Oman : Cap sur Musandam

En ces temps troublés, il est des terres du Golfe persique comptant étrangement parmi les plus sûres au monde. Alors que les jours de gloire de l'Or noir appartiennent au passé ; des dauphins, les poissons colorés des récifs coralliens et un doux peuple de pêcheurs-agriculteurs enluminent des monts déchirant de leurs griffes un ciel azur. Un fascinant paysage minéral et aquatique qui s’impose depuis peu comme l’une des destinations touristiques les plus prisées de la planète.

Texte & Photos: Camille JS/ Pepite Production

Le capitaine de notre Dhow © S.D.

Le capitaine de notre Dhow © S.D.

Les sultans qui ont tiré leur fortune du pétrole doivent eux-même croire en un avenir plus durable doté d’énergies renouvelables, sinon pourquoi auraient-ils opté chacun sur un atout autre que leur combustible fossile dont les barils régissent le monde depuis près de deux siècles? Ainsi le Qatar a choisi d'être le plus attractif au monde pour accueillir congrès et hommes d’affaires. Le Koweit s'est spécialisé dans le tourisme médical. Abu Dabi et Dubaï ont fait table rase du passé et se sont transformés en paradis du shopping « Bling Bling » au prix d'une modernité inouïe. Au centre de l’antique route de l’encens, parsemé de plus de 500 forts, le Sultanat d'Oman a, lui, choisi de préserver son identité, ses traditions et son riche patrimoine. Grâce à sa longue histoire et quatre sites inscrits au patrimoine mondial de l’humanité, il lui est permis d’épater les plus blasés. Alors n’est-il pas normal de profiter des meilleurs prix et de voler avec Qatar Airways sur Dubai (mini stop à Doha), se laisser éblouir un instant par ses lumières de l’hyper-modernité pour se diriger doucement vers cet autre monde si proche… 

Khasab, la première grande ville de Musandam est à l’ouest de ce bout de péninsule qui forme la partie sud du détroit d’Ormuz et appartient au Sultanat d’Oman. Il faut un peu moins de trois heures de voiture pour l’atteindre et la route est diablement fascinante. On traverse un peu de ces Emirats Arabes Unis (EAU) qui séparent Musandam du reste d’Oman, laisse tamponner son passeport de jolis visas en prenant parfois le thé avec les douaniers. Le jour déclinant, alternent petites villes, localités aux bâtiments solennels et de centres commerciaux franchement kitsch. Puis, il y a ces couples (l'homme en robe blanche, la femme en noir) chastement assis autour d'un feu de bois à côté de leur rutilant 4x4, entourés par les petites dunes de sables qui bordent par moment la route au sortir des villes… 

Entrant à Musandam, le décor devient plus… âpre. La route récente et bien entretenue est prise en étau entre la mer et d'improbables montagnes calcaires aux formes et aux couleurs sorties d'un studio de Bollywood. Les rares mimosas ont disparu, ne reste de petits Acacias rabougris. Au détour d’une anse, se dresse le resort Atana Musandam Hotel. Confort, luxe et pas feutrés pour jouir de l’espace, des milliers d’oiseaux qui pépient alentours et de cette lumière cristalline qui se réfléchit sur les ophiolites, roches sombres multicolores aux courbes polies. A l’aube, on peut observer le va-et-vient incessant de barques aux moteurs puissants venues de l’Iran tout proche qui, souffrant de l’embargo, fait ici avec Oman un trafic (légal de ce côté) où s’échangent chèvres et tapis contre cigarettes et équipements électroniques… 

Luxe et volupté des dhow trditionnels © S.D

Luxe et volupté des dhow trditionnels © S.D

Croisière en Dhow

A Khasab, ancienne palmeraie, deux ou trois minarets émergent d’un amas de petites maisons couleur sable. On remarque surtout le nouveau boulevard bordés de terrains vagues et… l’immense Supermarket Lulu. A côté, on visite le fortin rénové fondé par les Portugais en 1624. Tout l’héritage historique et culturel de la tribu des Shihu vivant sur la péninsule a été résumé et conservé dans l’enceinte du fort. On y voit trois différents bateaux traditionnels originaires de Kumzar, tout au nord de Musandam, des ‘Aresh’, petites maisons d’été sur pilotis en pierres et en bois lorsque les pêcheurs quittaient la côte pour cueillir miel et dates en montagne… On y apprend les bases de la médecine traditionnelle, la géologie, la vie sauvage.. et visite quelques pièces où vécut le Wali, le gouverneur de la ville. 

Le premier contact avec le sourire et l’authentique générosité des Omanais, je le reçois au port d’où nous embarquons sur l’un de ces fameux dhow (ou boutres), bateaux traditionnels en teck, larges et légèrement évasés, couvert de tapis persans et de coussins invitant à s’allonger… Le capitaine dans son keffieh à damier rouge et blanc est tout sourire. Son jeune assistant largue à peine les amarres qu’il commerce à servir le ‘khawa’, un breuvage couleur miel aromatisé à la cardamome hésitant entre thé et café. Le bateau longe la côte aux falaises déchiquetées et s’enfonce dans les Khawrs (fjords). On appelle la région la «Norvège arabe» tant la dentelle de roches parsème la péninsule constellée d’îlots et de lagons. Mais là s’arrête la comparaison avec la Scandinavie. Ici, pas de vallées vertes. Juste les reliquats de cette croûte océanique des montagnes Hajar qui forment du nord est au sud ouest la colonne vertébrale de la péninsule arabique. Et dans les fjords de Musandam, elle plonge de façon vertigineuse du sommet de Jamal Harim, la montagne des femmes (2.087m), vers les eaux de jade semées de pépites rocheuses. L’aridité hypnotise. A toutes les heures, les reliefs et les couches s’éclairent des teintes de feu et d’encre. Parfois la silhouette d’un arbuste volontaire se détache. Son ombre frêle vous serre le cœur et quand on croit que toute vie a déserté cet univers exclusivement minéral, une famille de dauphins vient soudain enlacer le boutre en poussant des petits cris de joie. De loin, on aperçoit quelques villages isolés au fond des anses. Sur une falaise, un oiseau de proie fixe l’horizon. On s’arrête dans ces eaux du détroit balayées par les courants et sédiments. Des récifs coralliens explosent de couleurs autour des îles. On se jette à l’eau comme des enfants, poursuivant avec tuba-masque et palmes des milliers de petits poissons bariolés. Un « Meze » de princes est ensuite servi sur le pont et on repart explorer plus loin. Ce gros rocher-là, c’est l’île Télégraphe (Jazirat al Maqlab). Les amas de ruines sont ceux d’une station de télégraphie installée par les Anglais fin du 19e siècle d’où est parti le premier câble sous-marin acheminant des messages entre Karachi et Londres…

Safari dans les montagnes de pierre © S.D.

Safari dans les montagnes de pierre © S.D.

Off-road safari

Autre plaisir de Musandam, c’est le safari sur les pistes de montagnes. Rouler en 4x4 du côté de Khawr Najid, l’unique village de pêcheurs dôté d’une plage accessible en voiture. Pour y arriver, on traverse des paysages totalementspectaculaires. Arrêt aux miradors avec vue plongeante sur la baie. On zigzague parmi les biens nommées « montagnes de pierre », soulevant une poussière qui révèle des décors flamboyants or et anthracite. Des maisons isolées et des citernes en plastique ponctuent la piste de façon insolite. On croise également des camions citerne de diverses couleurs selon leur fonction. Dans ce sultanat où l’eau est plus rare et plus chère que le pétrole ou que tout autre denrée, le grand sultan Qabus ibn Said qui dirige le pays depuis 1970 de façon sage et éclairée subventionne les nomades pour qu’ils puissent se sédentariser. On frissonne un peu en croisant parfois les étroites entrées de grottes toujours utilisées comme habitat d’hiver… Et plus on s’enfonce sur le plateau environnant de Sayh au pied du Jebel Harim, mieux on comprend que le double métier de ces pêcheurs-agriculteurs. Les «dry wadis» (plateaux fertiles) composent au cœur de ces rocailles des îlots verts avec leurs champs d’amandiers, de mangues et de dates, plus superbes encore au printemps après les pluies hivernales. On trouve même une forêt de vieux acacias où broutent des chèvres, dans un parfum d’herbes et de fleurs sauvages. Ici, le moindre lopin de terre est utilisé pour la culture et la moindre goutte d’eau précieusement captée pour l’irrigation. Le désert n’est qu’illusion. Il recèle des milliers de vies si étonnement adaptées à leur milieu.

Villa de luxe Six Senses © S.D.

Villa de luxe Six Senses © S.D.

Volupté de plongeur

Tout au sud, la piste atteint les alentours de Dibba, l’autre grande ville de Musandam. Nous nous offrons le luxe suprême de passer quelques nuits au creux de Zighy Bay dans un spa-resort hors du commun. Six Senses est un lieu intime, secret et totalement à l’abri des regards, car protégé de hautes montagnes. Y parvenir est une aventure en soi. Les plus romantiques choisissent même d’y arriver en parapente… Dans ce resort, tout est calme, cosy et vaste. Chaque maison possède sa piscine privée et son jardin avec des nids de repos. Géré durablement, en harmonie avec la nature, il possède son jardin bio où certains soirs, tous les clients sont invités à prendre l’apéritif. Six Senses propose bien sûr plusieurs restaurants et une foule d’activités gratuites (classes de yoga, de cuisine bédouine, course d’aventure… ) ou payantes (croisière au crépuscule, escalade, excursion snorkeling, randonnées VTT…). Un soir, lors d’un plantureux buffet à la Summer House, je rencontre Jean-Claude, baroudeur retraité fou de plongée sous-marine. Sa femme Michèle le suit dans ses escapades les plus extravagantes et ils me racontent comment il ont choisi Oman après avoir découvert dans un magazine de plongée l’incroyable biodiversité marine de Musandam. Jean-Claude confirme, les fonds sont à la hauteur de ses attentes. Chaque jour, il s’offre de mémorables plongées tandis que sa femme se laisse pomponner au spa. Avant d’arriver sur ce bout de péninsule si stratégique pour le contrôle de l'import-export du pétrole, il ontvisité le sud d’Oman. Mascate, la capitale depuis le 18e siècle de l’actuelle lignée de sultans. Bivouaqué parmi les hautes dunes de sables d’un désert digne des Mille et une nuits et parcouru un peu des 3500 km de côtes ouvertes sur l’océan indien. Respiré les senteurs de ce pays de l’encens, autrefois au centre d’un immense empire colonial qui s’étendait du Baluchistan (+/- l’actuel Pakistan) à Zanzibar, faisant si bien le trait d’union entre l’Inde et l’Afrique… Ensemble, ils ont exploré les incroyables nécropoles Bat, Al-Khutm et Al-Ayn datant du IIIe millénaire av. J.-C., l’un des 4 trésors inscrit au patrimoine de l’Unesco. La culture est riche et la route des forts interminable… Il faudra revenir…

En Pratique

Y aller: Bruxelles-Dubai vol direct avec Qatar Airways (4 vols /semaine) àpd 360€

www.qatarairways.com

Formalités: Passeport + visa (disponible à l’arrivée: 10€) Si vous prévoyez de visiter aussi le sud, prenez le visa Multiple entrée à 30€. EAU exige aussi un visa.

Climat : tropical 35°C l’été / 25°C l’hiver

Se déplacer: 4x4 & SUV recommandés avec Khasabtours. +968 26730464. www.khasabtours.com

Loger : 

-Atana KhasabResort (4 étoiles) Nuitée àpd 106€. +968 267 30777.

www.atanahotels.com

-Six Senses Zighy Bay, Dibba, Musandam (5 étoiles) Nuitée àpd 545 €. +968 2673 5555.  

www.sixsenses.com

Info & TO locaux

http://wwwomantourisme.com

http://www.sultanat-d-oman.com

http://www.marktoursoman.com