&B (50€/nuit), gîtes et restaurant face à la mer Brezza Marina, Vialle della Torre à Torre dei Corsari. T :+39 0338 367 68 86

- Sa Lolla, restaurant & petit hôtel avec piscine et cour intérieure calme et charmante. Ch. Double àpd 80 €.  Via Cavour 49 à Barumini. Tel : +39 0709 36 84 19 - www.barumini.net/sa-lolla/

- Diecizero, Ultra Contemporain Art Hotel à Barumini, Ch. Double àpd 60 € www.diecizero.com 

-Hotel Italia***, très bien situé et confortable. Ch. Double àpd 92 € (haute saison). Via Sardegna 31 à Cagliari. T+39 070 660 410/070 66 05 10.

A emporter :  Lonely Planet « Sardaigne », Guide de Voyage (papier ou numérique), 4e Ed. Fév. 2015.


Drôle d'Anges sur la plage de Su Pallosu

D.R.

D.R.

Si vous aimez les chats et montez jusqu'à Oristano, sur la côte un peu au nord de la péninsule de Sinis et la cité phénicienne de Tharros, ne manquez pas la nouvelle attraction touristique: la colonie féline de Su Pallosu 

Il ne reste aujourd'hui plus d'une cinquantaine de chats... Mais de nombreuses générations de boules de poils se sont succédées sur cette plage depuis les années 20, lorsque les pêcheurs d'une ancienne tonnara ont amené ici leurs chères boules de poils pour chasser les rats. Les dernières maisons ouvrières ont été rasées dans les années 80, mais les chats bien sûr sont restés. En 2007, entre rochers, flamands roses et eaux turquoises, ce royaume confidentiel de matous trop choux a fait fondre le cœur d'Andrea et Irina qui ont décidé de défendre ces petits laissés pour compte. Malgré toutes les polémiques, elles sont parvenues à faire reconnaître et tolérer l'existence de la colonie par les autorités provinciales et obtenu d'un cabinet vétérinaire de pourvoir aux stérilisations et soins de base. Entre-temps, les dons privés ont commencé à affluer au même rythme que les nombreux reportages consacrés aux nouveaux pachas. Mimi, minet et mistigri ont aujourd'hui des noms bien à eux et surtout leur fan-clubs sur le web... Y a notamment une petite noiraude Agata suivie par 1055 fans, Trilulilu une tricolore avec un insolent record de 1158 fans et un bel angora tigré Spettinato qui mériterait d'ailleurs plus que ses 167 fans... Vous l'avez deviné, il y a aussi une page Facebook (plus de 7600 fans!!) et plusieurs sites qui leur sont dédiés dont le très officiel www.gattisupallosu.org & gattisupallosu.blogspot.be

L'été, il faut montrer patte blanche pour aborder la colonie féline. Et s'inscrire pour les visites guidées en envoyant un mail à amicisupallosu@libero.it. La visite est encore gratuite mais une donation est fortement appréciée...

D.R.

D.R.