Aveyron : Surprenantes bastides de Rouergue

Place Notre Dame, Villefranche-de-Rouergue, © JJ Serol

Place Notre Dame, Villefranche-de-Rouergue, © JJ Serol

L’Aveyron, région des Midi-Pyrénées, est décidément pleine de contrastes. Authentique et méconnu, le Rouergue surgit de l’espace temps, hérissé de bastides médiévales à la beauté hypnotique. Artistes et artisans de toutes disciplines, jeunes et assez Rock ’n Roll s’y distinguent par leur savoir-faire et leur créativité… 

Texte et photos : Camille JS / Pepite Production

On pensait connaître l’Aveyron. Pourtant à l’opposé des Grands Causses, des gorges de la Truyère et de Laguiole, il restait encore un bijou insoupçonné à l’ouest de l’Aveyron. On l’atteint facilement, par un vol de Ryanair atterrissant à Rodez, précisément l’ancienne capitale du Rouergue. Dans nuages, on émerge éblouit par la lumière cristalline. Des bocages dessinent une belle géométrie. Puis en approchant lentement du sol, on perçoit les dénivelés de vieux monts étêtés, des lacs, des rivières et forêts et enfin, valons et plateaux alternant avec leurs hameaux. Une nature sculptée par les hommes de longue date… Avant la conquête romaine, c’était la terre des Rutènes, peuple celte d’origine d’Europe centrale. Puis au Moyen-Age, s’élèvent les Comtes de Rouergue, la Maison de Toulouse, le soutien aux Cathares, la Croisade des Albigeois (1209-1229) et les ravageuses guerres de religion…

 

Sur la route des seigneurs

De cette époque trouble datent les bastides, fortes, fières cités médiévales fortifiées. Elles se distinguent par leur grand’ place, des rues droites, perpendiculaires, bien tracées, un concept révolutionnaire qui répondait aux défis d’alors… Il s’agissait de relancer le commerce et ces bastides qui se dressent à toute allure permettent d’affirmer leur pouvoir politique, économique mais aussi démocratique. Ces villes auguraient une société moderne car elles étaient peuplées d’hommes libres de toutes attaches de la féodalité, du clergé et des nobles… Elles fonctionnaient avec leur consulat, leur marché et leur foire, correspondant à l’essor urbain exceptionnel qui s’est prolongé jusqu’à la guerre de Cent Ans (1337-1453). Les bastides ne sont pas l’apanage du seul Rouergue et des quelque 500 bâties dans le sud-ouest de la France, seules 310 ont survécues, mais celles que l’on découvre aujourd’hui à l’ouest de l’Aveyron figurent parmi les plus spectaculaires.

A 45 min de route de Rodez, nous faisons halte avant le coucher du soleil à Peyrusse-le-Roc. Une accueillante table est dressée dans le jardin du restaurant Savignac, au cœur du village. Un calme bienvenu et des senteurs titillantes. Mais avant de déguster l’un de nos plus mémorables repas, nous faisons quelques pas pour atteindre un point de vue sur les impressionnantes tours du Roc del Thaluc. Deux excroissances sur un piton rocheux entouré des vallons verts tendres, le tout baigné de la lumière orange du jour finissant. Le ton du voyage était donné. Les émotions seraient fortes et absolument inoubliables…

La Maison de Louna se situe un peu au nord de Villeneuve d’Aveyron, à quinze minute du restaurant. Une chambre d’hôte Vintage et Design, des chambres coquettes, baptisées Atelier 68, 59 et 98 car ici la déco chinée, détournée, ratisse large et surprend constamment. 

Au matin, on s’extrait à regret de leur lit moelleux mais Place des Conques, au milieu du village de Villeneuve, nous attend une vraie surprise. Qui pourrait imaginer l’existence d’une Musée dédiée à la photo et au Rock ’n Roll dans un écrin tel que l’une de ces bâtisses du XIIIe siècle en plein centre du village? 


Depuis plus de 20 ans, le photographe Jean-Marie Perrier a posé ses valises à Villeneuve d’Aveyron où il y passe les deux tiers de son temps, le dernier tiers étant consacré à entretenir ses relations avec Paris. Dans les années 60, il se lance avec candeur et humour dans le défi que lui propose l’Oncle Dan (Daniel Filipacchi/Paris Match) de capturer avec un souffle neuf de jeunes talents… Jean-Marie avait alors à peine 23 ans, l’âge de ses futures idoles, aujourd’hui devenues les « classiques » de l’âge d’or du Rock. Ouvert en 2016, le Musée de la Photo expose 183 tirages originaux des années 60 et 70 dans sept salles permanentes. 

Interview exclusive : Jean-Marie Perrier pour «Salut les Copain(e)s»!

LPDV : Question bateau : Pourquoi avoir choisi l’Aveyron?

JMP:  Mon métier m’a permis de beaucoup voyager, d’être toujours dans les rencontres lesquelles engendraient des motivations nouvelles pour développer ma carrière et donc un mouvement continuel qui correspondait bien à ces fameuses Golden Sixties… A l’automne de ma vie, j’ai eu envie d’un peu de temps pour moi, pour prendre du recul et lâcher la pression ! Ce coin de l’Aveyron m’a séduit pour deux choses essentielles : contrairement à la côte d’Azur par exemple, ici, on ne rencontre presque pas de Parisiens (rires). Je veux dire par là que les Aveyronnais sont dépourvus de tout mépris ou arrogance, y compris du Provincial. Et puis l’Aveyron, c’est comment dire ? Majestueux ! Le soleil est là qui vous caresse et vous pousse à l’oisiveté, teinte votre vos journées du matin au soir de couleurs chatoyantes ! Laissant la place à la tranquillité des soirées entre amis sans chichis autour de bonnes tables.

LPDV : On vous surnomme le photographe de stars, cela vous convient?

JMP : Oui et non. Je ne suis pas le seul à avoir tiré le portrait de stars. Mais celles que j’ai photographiées étaient des talents en devenir. C’est une différence énorme ! Encore aujourd’hui, on se rend compte de l’influence qu’ont eu des artistes comme Dylan, les Rolling Stones, les Beatles et même Johnny, Dutronc ou Hardy… Moi, je les ai eu devant mon objectif, jeunes, beau, réceptifs. Je ne pense pas qu’ils pouvaient s’imaginer que 40 ans plus tard, on parlerait encore d’eux voire même pour certains qu’ils rempliraient toujours des stades !

LPDV : Il y a quand même un «style JMP»?

JMP : J’aime beaucoup faire une mise en scène et tous se sont prêtés à mes idées les plus loufoques. Imaginez faire poser Jacques Dutronc en preux chevalier engoncé dans une armure et Sylvie en robe de princesse, c’était assez cocasse. J’ai pris les plus belles gueules de toute une génération, celles que l’on appelle « Salut les copains ». Quand vous regardez mes images, vous vous rendez compte à quel point ces gens étaient éblouissants, de Françoise (Hardy) à BB, de Johnny à Mick Jagger… Tous renvoyaient une image de beauté incroyable. Le monde leur appartenait et ils ne s’en rendaient pas compte. En reportage, je regardais vivre ces gens et je déclenchais quand l’image était belle de par l’attitude, la lumière, la situation. J’ai aimé chacune des personnes que j’ai photographié. C’est inouï d’avoir eu autant de chance ! Et ça continue… Regardez ce musée ! (rires)


Jacques Carles, foie gras et chaudron de cuivre sur feu de bois © JJ Serol

Jacques Carles, foie gras et chaudron de cuivre sur feu de bois © JJ Serol

Canards, Donjon et Citadelles

Dans Le Bourg, à Monteils, nous avons fait ce que l’on appelle ici, un gueuleton. La ferme de Jacques Carles est l’entreprise d’un passionné qui de l’élevage des canards à la conserverie en passant par la cave de dégustation et la tablée d’hôtes régale par son humour facétieux et la délicatesse de ses préparations. Jacky élève ses 3000 canards sur neuf prés, puis les gave sur paille avec tendresse et respect (au grain récolté sur ses terres), prépare ses recettes à l’ancienne dans un immense chaudron de cuivre sur feu de bois et en bon ambassadeur de l’Aveyron, confectionne toutes les spécialités de la région ; foie gras, confits, rillettes… On repart les bras chargés et le ventre plein digérant son bonheur en admirant les verts paysages qui mènent à Najac. Citadelle sur son éperon de schiste dominant les gorges de l’Aveyron, cette petite cité toute en longueur occupe un site stratégique sans égal. Elle possède un église gothique 13e siècle construite sous les inquisiteurs et surtout un château très grand et très haut, symbole de pouvoir au look défensif très dissuasif puisque de fait, il n’a jamais été attaqué. Sans fondation, érigé sur le sommet du contrefort, le château possède à sa base des murs de 6 m d’épaisseur et sur les hauteurs fendues grandes archères, les dégradations datent d’après la révolution française, le peuple étant friand de son précieux grès rose ! Heureusement son immense donjon de 40m de haut avec son splendide escalier à vis sont intacts, dominant tout le paysage… Bref, on en prend plein la vue et Najac, avec son patrimoine remarquable aurait pu servir de décor pour l’un des fiefs de Game of Thrones. La bastide mérite allègrement son label de «Grands sites Midi-Pyrénées & Plus beaux villages de France»…

Artistes, Aligots et Vol-plané

Le lendemain, une soixantaine de kilomètres plus à l’est, nous pénétrons dans la bastide de Sauveterre de Rouergue. La vision de ces vieilles bâtisses à pans de bois dressés en lots avec leur jardin, d’emblée impressionne. Toute la bastide a été bâtie entre 1281 et 1284. L’écrin architectural est admirablement préservé et on y butine de vitrine en vitrine où des ateliers d’artistes locaux et étrangers font revivre une tradition artisanale séculaire. Au milieu de la place principale, un beau puit, des arcades et dans son clair-obscur, on devine Le Sénéchal, le restaurant de Michel Truchon étoilé au Michelin. Un peu plus loin, on trouve le coutelier Guy Vialis et son atelier de Sauveterre, la superbe maroquinerie de Max Capdebarthes, des créateurs de bijoux, un luthier, un ferronnier d’art et même un créateur de sculpture lumineuse, Bastien Carré, le lumigraphe… 

Pourtant de Sauveterre, on devra se sauver un peu trop tôt car nous avions fixés un rendez-vous très particulier avec le soleil du couchant… Daniel Roman et son petit avion! A l’aéro-club de Villefranche de Rouergue, un superbe Sg10 (3 places plus pilote) blanc et rouge fait déjà chauffer son hélice. Cet élégant ULM très maniable permet des voltiges, des rase-mottes et et vols à basse altitude pour photographier sous tous les angles les petites merveilles que sont les bastides du Rouergue vues du ciel avec leurs rues bien coupées à angle droit. Nous longeons la faille de Najac, survolons les paysages typiques du Ségala et les gorges de l’Aveyron. Le spectacle et les sensations sont à pleurer de bonheur. Et là, on se dit qu’il serait grand temps de passer un BIA (Brevet d’initiation à l’aéronautique)… Chose possible ici!

Quentin Bourdy, cuisinier de l’émission Top Chef sur M6 bat l'aligot dans les cusisines de l'UNIVERS ©JJ Serol

Quentin Bourdy, cuisinier de l’émission Top Chef sur M6 bat l'aligot dans les cusisines de l'UNIVERS ©JJ Serol

Flâneries occitanes

Villefranche est déjà une belle grande ville de 13.000 habitants et il y a beaucoup à explorer. Place Notre Dame d’abord bordées de couverts ; la place du marché embaumant des produits du terroir (Je et Di) que domine la collégiale et son puissant clocher-porche (il faut absolument monter les marches et observer la vue à hauteur des gargouilles, pour honorer notamment les 49 cloches rénovés qui jouent la mélodie de l’Auvergnat de Brassens)… Art, Histoire et Bon manger. Les ingrédients s’entrelacent sans lasser. Le topo se répète avec brio. Nous finissons le séjour rythmant les jours, de promenades sur les berges de l’Aveyron où se love l’Atelier blanc, espace d’Art contemporain dans un jardin-potager, de visites allant de la Chartreuse Saint-Sauveur à la sublime Chapelle des Pénitents noirs, joyaux de l’art baroque occitan… de lèche-vitrine car foule de commerces, traiteurs, pâtissiers sollicitent nos sens (Fins Gourmets, 2 Place Jean Jaurès. Pâtissier-Chocolatier L’Amandier, 16 rue du Sergent Bories…) pour finir par une expérience gastronomique. Quentin Bourdy, cuisinier de l’émission Top Chef sur M6 est la star de la cité. Alors on s’installe un midi son restaurant l’Univers à la table du fond devant les cuisines et observe le jeune chef battre l’aligot, fignoler ses créations comme des peintureset soigner les fricandeaux, une recette de son grand-père… Le soir, on traînaille sur la terrasse de notre superbe hôtel design aux murs audacieusement végétalisés. Partout où se pose le regard, c’est du bonheur…


Château de Bournazel

Sur la route du retour, à  30 min de l’aéroport, faites un dernier arrêt pour parcourir ce château Renaissance (1540-1560) avec ses jardins à la Française. Il finit bien votre route des seigneurs du Rouergue. C’est un château privé racheté en 2007 par un couple d’esthètes qui l’habite et le rénove avec ferveur, pierre par pierre, pièce par pièce, avec son mobilier et ses tapisseries dignes des cours florentines. Leur goût est à l’aune du raffinement décoratif des façades originales bien distinctes des deux ailes, qui devaient refléter le prestige de la famille Mancip, élite cultivée qui dirigeait alors la Rouergue. Ouvert de 14 à 19h sauf le mardi. +33 (0)5 65 80 81 99. http://www.chateau-bournazel.fr


Peyrusse-le-Roc

Peyrusse-le-Roc

Aveyron Pratique

Info

www.tourisme-aveyron.com

www.bastidesdurouergue.fr

www.vpah.culture.fr/midi-pyr/bastide-pr.htm (visites découverte)

Réseaux sociaux :  #Tous_en_Aveyron

Y aller

-Ryanair : Bruxelles-Sud/ Rodez : tous les lundi et vendredi. www.ryanair.com 

Logements

-La Maison de Louna, Le Bourg, 12260 Salles-Courbatiès. +33(0)6 08 26 60 43. www.lamaisondelouna.com

-L’hôtel** l’Oustal del Barry, 12270 Najac. +33 (0)5 65 29 74 32 33 - www.oustaldelbarry.com

-Le Sénéchal - Hôtel**** & Restaurant gastronomique, 12800 Sauveterre de Rouergue - +33 (0)5 65 71 29 00 -  www.hotel-senechal.fr

-Hôtel*** Les Fleurines, 17b Haute Guyenne, 12200 Villefranche-de-Rouergue. +33 (0)5 65 45 86 90. www.lesfleurines.com 

Bonnes tables

-Le Savignac, 20 rue Paul Gleyrose, 12220 Peyrusse-le-Roc. +33 (0)5 65 80 43 91.

-Chez Lucien, Cuisine familiale et traditionnelle (clafoutis de légumes, feuilleté miel-brebis du marché, flan de légumes bios, tourtes, terrine maison…), 6 arcades Reynies 12200 Villefranche-de-Rouergue. +33 (0)5 65 45 77 90

-Jacques a dit… (cuisine d’antan), 54 rue de la République, 12200 Villefranche-de-Rouergue. +33 (0)5 65 45 47 68

A faire

Survol de la Rouergue / Baptême aérien à l’aéro-club du Rouergue, Villefranche de Rouergue. +33(0)5 65 45 05 27 +33 (0)6 24 0125 18 - 30 min/ 100€ - http://aeroclub-du-rouergue.com

Le Pays Roannais, si cher à mon coeur...

Par les papilles alléchées, nombre de gastronomes y font le crochet. Mais ivres de bonheur, ils y reviennent savourer plus à souhait son patrimoine, sa nature et son étonnant art de vivre...

Par un enfant du pays : Jean-Jacques Sérol / Pepite Photography

Au nord du département de la Loire, enlacé entre les Monts de la Madeleine et ceux du Beaujolais, le pays roannais vit en marge de la course du temps et des grands axes routiers. Son climat a parfois la rudesse auvergnate, ses églises la rutilance bourguignonne, ses villages médiévaux le charme mêlé des Pierres dorées et du Val de Loire, son terroir la générosité lyonnaise… Mais par-dessus tout, ses habitants rayonnent d’une franche et très unique convivialité. En route vers le sud, beaucoup ont déjà fait halte face à la gare de Roanne, à 85 km à l’ouest de Lyon, dans la Maison Troisgros. Depuis 1930, trois générations de chef d’exception perpétuent la tradition sans s’y laisser enfermer. Michel Troisgros et ses 3 macarons au Michelin, 4 étoiles au Bottin Gourmand et 19/20 au Gault Millau parlent d’eux-mêmes. Son saumon à l’oseille et sa cuisine acidulée ont fait le tour de la planète mais pour lui, rien n’est figé. Dans son vaste laboratoire culinaire où s’affairent quotidiennement une vingtaine de jeunes experts, Michel Troisgros explore sans relâche les confins de la gastronomie. Il joue à assembler les ingrédients pour servir aux gourmets de nouvelles saveurs, personnelles et contemporaines, comme il offrirait ses plus précieux souvenirs de voyage. Amateur d’Art, le chef est aussi mécène et ambassadeur de son terroir. Il admet volontiers que la qualité de sa cuisine tient notamment aux produits à sa disposition. De fait, pratiquement tout dans le Roannais porte le label « Bio » ou « agriculture raisonnée » et par un subtil jeu d’émulation, de nombreux artisans, agriculteurs et producteurs ont à cœur de donner le meilleur d’eux-mêmes et de leurs terres. Affineur-fromager, maître chocolatier, producteur de foie gras, ils sont nombreux à graviter autour de la planète Troisgros et à collectionner les reconnaissances comme celle de « Meilleur ouvrier de France ». Nombreux aussi les anciens disciples partis voler de leurs propres ailes et à rehausser de leur savoir-faire le paysage gastronomique. Alors il est facile de se laisser tenter sur la route des saveurs et de découvrir ce charmant pays en égrainant une à une les perles de son patrimoine et ponctuant chaque étape, de dégustations mémorables. 

La capitale des gourmets

À Roanne, chaque vendredi dès l’aube, fermiers et petits producteurs se retrouvent sur la place du Marché. Devant le théâtre municipal, commence la ronde exigeante des habitants de ce pays du bien manger. Comme Michel Troisgros —pourtant discret, chacun y fait son tour soupesant une poignée de girolles, humant des feuilles de moutarde puis, sélectionnant avec soin son pavé de charolais ou son filet de sandre. À croire que, le week-end venu, chaque foyer prépare un festin. Que chaque samedi, les coquettes arpentent le secteur piétonnier, rue Charles de Gaule (dite « rue du Lycée ») et rue Maréchal Foch (dite « rue du Commerce ») en quête de nouveaux atours comme au temps des Golden Sixties lorsque Roanne ronronnait, en grosse ville prospère, grâce à ses industries textiles. Bien sûr, on trouve toujours les QG et les magasins d’usines de prestigieuses marques comme Carré Blanc, Devernois ou Marcel Griffon. Et si la ville a perdu des habitants, elle a gagné en beauté. Rénové, le quartier de la place Saint-Etienne explose de couleurs. Des fours de potiers gallo-romains récemment mis à jour, le donjon d’un château moyenâgeux, des maisons à colombage et Renaissance couplées à quelques fresques murales font l’orgueil du vieux cœur historique. À un jet de pierre, sur les berges de la Loire, le port, ses 2 immenses quais aménagés et ses 110 emplacements accueillent, été comme hiver, les plaisanciers descendus de Digoin entre les canaux du Centre et de Bourgogne. Les Roannais aiment y flâner aussi mais le dimanche, ils délestent d’abord la Maison Pralus de ses célèbres Pralulines. Invention d’Auguste Pralus en 1955, la brioche aux pralines (amandes et noisettes grillées et enrobées de sucre rose) —souvent imitée mais jamais égalée— se partagent aujourd’hui la vedette avec les sublimes chocolats du fils, François, sympathique et talentueux artisan. 

La route des tentations

La tradition roannaise veut qu’on finisse ses libations dominicales par une promenade digestive au barrage de la Tâche, à côté de Renaison. C’est un lieu magique où se dressent, depuis sa construction à la fin du XIXe siècle, d’immenses pins Douglas. Requinqué, le visiteur explore lentement les paysages de la Côte Roannaise dont le vin fruité —AOC depuis 1994— a acquis ses lettres de noblesse avec des viticulteurs passionnés comme Robert Sérol et son fils Stéphane. Une halte dans leurs caves, quelques gouttes de ce précieux Gamay sur le palais séduisent d’emblée comme elles ont su convaincre ici aussi Michel Troisgros qui en sert à sa table et vinifie d’ailleurs avec eux l’une des parcelles.

Vignoble Robert Sérol, Côte Roannaise AOC  "Les Estinaudes" (Renaison)

Vignoble Robert Sérol, Côte Roannaise AOC  "Les Estinaudes" (Renaison)

Ivre de plaisir, on découvre le tout proche village médiéval de Saint-Haon-le-Châtel. À flanc de coteau et paré de beaux vestiges de fortifications, on y mange des yeux les anciennes maisons à colombages, celle dite « à la fleur de lys » ou « au cadran solaire ». À la sortie du village, l’affineur fromager Hervé Mons impose son savoir-faire à 200 variétés de fromages —de lait cru pour l’essentiel— sur les quelque 450 que compte la France. Une occasion rare d’emporter l’un ou l’autre de ces délices présents chez Troisgros. Remontant plus au nord, on visite encore le Petit Louvre de La Pacaudière et son voisin, Le Crozet, place-forte du XIIIe siècle toujours perché sur son éperon rocheux. Ambiance Renaissance dans un village de poupées et toujours, des demeures remarquables comme celle du Connétable Bourbon ou celle de Jean Papon sans oublier le petit Musée dans une tourelle XVe siècle qui abrite entre autres, une étonnante collection de menus gastronomiques d’autrefois. Les papilles en émoi, on pénètre alors dans l’auberge de la Gandelière chez Florence et Alain Gontard, les « tout nature » producteurs de foie gras —encore des fournisseurs de Troisgros. On y déguste mille et une goûteuses variations « fortes en canard » dans une atmosphère vraiment chaleureuse. Non loin, Ambierle mérite aussi le détour pour son église bénédictine au toit de tuiles vernissées et le joliment scénographié Musée des traditions populaires Alice Taverne. Au nord de Roanne, le doux village de La Bénisson-Dieu gazouille l’été sur les bords de la Teyssonne avec en son centre l’impressionnante abbaye au toit bourguignon. Enfin, sur la rive Est de la Loire, Charlieu est une petite ville marchande et dynamique aux accents médiévaux avec son Hôtel-Dieu, son Musée de la Soierie, son abbaye bénédictine et surtout, son Andouille, charcuterie originale dont les neuf faiseurs sont regroupés en une célèbre Confrérie.

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À ce stade, s’il vous faut un peu d’eau, passez à Saint-Alban, ancienne station thermale où est toujours produite la délicieuse eau légèrement pétillante que l’on sert fièrement à toutes les tables, y compris chez Troisgros. Totalement conquis ? L’été prochain, il restera à découvrir la plus belle partie du Roannais ; les gorges de la Loire sauvage et vagabonde. Constellées de roches et de méandres spectaculaires —ne manquez pas celui du Pet d’Ane, les gorges s’ouvrent sur des bocages alors qu’en contrebas, sur les rives du plus long fleuve de France, sont blottis d’étonnants villages médiévaux. De Villerest à Pommiers-en-Forez en passant par Saint-Jean-Saint-Maurice et Saint-Priest-la-Roche, le temps semble s’être figé. Alors, tout droit surgi d’un conte de fées, se dresse le Château de la Roche…

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Infos Pays Roannais

-CDT Loire à St Etienne : +33 4 77 43 59 14 & www.loire.fr - www.loiretourisme.com 

-OT « Grand Roanne » +33 4 77 71 51 77 & www.leroannais.com 

Maison Troisgros 

- Hotel/ Restaurant***, Place Jean Troisgros, 42 300 Roanne.  +(33) 04 77 71 66 97 (Fermeture : Hôtel - Restaurant : mardi et mercredi - Restaurant: lundi midi du 1er octobre à la fin février)

-Le central/ L'épicerie, 58 cours de la République, 42 300 Roanne  +(33) 04 77 67 72 72 (fermé dimanche et lundi)

-NOUVEAU : Le gîte-restaurant La Colline du Colombier à 71 340 Iguerande. Auberge +(33) 03 85 84 07 24
Gîtes et cadoles 06 03 58 30 45. Réserver une table au Grand Couvert : Uniquement par téléphone +(33) 03 85 84 07 24
(Fermeture hebdomadaire Mardi et Mercredi et Mercredi uniquement en Juillet et Août.)

www.troisgros.fr

Les fournisseurs de la Maison Troisgros :

-La Gandelière, F. & A. Gontard, producteurs de foie gras. 42310 La Pacaudière. (Sur les marchés de Roanne le vendredi matin, à Renaison le samedi matin et le jeudi mtin à Charbonnières les Bains (69)) Tél : +33 (0)4.77.64.33.60 -  www.canardgontard.com

-Domaine Sérol, vignerons « Côte Roannaise », Les Estinaudes, 42370 Renaison. Tél : +33 (0)4.77.64.44.04 – www.domaine-serol.com 

-Pralus, 8 rue Charles de Gaule à 42300 Roanne. Tél : +33 (0)4.77.71.24.10 – www.chocolats-pralus.com 

-Mons affineur fromager, Les caves du Pré Normand à 42370 St-Haon-le-Châtel. Tél :+33 (0)4.77.64.40.79 -  www.mons-fromages.com

Trouver ces vins et fromages en Belgique : 

-Fromagerie St Michel, 244 ch de Bruxelles à 1410 Waterloo. Tél : +32 (0)2.354.90.28. www.fromagerie-waterloo.be

-Fruits de la Passion, Vincent Damien, importateur de Côte Roannaise, 6 chaussée de Charleroi, Thorembais-les-Béguines (Perwez). Tél +32 (0)10.88.08.06 & +32 (0)10.88.92.57. www.fruitsdelapassion.be 

-Le Boutique Olivier Vins,  importateur de Côte Roannaise, 875 chaussée de Marche, Wierde (Namur). +32 (0)475 690.375. www.oliviervins.com

Hôtels & Maisons d’hôtes de charme

-Hôtel du Château Champlong chez Véronique et Olivier Boizet à Villerest (12 chambres aux 12 épices & 12 couleurs + 4 étoiles Charme, piscine extérieure & espace Bien-Etre)  Tél : + 33 (0)4.77.69.69.69 – www.chateau-de-champlong.com

-Maison d'hôtes L’Échauguette chez M. et Mme Alex à St-Jean-St-Maurice. Table d’hôte. Tél : +33 (0)4.77.63.15.89 - www.echauguette-alex.com  

-Le Château de la Motte à Noailly chez Liliane & Henrik Lantz. Table d’hôtes. Tél : +33 (0)4.77.66.64.60 - www.chateaudelamotte.net 

-Domaine des Grands CèdresChateau de Changy, Maison d'hôtes (7 chambres inclus de superbes cabanes dans les arbres) à Cordelle. +33 (0)6.74.04.52.47 -  www.domaine-des-grands-cedres.fr

-Chambres d’hôtes Carpe Diem (à la ferme, 3 épis) chez Odile & André Roche-Mercier à St-Piest-la-Roche. Idéal pour randonneurs. Tél : +33 (0)4.77.64.92.12. (voir sur Gîtes de France)

FESTIVAL « ROANNE TABLE OUVERTE »

Du 20 septembre au 31 octobre 2015 se tiendra la 12e édition du très plébiscité festival des arts de la table du pays roannais. Une valse de dîner-spectacles, concerts et autres rendez-vous gourmands orchestrés par les restaurateurs dont tous les étoilés de la région —et même au-delà puisque ont participé en 2006 Georges Blanc à Vannas et Anne-Sophie Pic à Valence— qui élaborent pour l’occasion des menus spéciaux. Théâtre, Cirque, Magie, Jazz, cabaret, chanson française, classique ou du monde ; il y en a pour tous les goûts. Le festival organise aussi des soirées « dégustation » des produits du terroir, des ateliers gastronomiques pour adultes et enfants, des expositions… Un événement haut en saveurs avec des possibilités d’hébergement et des navettes gratuites.

Infos : +33 (0)4.77.23.20.57 ou www.roanne.fr - www.roannetableouverte.com

Une brochure très complète reprenant la liste des spectacles & participants circulera dès cet été. 

Table d'excellence d'olivier boizet au chateau de Champlong

Table d'excellence d'olivier boizet au chateau de Champlong