Charleroi, le phénix au cœur des terrils

La métropole du « pays noir » a entrepris un remodelage total de son tissu urbain. C’est le plus vaste chantier entrepris en Europe. Si le phoenix ne jaillira pleinement de ses cendres que d’ici une décennie, le fascinant processus de sa métamorphose appelle à sa découverte. Dès maintenant…

Texte : Camille JS – Photos : Jean-Jacques Serol / Pepite Photography

Les châssis à  molettes, emblème du Bois du Cazier  © JJ Serol

Les châssis à  molettes, emblème du Bois du Cazier  © JJ Serol

Charleroi est un enchevêtrement inouï de friches industrielles, de faubourgs ouvriers, d’habitats bourgeois, de technopoles et de centres commerciaux… Un chaos de triste réputation que tous veulent dissiper. Des artistes et des habitants avides de renouveau jouent un rôle majeur dans le foisonnement d’idées qui préside à la métamorphose urbaine. Quant aux terrils qui enlacent la ville, ce sont aujourd’hui de tendres cônes verts, réserves de biodiversité et pour nombre d’entre eux, buts de promenades bien balisées au creux desquels on trouve notamment le Bois du Cazier, ensemble architectural sur fond de patrimoine industriel. Le site classé par l’UNESCO depuis 2012 rend un émouvant hommage aux mineurs, victimes de la tragédie du 8 août 1956. Mais le vaste espace admirablement rénové de l’ancien charbonnage abrite aussi, dans une scénographie spectaculaire, les Musées de l’Industrie et du Verre.  Un lieu idéal donc démarrer sa découverte de Charleroi et mieux comprendre l’histoire de ce qui n’a longtemps été qu’un village de houillers et cloutiers.  Un jour de septembre 1666, baptisé Charleroy en l’honneur de Charles II roi d’Espagne et des Pays-Bas, la place forte devient française un an plus tard, puis est fortifiée par Vauban. La ville grandit alors progressivement pour prendre son véritable essor à l’indépendance de la Belgique (1830) sous l’impulsion de la Révolution industrielle.  Le fer, le verre et le charbon feront sa gloire. Vers 1870, le jeune Rimbaud séjourne par trois fois à Charleroi, devenue deuxième puissance industrielle mondiale et métropole européenne typique du 19e siècle triomphant. Cent ans s’écoule et tout ce que des générations d’ouvriers courageux et d’ingénieurs audacieux ont bâti s’écroule. La crise voit l’exode de son élite. Mais aux lueurs du nouveau millénaire, à nouveau, la vapeur s’inverse. De pharaoniques travaux de rénovation sont entrepris vers le milieu des années 2000. Alors que les chantiers au centre-ville sont omniprésents, il se chuchote déjà que Charleroi est la nouvelle « place to be ». Pour en juger, nous sommes allés pour vous sur place. 

De Marbre et d’Or

Mosaïques représentant l'Apocalypse de St-Jean, Eglise St Christophe ©JJ Serol

Mosaïques représentant l'Apocalypse de St-Jean, Eglise St Christophe ©JJ Serol

On a démarré « ville haute », place Charles II au cœur de l’ancienne forteresse, par une visite piétonne qui d’emblée surprend. L’hôtel de ville est un imposant édifice 1930 flanqué d’un beffroi érigé en 1936, tous deux sont patrimoines de l’UNESCO. L’extérieur allie Classicisme et Art déco ; on aime ou non. Mais entrer, c‘est vraiment tomber sous le charme. Les sculptures de bronze, la richesse de l’escalier d’honneur en marbre de Rance, la salle du conseil… L’harmonie de cet ensemble préservé, l’expression de tant prestige, tout impressionne. Sur la même place en étoile, la « basilique » Saint-Christophe est de la même veine. Fondée par les Espagnols, elle a en grande partie été reconstruite entre 1955 et 58 de façon atypique croisant sous un dôme, deux cœurs, l’ancien et le nouveau. Ce dernier est paré d’une immense mosaïque d’or issu des ateliers Orsoni à Venise. Frisson divin devant cette représentation de l’Apocalypse de Saint-Jean, pour cette étonnante « basilique » non reconnue par le Vatican car Saint-Christophe, figure légendaire, ne possède ni reliques, ni pèlerinage… Avant de descendre « ville basse », le Musée des Beaux-Arts (en face du Beffroi) mérite un crochet. Comme l’hôtel de ville conçu par l’architecte Joseph André en 1936, il se prolonge depuis 2001 d’une extension vitrée (Arch. Lohas) dont l’ultra modernité enlace parfaitement le monobloc Art Déco. C’est l’un des hauts lieux de la culture dédié à l’Art…

Culture conviviale

Fresque de Sixe Paredes (rue Tumelaire) © JJ Serol

Fresque de Sixe Paredes (rue Tumelaire) © JJ Serol

Impossible d’arriver en ville par l’A54 et le petit ring sans apercevoir le géant «Bisous M’chou»  signé Steve Powers réalisé dans le cadre de la Biennale Asphalt Urban Art. Cette forme de salutation locale entendue à tout vent a frappé la star américaine des graffiti. Véritable Cheer up dans un paysage souvent terne, il trouve son écho aux quatre coins de la métropole, résolument conviviale, latine, multiculturelle et si prompte à se divertir.  Rond-point Hiernaux, une des principales entrées de la ville, est orné d’une sculpture de Marsupilami.

Rond-point "marsupilami © JJ Serol

Rond-point "marsupilami © JJ Serol

Spirou et Fantasio, Boule et Bill en ornent deux autres. Lucky Luke est à l’entrée du parc Astrid ainsi que dans la station de ce métro qui mène loin dans les banlieues et permet d’insolites parcours aériens (ligne Pétria)… Marcinelle, l‘un des berceaux de la bande dessinée franco-belge n’est pas loin. On poursuit, déridé, notre balade. En bas de la rue de France, sur le coin, se trouve le superbe centre culturel, l’Eden (le plus ancien théâtre de la ville relooké en 2012) symbole du désir de faire de la culture, un levier de développement.

La brasserie de l'Eden © JJ Serol

La brasserie de l'Eden © JJ Serol

Sa Brasserie, écrin noir et blanc avec son long bar épuré en béton, très prisé pour ses lunchs, ne désemplit pas. Spectacles, musiques, ateliers attirent un vaste public. La densité des institutions culturelles fascine. Arpentant Rue Montigny, l’artère qui sépare «ville haute» et «basse», on tombe ensuite sur le théâtre de l’Ancre, avec sa façade tentaculaire réalisée par Arthur Mouton. Plus bas, le Vecteur occupe un vaste bâtiment dont les salles sont autant dédiées aux arts plastiques, qu’au cinéma, concerts, performances. Sa façade est couverte d’une superbe fresque noire et blanche réalisée en 2011 lors du projet «Couleurs Carolos».

Le Vecteur © JJ Serol

Le Vecteur © JJ Serol

Charleroi "Version Colorisé"

Durant six semaines, six lieux ont ainsi littéralement été « coloriés ». Événement mémorable dont on voit aussi la trace à Rockerill, forges de l’ancienne usine La Providence aujourd’hui également reconvertie en scène pour la musique, le cinéma, les arts plastiques… Enfin, logé dans les anciennes casernes de la gendarmerie, il y a Charleroi Danses dont la réputation de la Biennale, du festival Hip-Hop, Objectif Danse… est déjà largement connue et reconnue.

L'hôtel de Police de Jean Nouvel © JJ Serol

L'hôtel de Police de Jean Nouvel © JJ Serol

La nouveauté en revanche, c’est la tour de 75 m de haut située juste à côté, nouvelle icône de la métropole en devenir. Couverte de briques vernissées bleues, elle abrite l’Hôtel de police dessiné par Jean Nouvel. C’est le premier jalon d’un immense projet de requalification des casernes qui ornera sous peu le boulevard Mayence d’un très beau centre d’affaires et d’animation. La couleur ponctue divers quartiers de cette ville qui se réinvente. Fresques géantes ou pochoirs, les créations sont au détour des rues, du nord au sud. Tod James, 2 boulevard Solvay. Sixes Parades, entre les rues Tumelaire et du Parc. Sozyone Gonzalez et d’Hell’O Monsters, sur la place réaménagée au cœur du « triangle » (anciennement le quartier des lanternes rouges), entre les rues de Marchienne et du Moulin. Toutes ces fresques ont été réalisées par des artistes de Street Art dans le cadre de la Biennale Asphalt. 

Slalom Ville Basse

Plusieurs rues piétonnes et commerçantes relient déjà la place Charles II à la ville basse. Mais d’ici deux ans, les grandes lignes des projets «Rive Gauche & Phénix» seront achevés. La ville basse sera presqu’entièrement rebâtie pour former un vaste espace piétonnier convivial, bordé de logements et de commerces. Il se prolongera jusqu’à la gare, laquelle fera face à un petit port nautique. Entre le passage de la Bourse (galerie couverte 19e Néoclassique, rare rescapé de l’ancien quartier) et la gare se trouve le canal de la Sambre. Il est bordé du Quai de l’Image, centre de culture de l’image animée, qui sera inauguré en septembre dans le cadre de son partenariat avec Mons 2015.

Jean-Michel dans son "Palais du Bas" © JJ Serol

Jean-Michel dans son "Palais du Bas" © JJ Serol

Sans attendre le renouveau de ville basse, de valeureux entrepreneurs et commerçants font souffler un vent novateur. En face du Vecteur, rue de Marcinelle, on flâne chez Jean-Michel qui a fait de l’ancien Palais du Bas, le nouvel antre du Neuvième Art. Au bout de la rue se dresse l’ancien hôtel des Postes, petit château néo-Renaissance qui abrite la Librairie Molière. Ni plus ni moins, la plus grande de Wallonie ; un régal… Quelques perles éparses émaillent encore Rue de Montigny comme le superbe Concept Store Wonder Friends imaginé par Isabelle et Caroline, deux amies d’enfance au goût sûr et complémentaire… Très classe aussi, la pose déjeuner bio, saine et sympa, A la soupe dirigé par Pascal Leclerq. Puis, bien sûr, il y a la mythique rue piétonne Dampremy avec sa Brasserie Le Bistro, les terrasses et tonnelles où il fait bon traîner tard l’été. Et encore des Carolos à rencontrer… Comme Régine et Etienne, deux historiens passionnés dans leur boutique, La Fafouille. Mme Pilloy dans sa caverne de friandises et articles cadeaux depuis 1882 ! Elle y tient le flambeau pour la 7e génération sans renier ses origines et produit la fameuse Gayette, truffe en chocolat enrobée de paillettes rappelant le petit bout de charbon qui réchauffait les mineurs. 

Interieur chez Designaddict © JJ Serol

Interieur chez Designaddict © JJ Serol

Enfin, dans un tout autre genre, dans l’une des belles banlieues vertes et chic, il vous restera à visiter le Musée de la Photographie dans un ancien carmel à Mont-sur-Marchienne, autre phare de la création contemporaine depuis déjà 1987. Non loin, Alix et Patrick Everaert sont experts en meubles et objets design. Tandis que les portes de leur DesignAddict sont toujours ouvertes aux amateurs de pièces rares, Patrick, plasticien-designer, est impliqué dans plusieurs projets spectaculaires de la rénovation de la ville. En sortant, dans le beau quartier Belle Vue – La Villette, on s’attable enfin avec un immense plaisir aux Trois P’tits Bouchons pour un repas gastronomique qui scelle définitivement les amitiés franco-belges...

Charleroi Pratique

Info :

Maison du Tourisme du Pays de Charleroi, 20 place Charles II. 071 861 414. www.charleroitourisme.be 

Où se garer ?

Sous la très centrale place de la Digue, il y a un vaste parking rénové.

Bars, Bonnes tables, Délicatesses & Curiosités

Harpers Cafe © JJ Serol

Harpers Cafe © JJ Serol

-Harper’s Cafe, 88 boulevard Joseph Tirou. 0493 507 064. 

-Les Trois p’tits bouchons, 378 avenue Paul Pastur, Mont-sur-Marchienne (quartier La Villette – Belle Vue). 071 329 475.  (15/20 GaultMillau)

-Irish Pub. 86 boulevard Joseph Tirou. 071 316 152. 

-A la soupe, 20 rue de Montigny. 071 506 464. www.alasoupecharleroi.be

-Maison Pilloy, 60 rue Neuve. 071 32 66 73. www.pilloy.be

-Wonder Friends,  13 rue de Montigny. 0491 076 216. www.wonderfriends.be 

Logement

-Appart’Hotel Le Mayence, 53 rue du Parc. 0495 43 92 80. www.lemayence.be 

Chambres & studios au Mayence © JJ Serol

Chambres & studios au Mayence © JJ Serol

Art & Culture

Façade de l'Eden © JJ Serol

Façade de l'Eden © JJ Serol

-L’Eden, 1-3 boulevard Jacques Bertrand. 071202 995. www.eden-charleroi.be 

-Le Théâtre de l’Ancre, 122 rue de Montigny. 071 20 29 95. www.ancre.be 

-Le Vecteur, 30 rue de Marcinelle. 071 278 678.  www.vecteur.be

-Charleroi Danses, 65c Bd Mayence. 071 205 640 www.charleroi-danses.be

-Le Musée de la Photographie, 11 avenue Paul Pastur, Mont-sur-Marchienne www.museephoto.be 

-Le Palais du Bas, 27 rue de Marcinelle. 0477 257 379. www.jeanmichel.net 

- Librairie Molière, 68 boulevard Joseph Tirou. 071 328 919.


Jocelyne Vanderlinden © JJ Serol

Jocelyne Vanderlinden © JJ Serol

Jocelyne, ambassadrice des célèbres Editions Dupuis à Marcinelle

Une des 1001 Carolos symbole des "amitiés franco-belges"...

Jocelyne est née, a étudié et développé toute sa carrière à Charleroi. Attachée de presse aux Editions Dupuis à Marcinelle, elle travaille depuis 30 ans dans ces bâtiments mythiques qui ont vu naître Spirou, le plus populaire de tous les hebdomadaires de bande dessinée franco-belge où ont notamment été révélés des auteurs comme Franquin, Jijé, Morris, Peyo, Roba, Hubinon… Son bureau est à côté de la rédaction et ses liens avec la France se sont multipliés lorsque la société française Média-Participations a racheté Dupuis en 2004. Pour tout dire, son mari possède aussi 15 hectares de vignes à Blaye, il y a donc de nombreux va-et-vient tant privés que professionnels. Alors lorsque le poste de Consul honoraire de Charleroi s’est libéré, l’échevin de la culture de Charleroi, connaissant l’attachement de Jocelyne pour sa ville et sa tendance à prendre à bras le corps toute mission confiée, a sans hésiter recommandé celle-ci à l’Ambassadeur de France. En place depuis septembre 2014, la nomination de Jocelyne ne sera officielle qu’en mai 2015. Pour fêter l’événement, elle organise la visite de DreamWall, le studio d’animation de Dupuis pour l’Ambassadeur de France, divers hommes d’affaires et consuls étrangers. Son rôle de Consul Honoraire (bénévole) n’inclut pas la délivrance de documents officiels, ni ne se limite à servir d’ambassadrice de sa région pour attirer des investisseurs étrangers. « Il y a près de 4000 français vivant dans la région de Charleroi. Tous ne sont pas des hommes d’affaires nantis. Mon but est de venir en aide à tous. Avec la ville en pleine transformation, beaucoup ont déserté le centre-ville. Pour ma part, j’ai hâte de le voir repeuplé. Ce sera bientôt très hype d’y habiter et ce jour-là, je suis bien sûre que de nombreux Français auront capté le message. »

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Le programme des expositions, concerts, défilés..... Sur http://www.charleroi.be/350ans-programme

 

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