Alkmaar : le marché au fromage kitch, fun et gourmand

Chaque année depuis plus de six siècles, du premier vendredi d'avril au premier vendredi de septembre, Alkmaar est le théâtre d'un drôle de "pesage".  Un spectacle folklorique —mais surtout une tradition bien vivante— qui vaut son pesant d'or. Une perle du tourisme hollandais qui fleure bon les moelleux fromages que sont l'Edam et le Gouda.

Texte : Sophie Dauwe / Photos : Jean-Jacques Serol / Pepite Photography

Tout a démarré, non loin d'Amsterdam, dans une petite ville de frise occidentale en 1365. Comme tous les bourgs de ce recoin de Hollande, il bordait un canal. Très prospère, il jouissait de nombreux moulins à grains. Il en reste une douzaine à ce jour... Qui dit prospère, dit donc marchands. Nous sommes au Moyen-Age et bien sûr, à cette époque, les principaux artisans se regroupaient en guildes pour asseoir les règles, privilèges de leur noble profession, mais aussi pour jouir de la protection d'une ville. A Alkmaar, il existait diverses guildes relatives à la fabrication des fromages, comme les peseurs et les porteurs. Mais surtout, Alkmaar acquière le "droit de pesée" et une unique balance. Plus tard, en 1612, on en comptera quatre. Au fil des siècles, se sont ainsi perpétués les marchés hebdomadaires où convergent les roues de fromages, acheteurs et vendeurs de toute le pays. Offrant ainsi le fascinant spectacle d'une Grand'Place recouverte de fromages entre lesquels se balancent les porteurs en un balai cocasse. Dans les archives de la ville du 17e, Alkmaar est bien mentionnée comme le centre de pesage officiel et ses marchés aux fromages se tenaient alors les vendredis et samedis de mai à la Toussaint.

Sur la Grand Place d'Alkmaar © JJ Serol

Sur la Grand Place d'Alkmaar © JJ Serol

De nos jours, le marché se tient toujours selon les mêmes règles rigoureuses de 10h précise à 12h30 et attire du printemps à l'automne, chaque vendredi matin, son lot de visiteurs.

Dès l'aube, des camions arrivent de partout et sont accueillis par des placeurs. Certains arrivent même par bateau. A 9h55, le "sonneur de cloches" est présenté à la foule et à 10h les cloches ouvrent officiellement la tenue du marché. A 10h50, il y a aussi un concert de carillon ainsi qu'à la fin du marché.

Mais soyez bien attentifs aux porteurs par exemple qui travaillent deux par deux avec leur brancard. Ils sont de quatre couleurs : bleus, rouges, jaunes et verts. Puis surtout, il y a le "père du fromage" qui surveille la mise en place et orchestre cet immense balai. Arrivent ensuite les "maîtres de l'estimation" qui inspectent l'aspect extérieur, puis "tapotent" les roues avec une sonde et en extraient une carotte. Tout est passé au crible ; son goût, sa teneur en humidité et son taux de matières grasses. Les porteurs acheminent les lots à l'intérieur d'un édifice de la grand'Place doté d'une haute tour et son fameux carillon. Là s'effectuent les pesages sur base duquel, dotés de toutes leurs notes et appréciations, quelque 30 tonnes de Gouda et Edam feront l'objet de négoce. Aussitôt le marché fini, les cafés et restaurants ré-installent leur terrasse et les boutiques des alentours proposent à la vente les délicieux formages que vous aurez vu valser.

L'ancienne chapelle 14e dotée de la tour et le carillon abrite aussi un musée sur l'histoire de cette tradition avec moult documents, outils et instruments contant la vie d'autrefois, et plus encore.

© JJ Serol

© JJ Serol