Istanbul, le bain de féérie

Fermez les yeux et enfilez le voile de Shéhérazade. À la croisée des mondes, l’ancienne Constantinople a conservé toute la majesté de Byzance ! Avec une énergie moderne et enjouée, les Stambouliotes semblent prêts à exaucer le moindre de vos voeux…

Texte & Photos : Sophie Dauwe & Jean-Jacques Serol / Pepite Photography

Parce que la forêt de minarets et le chant des muezzins agissent comme des aimants, les pas des visiteurs cheminent d’abord sur la vaste esplanade At Meydan, entre la Mosquée bleue du sultan Ahmed, Sainte Sophie et l’entrée du Sérail. Là, au cœur du quartier de Sultanahmet, on se laisse envoûter par le poids de l’histoire, la féerie et l’énergie qui animent le centre de l’ex-empire byzantin. Les édifices majestueux, stèles et pierres ornées de bas-relief jonchent littéralement les allées, témoins silencieux d’un passé glorieux. Puis partout, des hôtels surprenants, des restaurants enchanteurs, des terrasses aux vues imprenables, des échoppes fascinantes mais aussi des visages et des sourires avenants captent sans cesse l’attention. Autour de cet espace, autrefois l’hippodrome de Constantinople, s’étale les plus glorieux sites de la Corne d’Or, inscrits depuis 1985 au patrimoine mondial de l’UNESCO… Impossible donc d’échapper à un plongeon dans le passé!

Côté Face

Entouré de hauts murs, l’éblouissant palais du Topkapi pris d’assaut dès l’aube par des cohortes de touristes ne révèle quasi rien de ses drames et intrigues. Des jardins du harem au kiosque d’Osman III en passant par l’étroite Route dorée, on frissonne en pensant aux quelques femmes qui comme la sultane Roxelane (1500-1558) ont à force de sang, de larmes et de manipulations, dirigé pour un temps l’immense empire ottoman de haut du cet univers clos. Non loin, l’ancienne basilique chrétienne de Constantinople a été trois fois reconstruite pour apparaître sous le souffle de l’empereur Justinien dans tout le rayonnement de sa splendeur en 537. Transformée en mosquée au XVe siècle, Haghia Sophia se dresse vêtue d’ocre et de gris bleu, tout en rondeurs, coupoles et mystères, encadrée de ses minarets. Rénové, le sanctuaire dédié à la sagesse divine est désormais un étrange musée où le marbre, l’albâtre, le porphyre se marient dans un tourbillon de couleurs et figures géométriques. Des mosaïques (datant des XIe et XIIe siècles) de Jésus, des Saints ou des empereurs scintillent d’or. Anges et séraphins enveloppés de plume côtoient en paix les grands médaillons au nom d’Allah, de son prophète et des califes. Au terme de la visite, ébloui devant un tel étalage de magnificence, on poursuit dans les entrailles de Byzance avec le « Palais englouti » ou la Basilique-citerne bâtie au VIe siècle. Une forêt de colonnes en marbre surgit de cette immense réserve d’eau souterraine que protège une tête de Méduse, l’une des trois gorgones de la mythologie grecque. La découverte de la grande Mosquée bleue s’impose ensuite et la magie est telle, que dans cette métropole grouillante de vie, on finit par les collectionner tels des joyaux au fil des promenades… Celle de Rütsem Pasa pour sa céramique d’Iznik, le Nouvelle Mosquée pour la dévotion de ses fidèles, celle absolument grandiose de Soliman le magnifique sur l‘une des sept collines de la ville ou encore, celle de son fils Mehmet pour son délicat jardin… Du quartier d’Eminönü à celui du Grand Bazar, on ne compte jamais ses pas, ni ne sent la fatigue tant il y a à voir dans ce dédale de ruelles commerçantes. Partant du marché aux épices, on se retrouve tôt ou tard comme par enchantement au Grand Bazar, avec ses galeries voûtées, propres et somptueuses où tapis, maroquinerie, or, argent, cuivre, artisanat, vêtements bon marché ; chaque section est groupée selon les han ancestraux, ces caravansérails de style persan avec leurs ateliers et entrepôts conçus pour éblouir le chaland.

Côté Pile

Étourdi par ce festival exotique, on se laisse gagner par le Keyif (voir 'Follow up' ci-dessous)… Sur le pont Galata, tandis que les pêcheurs jettent leur ligne à toute heure, on s’attable dans un bistro restaurant comme le Dersaadet qui font la ribambelle sous le pont. On sirote une bière en jouant au backgammon, guettant le coucher du soleil sur la pointe de la Corne d’Or. Et lorsque le ciel se teinte de pourpre, on rejoint la rive nord, prend le vieux funiculaire et remonte à pied la grande artère piétonne Istiklal Caddesi (Avenue de l’Indépendance) de Beyoglu. Quartier occidental rénové dans les années 90, il est ponctué de superbes bâtisses d’Art Nouveau orientalisées, de centres commerciaux flambant neufs comme le Demirören İstiklalet d’une pléthore de boutiques à la mode. Dans les ruelles transversales, il y a aussi des marchés nocturnes et une foule de meyhane (taverne) où faire la fête tard dans la nuit. En haut de la rue se trouve l’immense place Taksim jusqu’où circule un petit tram historique. On croirait que tout s’y passe. C’est là que les équipes de télé enregistrent leur direct ou que les jeunes mariés se prennent en photos. Pourtant si l’on redescend vers la tour Galata, ce quartier d’artistes et de bohème avec ses bars à tapas, petites boutiques de créateurs et d’instruments de musique saura lui aussi vous rendre captif, ne vous lâchant que pour aller déguster des poissons frais sur le petit marché de Karaköy. Alors pour entrer dans la peau des Stambouliotes, il faut explorer encore, prendre le bus jusqu’à la Mosquée Eyüp Sultan, et embrasser du regard la vue imprenable sur la Corne d’or de la maison de thé Pierre Loti… Embarquer du quai d’Eminönü au hasard des ferries sillonnant le Bosphore et savourer les rives parsemées de palais grandioses (Ne manquez pas la visite du palais de Dolmabahçe). Près du grand pont sur le Bosphore, le quartier d’Ortaköy compte les restaurants, cafés et boîtes de nuits parmi les plus huppés de la planète. Plus au nord, on admire surtout côté asiatique, les splendides yali (résidence d’été en bois de l’aristocratie ottomane) qui parsèment la rive jusqu’au quartier de Kanlica, par-delà le pont Fatih et le superbe Rumeli Hisari, la forteresse d’Europe.

En Pratique

-En France : Office de tourisme de Turquie : 102, avenue des Champs-Élysées, 75008 Paris. Tél. : 00 33 145 62 78 68 et 01 45 62 79 84. Lu-Ve : 9h-17h30.

-A Bruxelles : Office du tourisme & Ambassade de Turquie, 4B rue Montoyer. Tél : 02 513 82 30.

-En suisse : Office du tourisme, Stockerstrasse, 55, 8002 Zurich. Tél. : 044-221-08-10. Lu-Ve : 9h-17h. Consulat : Tél. : 044-368-29-00.

-Au Canada : Ambassade et consulat de Turquie : 197 Wurtemburg Street, Ottawa, Ontario K1N 8L9. Tél. 00 (613) 789-40-44. Lu-Ve : 9h-13 h.

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Meilleure période

Du printemps à l’automne

Logements

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Sultan Saray Suites & Cafe Restaurant

‪Meşhur Sultanahmet Köftecisi, Alemdar Mh., Divan Yolu Caddesi 12, 34110 Istanbul. Bien situé, bon restaurant en bas. Ch. Double pt déj inclus àpd 65 €

Bonnes tables

Kayikci restaurant, Divan Yolu Caddesi, Ticarethane Sok. 35 : très beau décor, mezze étonnants + spécialités poissons & fruits de mer.

Kir Evi restaurant, Hoca Rustem Sok. 9 (quartier Alemdar) : excellente nourriture, ambiance chaleureuse et romantique.

A emporter

Le guide de poche Lonely Planet « Istanbul en quelques jours », dernière édition & « La Nuit du Sérail » de Michel de Grèce.

 

L’Art du ‘Keyif’ !

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S’asseoir sur un banc et observer les passants, jouer en silence au backgammon, siroter son thé d’un air absent ou fumer le narghilé ; l’art du farniente à la turque prend de multiple forme. Et pas seulement parmi les Stambouliotes… Après la visite de la Mosquée bleue et la traversée de l’Arasta Bazaar, vous trouverez immédiatement sur votre droite le Sultanahmet Avlu Serbethane (Sultanahamet Mah. Kabasakal Cad. Arasta çarsisi n°: 117 / B-C-D Fatif), un café bar à chicha et excellent restaurant exotique et confortable où l’on prend son temps, jouit de la Wifi gratuite et s’essaie au backgammon. En fin d’après-midi, à l’heure du muezzin, offrez-vous aussi l’apéro sur la terrasse de bar-restaurant aux vues incomparables sur Sainte Sophie et la Mosquée bleue : le Cozy Bar, ‪‪Divan Yolu Cad. no 66‬ ou encore du Seven Hills Hotel, Tevkifhane Sk. N°27 toujours dans Sultanahmet.

Des bulles dans le hammam !

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Expérience sans rapport avec son homologue maghrébin, les bains turcs ne vous noieront pas dans un épais brouillard humide. Muni de votre seule pestemal,  serviette de coton nouée à la taille, on vous mènera dans une vaste pièce clair obscur où l’on s’étend sur une plateforme de marbre chaud. Sur celle-ci, la masseuse (si vous êtes une femme) vous aspergera, frottera d’un gant de crin et savonnera jusqu’à vous faire disparaître sous un nuage de bulles douces comme de la soie. Propre comme un sou neuf, vous jouirez ensuite des trois pièces d’eau chaude, tiède et froide avant de sortir prendre un thé et retrouver ses esprits au calme. Les deux plus beaux hammams sont aussi les plus touristiques car ils occupent de bâtiments ottomans historiques. Ils n’en méritent pas moins une visite prioritaire : Cagaloglu Hamami (Yerebatan Caddesi 34) & Camberlitas Hamami (Vezir Hani Caddesi 8, près du Grand Bazar).

Les îles des princes

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On y envoyait en exil les princes renégats et les rois déchus de Byzance. Mais aujourd’hui, y suivre les Stambouliotes le dimanche, c’est comme prendre des vacances en vacances. Il y a d’abord le charme des ferries (Tram 1 jusqu’à Kabatas) : quai des Kabatas (îles), l’atmosphère enjouée des touristes d’un jour, embarqués pour le plaisir de prendre les embruns, se mettre au vert et surtout, d’admirer les élégantes villas victoriennes bâties par de riches marchands juifs, arméniens et grecs vers le milieu du XIXe siècle. Souvent, on fait une première halte à Heybeliada avant de poursuivre jusqu’à Büyükada où l’on fait un tour en calèche dans les sous-bois. Pour dénicher sur une hauteur le vieux monastère orthodoxe d’Hagia Triada, mieux vaut louer un vélo (et prévoir 2 bonnes heures). Puis on revient au port, les garçons offrent à leur belle un diadème de fleurs et se reposent sur la terrasse d’un bar restaurant.