Toit Végétal, le ravissement de tous les instants

Isolation maximale et source de réconfort en toute saison, un bout de toit végétal au cœur de la ville combine avantages pratiques, écologiques et… poétiques.

Nous avons construit le nôtre en 2008, mais chaque année on désherbe, nettoie et surveille ses jeunes pousses. On pleure parfois les pertes des hivers trop rudes et chaque printemps, on replante de nouvelles plantes sur lesquelles, jour après jour, nos regards s'accrochent. Mode d’emploi pour le vôtre réaliser en quelques mois.

Texte & Photos : Camile J.S. / Pepite Photography

Les toitures végétales ont mille qualités enchanteresses. Aucune technique d’isolation des habitats ne surpassent son efficacité, ni sa beauté. De plus, elles contribuent activement à la restauration de la biodiversité et donc, à la qualité de l’environnement, surtout en milieu urbain où nos regards ont intégré la laideur des roofings comme une fatalité. Les toitures végétales existent pourtant dans nombre de pays (Islande, pays scandinaves, Allemagne..) et depuis fort longtemps mais à la grâce de la chasse aux ‘gaspils’ et de l’augmentation des prix des énergies fossiles, on a chez nous redécouvert leurs vertus.

Mon besoin vital !

Quand on habite en ville, que la vie vous a forcé au choix cornélien d’une maison aux volumes confortables mais dépourvue de jardin digne de ce nom… que pour tout espace au grand air, vous ne disposez que d’une courette ou d’une terrasse… Peut-être avez-vous en revanche, une « extension », une pièce rajoutée par l’un des précédents propriétaires qui ne figurait pas au cadastre du siècle passé ! À bien y regarder, nous sommes nombreux en Belgique, en France ou même au Québec à posséder une maison —2 ou 3 façades— un tantinet biscornue avec un bout de toit plat ou légèrement pentu qui s’étire à l’avant ou l’arrière…

Si comme moi, votre rapport à la terre est nourricier et que seule la contemplation de végétaux choisis avec amour régénère votre moi mis à sac par la houle du quotidien, que le simple arrachage de quelques mauvaises herbes apaise votre tumulte intérieur, ceci est pour vous…

Car installer un bout de toit végétal, ce n’est pas seulement une plus-value pour votre maison. C’est également plus que la fin des caves inondées lors des gros orages d’été… C'est, vous l'avez compris, un régal pour les yeux de tous les instants. Même sur le site de l’IBGE (Bruxelles Environnement) : vous lirez en toutes lettres : « réduction du stress, baisse de l’hypertension, détente musculaire et augmentation des émotions positives. » Bref mieux qu’un stage de développement personnel ; installez un toit végétal. 

Il en existe deux types : les intensives et les extensives. Les premières  demandent un substrat d’une épaisseur supérieure à 20 cm, permettent de planter de véritables arbres mais nécessitent un vrai entretien, un toit porteur et une étanchéité indéfectible. Ils coûtent aussi substantiellement plus chers. Je vous parlerai donc de mon expérience de toiture extensive.

1. Pour commencer 

On étudie son toit, son ensoleillement (min 3h/jour), est-il plat ? Parfait ! S’il est pentu ; mesurez le degré de la pente, il ne peut excéder 30°. Renseignez-vous sur l’âge de votre toit. Les gîtes porteurs (bois, béton, acier, tout est OK) à condition d’avoir moins de 10 ans, c’est-à-dire être suffisamment costauds pour supporter un minimum de 150 kilos/m2. Au moindre doute ; refaites votre toiture. Pas besoin d’un entrepreneur labellisé « vert » pour qu’il sache mesurer le portage de ses gîtes : à vous de lui fournir les infos, elles sont clairement expliquées sur divers sites comme www.toiture-bio.com

2. L’isolation

En l’absence d’un architecte, j’ai scrupuleusement suivi les recommandations  de l’asbl Centre Urbain  et opté pour l’option « toiture chaude » d’une épaisseur (minimale) de 14 cm. Taux de compressibilité P3  (Classe C) garantie. Le toit de notre cuisine qui s’étendait sur un peu moins de 17 m2 comme une mer d’encre au roofing ondulant comme une vieille dame décatie au rythme de ses vapeurs a dû totalement être dénudé pour accueillir 15 nouveaux gîtes en bois 7/18, ensuite recouvert de panneaux agglomérés. Par-dessus est venue une grosse couche d’isolant de type Eurothane Bi-3 (coefficient de résistance thermique sup. à 4m2K/w). A noter que si j’avais remis un roofing comme l’ancien, la couche d’isolant n’aurait pas dépassé les 5 cm !

3. L’étancheité

À ce stade commencent enfin les travaux du toit végétal proprement dit . Car la couche venant ici est une membrane totalement étanche en caoutchouc synthétique appelé EPDM (1 mm). Mais attention car il s’agit de réaliser l’équivalent d’un vrai fond de piscine.  La moindre blessure ou entaille de cette couche étanche pourrait avoir des conséquences désastreuses. Il faut penser à relever tous les bords —eux aussi recouvert d’EPDM— de 15 à 16 cm et aménager une petite « chambre de visite » à hauteur de l’évacuation. En clair, un petit filtre recouvert de plastique à l’endroit du raccordement avec la gouttière. 

4. L’appel aux spécialistes

La Ferme Nos Pilifs, entreprise de travail adapté, a en Belgique bonne réputation pour l’installation de toits végétalisés. Maniaque de l’harmonie des couleurs et désireuse de m’impliquer dans la composition paysagère, j’avais fait moult recherches sur internet, choisi une à une les couleurs et harcelé Nos Pilifs avec ma liste de plantes préférées. Au jour J, l’automne bien installé, ont débarqué la sympathique équipe de jardiniers.

En une heure à peine, les rouleaux de matelas drainant  étaient posé. Ce polyéthylène gaufré crée un espace de drainage d’un bon 10 cm de hauteur et dirige l’eau de pluie vers la gouttière.
Afin que cette membrane ne soit pas obstruée par le substrat à répandre par-dessus, il est recouvert d’un filtre de géotextile anti-racines (Roofdrain D35) qui évite le colmatage de la couche de drainage avec les particules du substrat. Ce filtre retient les particules et laisse passer l’eau, il participe aussi à l’absorption de l’humidité dont ont besoin les racines des plantes. 

« The Magic Touch »

Avant de répandre le substrat, les jardiniers sèment sur le géotextile des petits cristaux colorés qui vont gonfler aux premières pluies, former une sorte de gélatine et créer des réserves d’eau et d’oligo-éléments pour les plantes.  Puis arrive le fameux substrat dont le nom sur les sacs ‘Vulkaplus’ est assez explicite. En fait, mes futures petites plantes devront pour l’essentiel se contenter de compost végétal de feuilles ou d’écorces mélangé à des grelots d’argile et de lave, enfin de pierres volcaniques, légères et absorbantes…  

Sans un souffle de vent, une petite pluie fine tombe au ralenti sous mes yeux éblouis. Les jardiniers se relaient pour monter des cageots de minuscules pousses vertes. Sans me laisser le temps d’ouvrir la bouche, comme l’artiste chinois au pinceau chargé d’encre qui s’élance sur son grand papier de riz posé au sol, Philippe Duquenne, l’architecte paysager dirigeant l ‘équipe des Pilifs, dispose les pots en un patchwork coloré qu’il a visualisé d’instinct. Ses aides sortent alors une à une les plantes de leurs pots et les enfoncent dans le substrat. Avant de partir, plus conceptuel qu’un Picasso en état de grâce, l’artiste me dessine sur un bout de papier le dessin que formeront d’ici peu les plantes qu’il a installée sur le toit. Les noms dansent comme une musique à mes oreilles : Sedum reflexum, joubarbe, pholx subulata ‘Candy Stripes’, Sedum Album, Silène Maritima, Festuca cinerea glauca, Leontopo Dium… Je les adopte toutes d’emblée. Et la dormance d’hiver se passe…

Surprise au fil des saisons

Les Phlox sont les premiers à fleurir au printemps

Les Phlox sont les premiers à fleurir au printemps

Aux premiers beaux jours, je guète le réveil. Pas de perte à déplorer, Toutes mes pousses semblent avoir trouvé leur aise et se parent de leurs premiers bourgeons. Sur la gauche, de minis géraniums à fleurs mauves (Sanguineum) se dressent sur leurs tiges graciles. Les Joubarbes resplendissent grenat avec l’orgueil des artichauts. Au centre du toit, le massif des « Candy Stripes » (Phlox) éclot à l’unisson dressant leurs petites ombrelles zébrées de rose aux côtés des silènes maritimes dont les tiges vertes claires se parent de fiers grelots blancs. L’été s’avance… Les couleurs changent. Au fond à droite, les sedum kamptschaticum m’offrent un feu d’artifice orange. Fébrile, j’observe jour après jour l’épanouissement au centre du toit de trois bouquets d’edelweiss et de trois grands pavots (papaver oriental) d’un rose subtil qui forcent mon admiration… Un grand parterre de dianthus deltoïdes ‘Splendens’ se pare de micro œillets rubis… A l’évidence, un vrai écosystème s’est recréé ici et la nature semble me remercier à chaque instant pour cet inespéré îlot de verdure. J’accueille comme autant de bénédictions la visite quotidienne d’une foule d’insectes : abeilles, faux-bourdons, coccinelles. Un beau matin, sur mes lavandes et mes thyms (4 variétés de citriodorus) en fleurs butine un papillon Belle-Dame. Il y eut aussi des Hespéries à la robe orange et un grand Machaon aux ailes dentellées qui n’a pas désiré être immortalisé !

Le reste de la cour avait été de concert remis à neuf, les murs enduits de jaune-olive, de nouveaux linteaux aux fenêtres, gouttières en zinc, corniches décapées et repeintes de blanc et ma petite cour avec ses pots bleus du Vietnam accueillant pour l’essentiel des herbes aromatiques ; thym, laurier, romarin, roquette, curry, ciboulette, persil, origan, estragon, mélisse, menthe, basilic et bourrache. Du mobilier de terrasse en bois FSC et un lasure à l’huile de lin Galtane totalement écologique sur les châssis de meranti ont parachevé ce qui m’est très vite apparu comme la plus grande source de bonheur de ma modeste demeure !

Les Avantages

Un toit végétal offre une qualité d’isolation thermique et acoustique inégalable. Douce en été comme en hiver, la température intérieure d’une pièce ou d’une maison au toit végétal reste quasi constante toute l’année. Là où un simple toit de roofing pouvait littéralement cuire (70°C ou +) sous les plus ardents rayons de soleil, un toit végétal maintient la pièce entre 15 et 20°C grâce aux végétaux qui la recouvrent. L’effet est également bénéfique sur l’humidité, la qualité de l’air et bien sûr, de la chaleur réfléchie. Les plantes gourmandes en eau régulent aussi les flots s’engouffrant dans nos canalisations et soulagent gouttières et égouts. En chiffres, les végétaux retiennent 30% des eaux pluviales et surtout, retardent le débit d’écoulement de 50%. Les plantes ont enfin la capacité de réduire la pollution en absorbant les polluants gazeux et contribuent à diminuer l’effet de serre.

Les Primes (pour toitures extensives)

Bruxelles Environnement (IBGE) octroie pour les toitures vertes des primes allant de 20 à 40 €/m2 sous certaines conditions. Voir détail sur www.bruxellesenvironnement.be 

Depuis 2007, Bruxelles Environnement offre aussi une prime régionale cumulable et une réduction fiscale de 40% du montant des travaux (plafonné)  pour l’isolation du toit. Info : http://mineco.fgov.be ou 0800/120.33

-En Région Wallone : http://energie.wallonie.be

Plus d’infos : www.economie-positive.be  & www.greentax.be 

Meme corto est heureux sur notre toit !

Meme corto est heureux sur notre toit !