ROUMANIE : Mission «Quête d’immortalité» Code : Dracula

Vlad Tepes alias Dracula était-il réellement empaleur sanguinaire ou même vampire ? La Roumanie est-elle l’une des patries historiques de ces « non-morts » s’abreuvant de sang ? Peut-on y espérer la voluptueuse morsure, gage d’immortalité ?

Jeunes Roms © Sophie Dauwe

Jeunes Roms © Sophie Dauwe

À l’heure où vous lirez ces lignes, les cieux tourmentés de Transylvanie annonceront les premières neiges. Au cœur des Carpates, océan déchaîné de sapins, la succession de vieux monts affaissés comme des dos éreintés disparaissent sous les bandeaux de brume. Prêts à affronter l’hiver, les paysans ont fini d’empaler leur foin sur des pieux de bois. De vallée en vallée, les clochers coiffés de zinc frais —à bulbes pour les églises orthodoxes ou étroits et bien droits pour les églises réformées (calvinistes)— scintillent argentés sous les pâles rayons du soleil. Calvaires, croix parant les demeures, icônes et autres fresques religieuses recouvrent, sublimes, les paysages tel un rempart dressé contre un mal que nul n’ose nommer. Ce, depuis l’aube des premières formations médiévales roumaines... Et peut-être même dès avant, à la naissance du peuple roumain, fiers héritiers de l’ancienne Dacie conquis par l’empereur romain Trajan en 106 apr. JC, où s’élève depuis une âme latine teintée d’identité byzantine qu’encerclent de toutes parts des pays slaves. Un peuple tourmenté pendant plus de mille ans par les invasions répétées des barbares Huns, Magyars, Tatars de la Horde d’or…

Partie de Bucarest sillonner les trois entités historiques composant la Roumanie ; la Valachie, la Transylvanie et la Moldavie, je dois avouer l’échec partiel de ma mission.

Portrait de Vlad, Musée d'art National © S. Dauwe

Portrait de Vlad, Musée d'art National © S. Dauwe

Des preuves tangibles attestent de l’existence de Dracula. À Sighisoara, sur les hauteurs de la cité médiévale, j’ai excellemment déjeuné dans la maison où naquit Vlad Tepes vraisemblablement autour de 1431. Au nord de la capitale roumaine, sur un îlot au centre d'un lac cerclé des forêts, j’ai entrevu au monastère de Snagov la dalle sous laquelle devrait reposer sa dépouille. Pourtant les archéologues sont formels, aucun des ossements retrouvé sur l'îlot n'appartiennent à celui que les locaux désignaient comme 'Prikoli'. J’ai admiré le château de Bran dont tout le monde sait qu’il n’est pas celui de Dracula puisque le sien, celui de Poienari (Poenari), en ruines et toujours réputé 'hanté', a été jugé sous le régime communiste non conforme au mythe né sous la plume de Bram Stocker. À Bistrita, l’auberge de la Couronne d’Or où le jeune clerc de notaire Jonathan Harker passe sa dernière nuit avant de rencontrer Dracula prospère toujours. Mais sur le col de Borgo (1201 m), pas plus que sur celui de Prislop (1416 m), je n’ai croisé de vieilles femmes ou de compagnons de voyage pour m’offrir ail, cendres de montagne ou crucifix. Pas un souffle qui n’ait tourmenté mon sommeil, ni un crépuscule annonçant l’aube d’une vie d’immortelle… Que reste-t-il alors de notre vampire ? Ce voïvode (gouverneur militaire), prince —et non comte— de Valachie, fils de Vlad II Dracul (le Dragon) réfugié en Transylvanie, rêvait d’unité et d’indépendance à une ère où ses terres étaient opprimées par les Hongrois et les Ottomans. L’intrépide pourfendeur de Turcs a de toute évidence été manipulé par Mathias Corvin, roi de Hongrie en quête de couronne. Bafoué par l’histoire, Vlad, « Empaleur » à ses heures vengeresses, tombe au combat, décapité par les janissaires de Mehmed II en 1476. Au cours du siècle qui suit, son destin est écrit et réécrit pas moins de treize fois par les Magyars, Saxons et autres Boyards pour en dresser le portrait confus de ce personnage cruel et sanguinaire qu’ils leur plaisaient de laisser croire.

Sur la rive nord de la rivière Dâmbivita

À Bucarest, la belle Adriana dîne en tête à tête dans son bar-restaurant préféré, le « Count Dracula Club », 8A rue Splaiul Independentei. Depuis près de 15 ans, le lieu rend hommage aux incarnations vampiriques portées au grand écran et pourtant, se retournant vers moi, elle lance:

« Prenez gare, Dracula est un héros, c’est mon protecteur. Il est mort en martyr et son destin tragique symbolise l’histoire de notre nation ! »

Pompons rouges pour préserver du mauvais œil © S.D.

Pompons rouges pour préserver du mauvais œil © S.D.

De fait, même dans les campagnes, l’heure n’est plus à la superstition et à l’ignorance médicale qui avaient laissé se répandre en plein siècle des Lumières une véritable épidémie de vampirisme. Aujourd’hui pourtant, parcourir les Carpates revient encore à remonter le temps. La boucle parfaite m’a entraîné dans un monde rural et pittoresque où les vergers s’entremêlent aux fleurs sauvages. Au détour de petites routes, des roulottes remplies de ruches bourdonnent à travers champs. De longues charrettes en bois tirées par un cheval, tête parée de pompons rouges pour préserver du mauvais œil, égaient un paysage ponctué de trésors architecturaux. En Valachie non loin de la capitale, j’ai admiré l’église-nécropole des rois de Roumanie à Curtea de Arges. Puis je suis remontée par la vallée de l’Olt jusqu’en Transylvanie pour découvrir de pimpantes cités fondées par les colons saxons comme Sibiu la ville rouge et sur le chemin du retour, Brasov la Baroque ou encore la citadelle de Prejmer. Aux confins nord, j’ai découvert la région de Maramures avec ses incroyables églises en écailles de bois où de hauts clochers abritent de non moins fascinantes fresques. Quelques monts et de sombres forêts se transforment alors en un plateau fertile. Passé le coquet village de Ciocanesti, s’étendait cette fois en Moldavie, le « pays d’en haut » aussi appelé Bucovine. Ici, des princes bâtisseurs se sont construits de leur vivant de sublimes tombeaux afin de célébrer une fois encore leurs combats et victoires contre les envahisseurs. Du XIV au XVIe siècle, se sont ainsi dressés d’extraordinaires monastères peints. Le bleu et l’or dominent sur des fresques bibliques intègrant croyances et traditions locales. Admiration... pour ces œuvres d’art et ces trois territoires « frères » à nouveau réunis… Pour cette foi inébranlable qui cimente le cœur des Roumains et pour leur langue qui chante aux oreilles avec ses accents italiens… Pour le sourire des femmes sur le marché, l’accueil chaleureux dans les pensions de familles, pour les tables généreuses et bien dressées, le bouillon chaud et les poivrons rouges, le yaourt épais, la Tsuica et la Palinca (alcools de prunes) qui animent gaiement les repas… Il est là le parfum d’éternité !

Sur les pas de Vlad, version Bram Stocker...

« Bienvenue chez moi ! Entrez librement et de votre plein gré. »

Né en 1897 sous la plume de l’écrivain irlandais Bram Stocker, Dracula est assurément le père de tous les vampires*. Au cinéma incarné par Bela Lugosi (1931) et surtout par Christopher Lee (dès 1958), Dracula atteint en 1992 son apogée romantique grâce à la maestria de F. Ford Coppola rendant le mythe de l’immortel plus vibrant et plus humain que jamais. Mais c’est la précision des descriptions de l’auteur irlandais —étayé par des documents du British Museum— qui a permis au vampire moderne de prendre son envol. Anne Rice (Entretien avec un vampire, 1976, Lestat le vampire, 1985,…) et Stéphanie Meyer (La saga des Twilight, 2005-08) et ses 25 millions d’exemplaires vendus ont achevé de rendre l’image du vampire séduisante et actuel. Quant à la Roumanie ? Il s’en est fallu de peu que le génie stokérien situe la patrie du vampire en Angleterre plutôt qu’en Europe de l’Est. Et force est de constater, qu’en dehors d’une opportunité de rentrées de devises ; peu de liens relient Vampire et Roumanie. Reste Vlad Tepes, féroce certes mais pas plus que ses contemporains, hormis son penchant pour le supplice du pal... Un excellent fil conducteur cependant pour découvrir un pays émouvant.

*Vampyr : mot slave d’origine obscure né au XVIIIe siècle !

Gorges de Bicaz, entre Moldavie & Transylvanie © S.Dauwe

Gorges de Bicaz, entre Moldavie & Transylvanie © S.Dauwe

En pratique

Infos & TO : MC Transylvania est une petite agence très sérieuse basée en Roumanie avec un bureau de représentation en France qui s'occupe de la promotion, conseille et oriente les voyageurs individuels et joue les relations Presse de la Roumanie en l'absence d'interlocuteur efficace en France et en Belgique.

Le bureau français (0811 033 560) n'encaisse pas d'argent, toutes les réservations sont reglées en direct avec le bureau roumain. Voilà qui limite les intermédiaires, on apprécie. Si nous vous recommandons cette agence plutôt qu'une autre, c'est qu'après de longues recherches, celle-ci est visiblement la seule à proposer autant de voyages (bien ficelés) sur le thème de Dracula et les Vampires. Du voyage organisé (max 10 pers.) à l'Autotour individuel : il y en a pour tous les goûts et budgets.

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Office de Tourisme de Roumanie à Paris : +33 1 40 20 99 33. www.guideroumanie.com

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Langues : Roumain. Italien et Français très courant

Logements : vaste choix d’hôtels 3* (et +) tous d’excellent rapport qualité-prix & chambres d’hôtes à la campagne (agro-tourisme)

A Lire :  Petit chef d'œuvre pour les amateurs d'histoire car excellement documenté, ce roman en 2 tomes de Elisabeth Kostova paru en 2006 : "L'historienne et Drakula. Il vous plonge au coeur du mythe de Dracula et du personnage historique Vlad Tepes auquel le vampire est associé. Une mise en abime d'historiens enfiévrés qui vous laissera juger le vrai du faux...

Sur le web :

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