Tourisme durable au-delà de l'horizon 2015

Tourisme durable, solidaire, responsable, équitable, vert, rural, écotourisme: les termes abondent et nous confondent. Loin de l’utopie, voici des repères essentiels pour mieux préparer vos vacances, dans le respect de la nature et des hommes.

Texte & Photos : Camille JS / Pepite Photography  

Hasard ou communication savamment orchestrée, le bilan du WWF sur l'état de notre planète est sorti en Belgique au moment où démarrait la 13e semaine du commerce équitable. Le rapport du WWF a fait grand bruit et pourtant, qu'avons-nous appris de neuf, sinon que la Belgique est dans le top 5 des pays ayant la plus lourde empreinte écologique (devant les USA)! En France (et au Québec), le public serait-il moins profane en matière de "Fair Trade" ? La prochaine Quinzaine du commerce équitable fêtera du 9 au 15 mai 2015 ses 15 ans et la communication va déjà bon train. Si à chacun de nos voyages en France, nous avons l'impression d'y trouver plus souvent qu'ailleurs écho à nos rêves d'un monde plus juste, plus solidaire et plus équitable... Force est de constater qu'à ces "quinzaines", des milliers de citoyens continuent littéralement de découvrir qu'à l'achat d'une produit équitable (payé à peine quelques centimes plus chers), il est possible par ce simple geste solidaire de contribuer à un commerce mondial plus juste et d'à améliorer les conditions de vie de millions de producteurs. Car grâce au Commerce équitable et ses labels (Fairtrade Max Havelaar, WFTO, Bio Equitable, Equitable Ecocert...), ces derniers sont rétribués au juste prix de leur labeur. N'est ce pas ce que nous souhaitons tous pour nous-mêmes ?

Pour le Tourisme, c'est pareil...

Alors que l'industrie du tourisme explose littéralement (en 2012, nous avons dépassé le milliard de voyageurs parcourant tout azimut notre planète) et accapare 9% du PIB mondial (avec ses impacts directs & indirects), ne cessant chaque année de croître, il est primordial de repenser aussi ce secteur économique pour lui donner un visage plus "durable". Premier marché mondial donc en terme de chiffre d’affaire, le tourisme — battant record sur record— est à la fois victime et responsable de la dégradation de l’environnement. Du coup, l’éco-tourisme émerge comme LA réponse aux effets dévastateurs de la consommation de masse. Au-delà des définitions, il s’agit avant tout d’une démarche, d’un état d’esprit —facile et accessible à tous— relevant du simple bon sens. Les chiffres parlent d'eux-même, le tourisme équitable résiste à la crise et a même progressé de près de 30% depuis un peu plus d'une décennie. Alors que d’immenses pays comme la Chine et l’Inde entrent dans la danse ; chaque geste compte. Le grand défi du tourisme durable et écologique est entre les mains du touriste lui-même. Vous tremblez à l’idée que d’autres puissent gaspiller les ressources de la planète comme nous l’avons nous-même longtemps fait ? Raison de plus pour montrer l’exemple… Repenser sa façon de voyager ou de partir en vacances relève du simple devoir citoyen ! Alors contribuez à la protection de l'environnement, au bien-être des populations locales et devenez les ambassadeurs des valeurs : Respect, Solidarité et Qualité

Le "tourisme équitable et solidaire" en clair, c'est:

- Voyager en petit groupe, loin des grandes infrastructures touristiques, dans des conditions privilégiées de rencontres et d’échanges avec les populations ;

- Être accueilli chez l’habitant ou dans des hébergements tenus par la population locale (villages, gîtes familiaux, campements…) ;

- Favoriser l’économie locale (guides, repas, transports, artisanat…)

- Voyager dans le respect des populations, de leur culture et de leur environnement

- Financer des projets de développement, décidés et gérés par les communautés, par le reversement d’une partie du prix du voyage

- Bénéficier des garanties offertes par des  opérateurs professionnels, immatriculés au registre des opérateurs de voyages.

Dans l'écolodge Kingfisher, Xe Pian NPA, Laos

Dans l'écolodge Kingfisher, Xe Pian NPA, Laos

Le BA-ba de l’écotouriste

Accordez plus de temps à la préparation de votre voyage, préférez les lieux moins connus et impliqués dans une démarche durable dont les bénéfices iront vraiment à la population locale. Dans la mesure du possible, voyagez hors saison. Ne vous ruez pas sur un site en même temps que les autres. 

Respectez les autochtones, les animaux et la nature : demandez avant de photographier les personnes, ne dérangez pas les animaux et ne les nourrissez pas, photographiez les plantes mais ne les cueillez pas. Ne gaspillez pas l’eau ou l’énergie. Triez, recyclez ou emportez vos déchets. Soutenez les commerces locaux mais proscrivez tout achat d’espèces protégées (coraux, cornes, peaux d’animaux…).

LES BONS CHOIX

Voyager ne peut être une fuite en avant, l’exutoire d’un quotidien stressant. Inutile de déplacer son cadre de vie au soleil, il faut accepter de changer ses habitudes ! Pas besoin d’être un grand sportif, quantité de formules et de destinations apportent repos, détente, découvertes, sensations… 

1. Lieux de vacances : Pour limiter ses émissions de CO2, privilégiez les destinations de proximité relève de l’élémentaire bon sens. Mais il y a l’appel du lointain, le désir de découvrir l’autre et peut-être de contribuer à son épanouissement. On se souvient qu’un éléphant en bonne santé et dont on paie volontiers le droit de le photographier rapporte infiniment plus qu’un éléphant mort vendu pour son ivoire. Le principe s’applique partout… Quel que soit le continent, on privilégie les parcs nationaux et zones protégées par des structures étatiques ou reconnues. Car elles développent des projets de conservation grâce à notre apport. On utilise les guides locaux, respecte signalisations et règlements. Mieux, on opte pour un séjour à thème, encadré par des organisations professionnelles compétentes et éducatives, tendant vers une vraie réconciliation entre l’homme et la nature.

2 Logements : Haro sur les ghettos de béton avec AirCo. On opte pour les petites structures exploitées par les gens du crû, celles fabriquées en matériaux naturels, peu énergivores et affichant un engagement écologique / volonté de développement durable. Dans foule de pays, les Ecolodges fleurissent. Ils garantissent un cadre naturel de qualité non pollué avec accès avec l’une ou l’autre activité nature. Ils affichent clairement leur engagement écologique, leur action pour la protection de l’environnement et incitent leurs clients à adopter un comportement respectueux. Il y a aussi les maisons à louer : qu’elles se nomment gîtes, chalets, tipis, roulottes, cabanes dans les arbres… Sans oublier, les échanges qui permettent grâce à la sérieuse bourse d’échange (HomeLink International, airbnb) de troquer pour une durée limitée le confort et l’intimité de sa propre habitation pour celle équivalente d’une famille vivant ailleurs, en Europe, en Amérique… Tout est possible.

3. Moyens de transports: Ici encore la logique prime. Rien ne sert de louer un gîte en pleine nature si pour l’atteindre vous passez des heures, pare-choc contre pare-choc, dans d’interminables embouteillages. Relax, le train est le transport écologique d’avenir par excellence. De même que le bateau. Tous les témoignages des vacanciers ayant tenté l’aventure en pénichette® ou sur toute embarcation à manœuvrer soi-même (sans permis) sont unanimes : un rêve de calme, de découverte culturelle et naturelle… Si la voiture est inévitable pour vous rendre sur place, pensez au co-voiturage (voir Eurostop sur www.taxistop.be mais aussi www.covoiturage.comwww.123envoiture.com). Une fois, sur place, utilisez vos jambes, des vélos, les transports en commun…

 

De la théorie à la pratique 

© S. Dauwe

© S. Dauwe

Lécotouriste prend-il l'avion ? 

Plus personne ne conteste les effets du trafic aérien sur le réchauffement climatique. Les puristes bannissent donc ce mode de transport ultra-polluant. Les autres calculent leur empreinte écologique (www.compenco2.be & www.greenseat.com) et surtout, adhérent à des programmes de contribution volontaire... L’excellent site de la compagnie belge Airstop (prix très compétitifs) permet d’opter pour des vols « climat neutre » en achetant un Green Seat (surcoût de 21 à 71 € suivant destination) reversant l’argent à des ONG investies sur des vrais projets forestiers. www.airstop.be 

D’autres compagnies comme Air France et KLM permettent aussi de compenser les émissions de CO2 par une modeste contribution financière reversée à projets de développement durable.

 

Le Maroc, parmi les pays bien rodés à l'écotourisme  © JJ Serol

Le Maroc, parmi les pays bien rodés à l'écotourisme  © JJ Serol

La jungle des vocables 

-Eco-tourisme : recherche d’un plus grand contact avec la nature et les cultures traditionnelles préservées tout en minimisant son impact négatif sur l’environnement et les populations locales.

-Tourisme solidaire : implique au moins un projet de développement dont les bénéfices vont et sont gérés par les populations locales.

-Tourisme durable : se veut un outil de développement socio-économique et écologique pour renforcer à long terme l’autonomie des populations locales et leurs écosystèmes.

-Tourisme équitable : ancré sur le commerce rétribuant producteurs et fournisseurs de services à un juste prix pour favoriser leur autonomie et développement.

-Tourisme rural : né dans les années 70 en réaction aux zones littorales bétonnées pour le tourisme de masse, il se concentre sur les hébergements « à la campagne ».


Le WWF & les gîtes PANDA 

© S. Dauwe

© S. Dauwe

Le label « Panda » du WWF s’applique à des gîtes (ruraux ou à la ferme) et à des chambres d'hôtes. Il garantit aux clients un hébergement situé en France et en Wallonie dans des régions naturelles connues pour leur beauté, construit à l’aide de matériaux naturels et exploité d’une façon qui respecte l’environnement. Leurs propriétaires sont de plus des amoureux de leur terroir, avides de partager leurs connaissances. 

www.gitesdewallonie.be

www.gites-panda.fr

Destinations : les pionniers de l’écotourisme 

Somptueuses montagnes de Hawaii  © S.Dauwe

Somptueuses montagnes de Hawaii  © S.Dauwe

Le Costa Rica, comme bien des pays, a vu ses riches forêts tropicales diminuer comme peau de chagrin jusqu’au début des années 90. Avec 28% de son territoire finalement sous haute protection, il a développé l’écotourisme et généré en à peine une décennie plus de 1100 millions de dollars (contre 200 millions en 1990), dépassant ainsi toutes les autres sources de revenus du pays. 

Parmi les pays bien rodés à l’écotourisme permettant les voyages en individuel, on compte le Canada, certaines régions des USA (le Montana, l’île de Kuai à Hawaii), les Seychelles, l’Equateur, la Patagonie argentine, le Péru, le Brésil, le Kenya, le Cap Vert, le Madagascar, l’île Maurice, le Maroc, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Espagne, l’Angleterre et les pays scandinaves. Quelques pays s’éveillent à l’écotourisme et ont récemment fait de gros efforts d’infrastructures et de communications : le Laos (www.ecotourismlaos.com), la Guadeloupe (www.bouillante.net) et même la Chine (Xintuo Ecotourism)...

Quand les TO s’en mêlent

Certaines régions comme le Sahara se prêtent à l’écotourisme à condition de partir sur des voyages à thème encadré par des structures compétentes. Voici quelques pionniers et autres spécialistes : 

- Atalante (FR & à Bruxelles : 02 218 24 84) www.atalante.fr

- Esprit Nomade (BE) (www.espritnomade.be)

- Saiga (FR) 

- Sens Inverse (BE) 

- Vision du Monde (FR) 

-Taddart (FR)

-spécialiste du Maroc : Rencontres d'Aït Aïssa

Aboriginal Culture Tour, non loin de Ayers Rock, Australie © S.Dauwe

Aboriginal Culture Tour, non loin de Ayers Rock, Australie © S.Dauwe

Des sites incontournables

www.naturelodging.org : on y trouve des maisons à louer et des éco-lodges en Europe et ailleurs, renvois aussi vers divers voyagistes ou opérateurs locaux fiables.

www.economie-positive.be : site belge pour "agir positivement" y compris en voyage

www.ecotourisme.info : portail de l’Association Française d’Eco-tourisme 

www.tourismesolidaire.org : créée en France en 2006, l’ATES regroupe des 35 organisateurs de voyages  professionnels adhérant à une charte commune en faveur d'un tourisme équitable et solidaire.

www.tourisme-responsable.org : site de l’ATR, des agences françaises pionnières en matière de tourisme responsable.

www.voyageons-autrement.com : ces dernières années, un site qui devient une référence en la matière, tant en France qu'en Europe.

tourisme-solidaire.uniterre.com: depuis juillet 2007, Tourisme Solidaire publie des évaluations réalisées par des voyageurs ayant vécu l'expérience du tourisme solidaire. Vous y trouverez une longue liste d'agences de voyage solidaires

www.aventure-ecotourisme.qc.ca : site d’information Ecotourisme en province du Québec.

www.marocecotourisme.com : guide pratique d’écotourisme au Maroc

www.voyagespourlaplanete.com : regroupe des prestataires touristiques du monde entier, tous fortement engagés dans des démarches de développement durable.

www.tourismforhelp.org : asbl basée à Genève avec une antenne en France et reconnue comme ONG internationale au Cambodge. Son site relaie foule divers initiatives d’écotourisme et de tourisme solidaire (les deux sont clairement distingués) sur les 5 continents.