Italie: A la pointe de l’éperon d’or, cherchez les îles de l’exil

Au nord des Pouilles, la région du Gargano est un joyau de nature brute. Carte postale sauvée de l’oubli, son image hante à peine entr’aperçue. Grottes marines, falaises immenses, plages secrètes, lagons émeraude et forêts enchanteresses ne suffisent à la décrire. Il y a aussi ces tours saracènes, ces forteresses et cette cathédrale surgissant de la mer au coeur d’un archipel de l’Adriatique… Ce nom de Tremiti qui fait frémir de désir et campe à jamais dans les mémoires.

Texte & photos : Camille JS / Pepite Production

Tout au nord de cette exquise région du talon de la botte italienne, il est une grande province trop excentrée des emblématiques Trulli pour être fort courtisée. Foggia, du nom de sa capitale, est campée autour de « l’ergot » où s’étend le massif de Gargano, un parc naturel de presque 120.000 hectares. L’un des plus vastes d’Italie… Cette province, la plus grande des Pouilles, est aussi proportionnellement la moins peuplée. A peine 92 habitants au kilomètre carré. Longtemps restée à l’écart des routes des vacanciers, cette humble partie de la botte, aussi surnommée Capitanata, possède un charme envoûtant venu d’ailleurs…

Il y a très, très longtemps, là où se dressent aujourd’hui à flanc de falaises, des cités blanches aussi belles que ses soeurs septentrionales, ne se massaient que les cabanons de pauvres pêcheurs… Habitée depuis le paléolithique, on y égraine nombre de nécropoles et de sites archéologiques. Grecs et romains y ont aussi laissé leur empruntes. Mais ce qui marque en premier les visiteurs, ce sont les Trabucchi, ces géants de bois couronnés de filins qui surplombent les falaises et ont permis à des générations de pêcheurs de remplir leurs filets sans encourir les dangers de la mer.  

Pirates et récifs de légende

De l’aéroport de Bari, il faut compter trois heures en voiture pour parcourir les 180 km qui mènent à Vieste, divine destination à la pointe de la péninsule de Gargano. La route qui longe le littoral, trop enchanteresse pour se presser, plonge d’emblée dans un univers énigmatique… Passé Manfredonia, l’asphalte s’élève et ondule vers l’Adriatique. On voit alors les roches calcaires bordées de vert, déchiquetées par la mer, se dresser vers le ciel et prendre des formes improbables. Puis commence ces visions intrigantes des ruines de ces anciennes cabanes de pêcheurs en bois montées sur pilotis…

Saracènes, Byzantins, Turcs, Ottomans et leurs plus redoutables pirates comme Dragut (1554), Ahmet Pascià (circa 1480) et des corsaires comme Barbarossa (1538-71) n’ont cesser de harceler la région des Pouilles toute entière qui a ainsi vécu sous le joug intermittent des occupations et violences musulmanes de 847 jusqu’à la moitié du XIXe siècle ! La péninsule de Gargano était bien sûr la plus exposée. Enlèvements, massacres sanglants, mises à sac des villes et villages… Les pêcheurs ont enduré l’enfer des siècles durant. Mulets, anguilles, dorades, rougets… passaient abondamment à moins de 20 mètres des côtes sur leur route migratoire de reproduction. Si aucune marine digne de ce nom n’a donc pu se développer, il y avait quelques chantiers navals de renom présents depuis le XIIIe siècle. Il semble que ce soient leurs charpentiers et les mécaniciens rompus à l’art de construire des ponts, hisser des mâts, fixer des boucles et gréer, qui inspirèrent le piège du Trabucco vers le milieu du XVIIe siècle. Une mécanique tellement parfaite qu’elle a gagné en peu de temps toute la côte du Gargano, de sorte qu'entre 1850 et 1950, de Vieste à Peschici, il y en eut 36. 

Trabucco, le fruit défendu 

Leur mécanisme aussi ingénieux que spectaculaire repose sur une plateforme de 7 sur 7,5m dressée sur un à-pic où la mer fait un minimum de 6 m de profondeur. On compte une vingtaine de perches de 15m de long en pin d’Alep plongée dans l’écume, 2 mats solides et 2 antennes de 40m fixées vers le large auxquels viennent s’accrocher un système ultra-complexes de filins superposés en entonnoir au-dessus de la plateforme. Quant à l’immense filet de forme trapézoïdale (32x27x24m), il est composé d’un patchwork de mailles de plus en plus serrée au centre. Le principe étant de laisser le filet tapis sous l’eau avec trois coins légèrement relevés selon les courants et emprisonnant les poissons de passage. Au nord de la plage de Vieste, l’été, lorsque les derniers « trabuccolante » (tous octogénaires) jouent les funambules et font revivre l’histoire, impossible de suivre leur maestria sans verser une larme. Autrefois, ces hommes riches et respectés soulevaient alors des filets remplis de plus d’une tonne de poissons à chaque levée!

A l’arrivée des chalutiers, les trabucchi, obsolètes, et à l’écart des plages, désormais nouveaux trésors de l’économie, deviendront peu à peu des ruines emblématiques et omniprésentes sur toutes les cartes postales de la région.  Longtemps, tout ce qui n’était infrastructure touristique hôtelière et situé sur les falaises est resté intouchable, les propriétaires de Trabucco n’ont donc plus pu les entretenir. Il reste à ce jour moins de 10 « trabuccolante » en Gargano dont un fils, jeune, dévoré d’une dévotion immense et de toute la l’énergie du désespoir. Après des années de lutte avec les autorités, il a réussi à faire reconnaître ces géants de bois comme un patrimoine inestimable. Il transmet désormais ce savoir à de jeunes pêcheurs passionnés, restaure les ruines et organise des démonstrations… Vous l’avez compris, c’est le temps fort d’un été à Vieste!

De la cité aux  plages d’éden

Belle à se damner, la côte s’étire sur 140 km alternant plages et récifs blancs. De Peschici à Mattinata, il n’y a pas moins de 65 espaces de baignade à égrener selon son humeur. De très larges au sable d’or et des petites grèves couvertes de galets, d’autres qui mélangent les deux dans une explosion de couleurs… Toujours cerclées de roches et de luxuriantes forêt de pins. Les plus belles, sont presque toutes autour de Vieste : on commence par Castello o Scialara où se dresse le Scoglio di Pizzomunno, un récif blanc de 25m de haut qui, d’après la légende, n’est autre qu’un jeune pêcheur pétrifié de douleur par des sirènes jalouses de son amour pour Cristalda. Il y a aussi les plages des grottes Dei Pipistrelli (chauve-souris) et celle Dei Colombi (colombes), Portonuevo, Vignanotica… Celles ouvertes aux vents, faciles d’accès puis d’autres dont les sentiers ont disparu et qu’on ne peut atteindre qu’en bateau. Presque toutes sont dotées de jolies petites infrastructures, un bars charmants, des parasols… Mais on se saurait se limiter au côté « terre »! Comme les pirates d’autrefois, il faut prendre un bateau pour découvrir côté « mer » ce littoral admirable, entrer dans l’intimité spectaculaire des grottes marines et enfin, rendre hommage à l’Arc de San Felice (Architiello), roche sculpturale surplombée d’une imposante tour de guet du XVIe siècle. De retour au port de Vieste, on ne se lasse pas d’arpenter la cité avec ses ruelles médiévales, ses boutiques aguicheuses et ses bars en haut des falaises où il fait bon se prélasser en attendant le coucher de soleil…

La promesse des îles Tremiti

A douze milles nautiques au nord du Gargano, un petit archipel scintille comme une poignée de diamants sur un drap de velours. De toute éternité, ses îles n’ont pourtant été connues que comme colonie pénitentiaire ou lieu d’exil… En 1938, Mussolini y déportait encore prisonniers politiques et homosexuels. Aujourd’hui, ces petites îles appartiennent au Parc National du Gargano et ses eaux à une réserve marine jalousement protégée. Six joyaux dont trois habités et 500 résidents à l’année se partagent les îles aussi appelées de Diomède, du héros homérien grec qui les auraient choisies pour sa retraite après avoir enterré son trésor ramené de Troie… Des ferries les relie au reste de la province, mais celles que les vacanciers convoitent désormais comme d’exquises friandises pour des excursions d’un jour s’atteignent en vingt minutes par hélicoptère! Un transport —étonnamment abordable— haut en couleurs qui permet de frissonner d’extase en approchant ces îles et atterrir à San Nicola, où vit la majeure partie de la population. Sur les hauteurs de ce rocher de 2,6 km de long domine l’imposante abbaye de Sainte Marie de la Mer, joyau historique et artistique de l’archipel érigé autour de l’an 1045 par des Bénédictins rattachés à Montecassino. On ne peut qu’envier les rares vacanciers qui parviennent à s’y loger car les infrastructures sont proportionnelles à la taille de Tremiti, belles mais réduites à leur plus simples expressions. Abordables et si séduisantes en basse et moyenne saison, le mois d’août voit débarquer quotidiennement un flot de touristes que Tremiti peine à contenter… 

San Domino, l’île la plus grande, en absorbe l’essentiel, car dédiée au tourisme, elle possède  quelques bars, hôtels et l’unique plage de sable de l'archipel ("Cala delle Arene »). L’île regorge aussi de toutes petites criques où on rêve de lézarder, solitaire. Quant aux eaux cristallines qui les encerclent, elles sont idéales pour le snorkeling et la plongée sous-marine. 

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Les délicatesses de la Foresta Umbra

Emporté par les sens, on ne peut quitter la région du Gargano sans aller chercher la fraîcheur de la réserve naturelle de la Foresta Umbra. A 832m d’altitude, ce poumon vert de plus de 10.000 hectares lové autour d’un lac propose quinze sentiers balisés de randonnées pleines de senteurs d’origan et de pins. Une forêt millénaire bien entendu riche d’une flore et d’une faune très préservée. A 15 km seulement de la côte, les uns viennent à vélo, d’autres s’arment de leur appareil photo et n’en reviennent que leur mémoire pleine de superbes souvenirs. L’un d’eux reste immanquablement associé au Rifugio Sfilzi. Un refuge de forêt à 7km de Vico del Gargano, une adorable petite ville médiévale, où Fausta et Francesco s’échinent joyeusement à vous faire goûter à tous les trésors de la nature. Miels, pâtes, salaisons, fruits et légumes… rien que des produits locaux et de saisons orchestrés ici de façon magistrale! Comble du bonheur, on peut même en emporter quelques bocaux… ou bouteilles!

Gargano Pratique

Info :

ecogargano.it - .garganomare.info - www.italia.it/fr/decouvrez-litalie/pouilles.html

Y aller :

- Vol direct Bruxelles Sud (Charleroi)-Bari avec Ryanair. AR en haute saison àpd  170 € -

Séjourner

- White Hotel, Via Italia 2, Localité de San’Andrea, Vieste. Ch. Double avec pt des àpd 59€.  +39 0884/701326 - whitehotel.com

- Hotel I Melograni, Lungomare Europa, Vieste. Ch. Double avec pt des àpd 64€ / Mi-pension en haute saison: 190€/pers. +39 0884 701088.  www.imelograni.it

Tables Coup-de-coeur

-Manger le meilleur de la mer sur un trabucco : Al Trabucco da Mimi, Località Punta San Nicola Peschici. +39 0884 962556. http://altrabucco.it 

-Sur l’île de San Nicola : Architiello, Salita delle Mura, Isole Tremiti. +39 0882 463054

-Au cœur de Foresta Umbra, une table gartantuesque et mémorable: Rifugio Sfilzi. Rien que des produits frais et faits par Fausta et Francesco. Localité Sfilzi, à 7km de Vico del Gargano. +39 338 334 5544. http://rifugiosfilzi.com 

Visiter

Activités

Sur le quai sud du port de Vieste, diverses compagnies proposent des croisières-excursions en bateau le long de la côte, pour explorer notamment les grottes marines.