Nancy, une escapade en Or

Une touche médiévale, un harmonieux ensemble 18e et un divin héritage Art Nouveau, tout dans cette ville enjouée incite à une découverte haute en couleurs.

Texte & photos : S. Dauwe & JJ Serol / Pepite Photography

De l'automne à l’hiver, Nancy joue les coquettes. Après avoir exhibé ses jardins éphémères (29 septembre au 3 novembre 2013), elle se préparera à fêter la Saint Nicolas en grandes pompes. C’est bien sûr LA fête au cœur des traditions et légendes lorraines à ne pas manquer. D’autant que son écrin scintille de mille feux. Célèbre pour son ensemble architectural inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’ancienne capitale du « duché de Lorraine » a subi en 2005 de spectaculaires rénovations. Au cœur de la ville, la fameuse place Stanislas resplendit comme au premier jour de son inauguration... en 1755 ! Joyau du classicisme français, cette place blanche et or édifiée par Emmanuel Héré sur ordre Stanislas, ex-monarque de Pologne et beau-père de Louis XV, éblouit tel un phare tous les visiteurs qui s’en approchent. En plein siècle des lumières, il créait en l’honneur du roi de France l’une des plus belles place d’Europe. Ceinte de grilles ciselées d’or réalisées par le ferronnier Jean Lamour, elle est encadrée de deux somptueuses fontaines dessinées par Barthélemy Guibal. Ce dernier avait aussi dressé, au centre de la place, une haute sculpture en bronze de son souverain. Détruite à la Révolution, elle a été remplacée par une statue de Stanislas qui a depuis donné son nom à la place. Debout, appuyé sur son sabre, il pointe de son index droit l’Arc de Triomphe qui lui fait face, une copie de celui de Septime Sévère à Rome, ici à la gloire du « Bien-Aimé ».

Basilique St Epvre © S.Dauwe

Basilique St Epvre © S.Dauwe

Mais passé l’étonnement face à cette place où se dresse aussi l’hôtel de ville, l’Opéra-Théâtre et le Musée des Beaux-Arts, il reste surtout une fascinante ville à découvrir. À 3h30 de route de Bruxelles (328 Km), Nancy est plus qu’une halte sur l’autoroute du sud, c’est une destination à part entière. Les divers quartiers qui s’étalent en corolle autour de la place racontent sa longue histoire. Il y a la « vieille ville » d’abord apparue dès le XIe siècle qui a gardé de nombreuses empruntes médiévales. Au nord de l’ancienne fortification se dresse ainsi la porte de la Craffe édifiée au XIVe et XVe siècles. Non loin, le palais ducal, résidence des ducs de Loraine, reconstruit fin XVe, accueille depuis 1848 le Musée Lorrain mais on admire avant tout son incroyable porterie mi-gothique, mi-Renaissance italienne. Il faut flâner aussi entre le jardin de la citadelle et l’église des Cordeliers et surtout, explorer la Grand’Rue, artère étroite et pavée regorgeant de petites perles architecturales, de portes et frontons sculptés… Les traverses totalement pittoresques sont truffées d’arrières cours et d’hôtels particuliers, XVIIIe pour la plupart comme celui des Loups dans la rue éponyme. La rue du Haut-Bourgeois en aligne plusieurs vraiment superbes dont un —au bout de la rue— nommé hôtel Ferraris qui abrite un escalier somptueux dont la rampe est signée Jean Lamour. En fin de journée, les pas vous ramènent comme par enchantement rue des Maréchaux, baptisée par les Nancéens, rue Gourmande. Foule de bars et restaurants avec terrasses s’y blottissent les uns contre les autres.

Surprises aux quatre vents

Bordant à l’est la vieille ville, le jardin de la Pépinière créé par Stanislas s’étend sur 21 hectares. On y accède aussi de sa place passant derrière la fontaine Amphitrite (celle de droite). Roseraie, kiosque et des sculptures dont certaines de Rodin ajoutent au charme de ce reposant poumon vert au cœur de la ville. 

Tout à côté, s’ouvre ce qu’on appelle l’espace XVIIIe siècle, lui aussi initié par le roi polonais et formant un ensemble architectural harmonieux incluant non seulement la place Stanislas mais aussi celles de la Carrière et de l’Alliance. Elles font la liaison entre les « deux villes » du centre. Car l’augmentation de la population au XVIe siècle a donné naissance à ce que l’on nomme la Ville-Neuve de Charles III. C’est là que bat aujourd’hui encore le cœur commercial de la ville, en particulier le long des rues des Dominicains, Saint-Dizier et Saint-Jean.

Porte de la Craffe © JJ Serol

Porte de la Craffe © JJ Serol

Cité universitaire de 333.000 habitants et quelque 45.000 étudiants, Nancy pétille de vie et de culture. Mais au-delà de son animation et de ses boutiques, toutes originales ou sympathiques soient-elles, il est un aspect de son histoire qui lui confère un charme unique ; l’Art Nouveau. C’est à l’issue de la guerre de 1870 qui a vu l’Alsace et le nord de la Lorraine indexées à l’Allemagne que l’on doit, en pleine révolution industrielle, l’afflux important à Nancy notamment d’une population jeune, aisée et cultivée. En 1901, entrant dans le monde moderne en prônant « l’art pour tous », toute une génération d’artistes inspirés par l’univers végétal et regroupés sous le nom « Ecole de Nancy » scellent une alliance entre l’art et l’industrie. Les architectes Emile André ou Lucien Weissenburer, les verriers Gallé et Daum, l’ébéniste Majorelle et bien d’autres ont essaimé dans toute la ville de véritables chef-d’œuvres, pour notre plus grand bonheur, admirablement préservés. Brochures et balades organisées les égrainent une à une. Mais elles sont faciles à dénicher et quelle émotion, que de les découvrir au hasard de nos flâneries. Près de la gare, dans le quartier des affaires, la Chambre de Commerce et d’Industrie (1908) apparaît comme une délicate mise en bouche. Les ferronneries bleues de Louis Majorelle subjuguent tout passant… Sur l’avenue Saint-Jean, deux édifices de coin captent l’admiration, l’ancienne Graineterie Génin (1901) et l’ex Banque Renauld (1910). Une fois le nez en l’air, l’étonnement va bon train. S’il est impossible de tous les citer, en revanche une halte s’impose à la Brasserie l’Excelsior (Flo, 13 rue Mazagran), l’une des plus belles vitrines de l’Ecole de Nancy où l’on déguste en priorité les plateaux d’huîtres et fruits de mer.

Graineterie Génin / CCF © JJ Serol

Graineterie Génin / CCF © JJ Serol

Fines fleurs de l’Art

Impensable de quitter cette ville sans au moins visiter le Musée de l’Ecole de Nancy ! Située dans la propriété d’Eugène Corbin, l’un ses principaux mécènes, les collections reflètent la diversité des techniques maîtrisées par ces artistes de l’Art Nouveau. On y admire bien sûr un ensemble de verrerie d’Emile Gallé mais aussi des pièces entières avec leur mobilier comme la salle à manger Masson d’Eugène Vallin ou la chambre à coucher de la Villa Majorelle. Cette dernière, surnommée Villa Jikta, se visite à deux pas du musée, l’hiver les samedis de 14h30 à 15h45. La maison de l’ébéniste a été réalisée en 1901 par l’architecte parisien Henri Sauvage assisté de Weissenburger et chaque détail extérieur ou intérieur sublime nos penchants d’esthète. Enfin, il vous restera à arpenter les divers marchés (Haussonville, de la vieille-ville, du  Haut-du-Lièvre…), goûter à la poésie fluviale au port de plaisance sur les rives de la Meurthe et surtout, succomber aux nombreuses spécialités gourmandes : bouchées à la reine (héritage de Marie Leszczynski, fille de Stanislas), tourtes, quiches et autres potées lorraines sans oublier les macarons, les mirabelles et les emblématiques bergamotes. Les bonnes tables ne sont pas difficiles à dénicher. Mais en voilà une litote ! Vous connaissez beaucoup des villes françaises où l’on est peu regardant en matière de gastronomie ?

Nancy Pratique

INFO :

CRT de Lorraine : +33 (0)383 80 01 80 – www.tourisme-lorraine.fr

OT Nancy,Place Stanislas – 54011 Nancy. Tel : +33 (0)383 35 22 41  - www.ot-nancy.fr

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Loger

Centrale de reservation hôtelière : +33(0)3 83 3584 71.

- l’Hôtel d’Haussonville****, 9b rue Monseigneur Trouillet, au Coeur de la vieille ville. T: +33 (0)3 83 35 85 54. Une demeure seigneuriale de 1545-1551 rénovée avec goût et élégamment décorée.

www.hotel-haussonville.fr 

-L’hôtel de Guise**, 18 rue de Guise. Tel +33 (0)3 83 32 24 68. Demeure 18e, confortable et lumineuse. Divers forfaits : voir sur le site.

www.hoteldeguise.com

Musées

Musée de l’École de Nancy, 36-38, rue du Sergent Blandan - 54000 Nancy. Tél : +33 (0)383 40 14 86

Bonnes tables

A la Table du Bon Roi Stanislas, 7 rue Gustave Simon – Tél : +33 (0)383 35 36 52. Restaurant historique où l’on découvre la personnalité baroque de Stanislas Leszczynski à travers le raffinement et l’originalité de sa table !

tablestan.free.fr