Inde du Nord : de New Delhi à Calcutta, retraite en plein chaos

Orchha (24 au 27 novembre)_8.JPG

Un voyage en Inde ne laisse jamais indemne. Les souvenirs refont surface et de multiples images vous hantent. Or, j’en avais fait trois, dont une année entière dans le Sud (2003-2004)… Il m’arrivait régulièrement de mettre mes écouteurs, plonger dans la musique indienne traditionnelle et m’évader au rythme lancinant des sitars et autres tablas. C’était généralement suffisant. Mais l’appel est soudain devenu trop puissant. Il me fallait partir. Retrouver cette sensation de liberté qui se vit en bourlinguant sac-à-dos…

Texte et Photos: Charles-Frédéric Focquet

Réserver le vol, c’est bien mais encore faut-il décider de la région à arpenter, ce qui n’est pas une mince affaire dans ce pays gigantesque. Mon œil est directement attiré par la région du nord-est dont certains endroits résonnent en moi comme autant d’appels à la découverte : Jaipur,  Varanasi ou encore Bodh-Gayâ. Je jette donc mon dévolu sur cette partie de l’Inde qui me restait à explorer et commence à rêver des larges plaines qui s’étendent entre New Delhi et Calcutta. Dans l’avion, je prends pleinement conscience de mon départ, le cœur serré pour ma femme et mon beau-fils laissés derrière. Le cœur déchiré entre besoin de prendre du recul, d’assumer cette retraite et le sentiment de manque que l’absence des miens déjà tiraille.

Cela faisait des mois que je fantasmais sur les fantastiques épopées que je m’apprêtais à vivre. La réalité est souvent moins romanesque. Tout d’un coup, je suis seul. J’arrive fatigué à l’aéroport de New Delhi qui dispose heureusement d’un métro moderne menant au centre de la ville. Dès la sortie de la station, l’Inde, que j’avais abandonnée il y a 10 ans, refait brusquement surface dans toute sa désorganisation. Complètement perdu, je suis assailli par les conducteurs de touk-touk que j’esquive rapidement pour me diriger à pied vers mon hôtel dans Paharganj, antre de backpackers. 

J’avais initialement réservé 3 nuits mais je me demande soudain si je ne vais pas écourter mon séjour. New Delhi est un vrai Capharnaüm dans lequel il n’est pas toujours facile d’évoluer entre les chiens, les vaches, les rabatteurs ou les bus, d’être sans cesse sollicité dans un bruit étourdissant. Pourtant, je reste jusqu’au bout, déambule dans les différents quartiers de la ville. Au Sud, de grands parcs au calme, Connaught Place et ses boutiques modernes, Paharganj et son gigantesque Bazar. Puis dans le Old Delhi et ses monuments historiques (Red Fort). Delhi peut vous dégoûter le matin et vous envoûter le soir. J’aime trainer dans le la furieuse ambiance du Main Bazaar illuminé à l’excès. L’Inde, décidément, ne se visite pas comme on visite le Louvre, pièce par pièce, mais se vit. En déambullant, les yeux dans les étals et le nez assailli d’odeurs. Après avoir arpenté la ville pendant 3 jours, les pieds presque en sang, je laisse New Delhi à son effervescence et pars pour Jaipur.

Des Kingfisher à Jaipur !

IMG_0148.jpg

Dans le train, je rencontre un jeune français avec un certain soulagement. En Inde tant d’âmes s’égarent et se perdent. A l’ambassade française, on dit qu’un psy travaille à l’année pour remettre sur les rails les brebis égarées. Discuter avec une personne qui a la même culture est donc rassurant. Nous sympathisons rapidement et décidons de nous installer dans la même auberge où, le hasard faisant bien les choses, nous croisons des voyageurs déjà aperçus à Delhi. L’Inde est peut-être un grand pays, mais le monde des voyageurs reste bien petit ! C’est l’occasion de passer une soirée Kingfisher, la bière nationale, tous ensemble. La seule véritable sortie nocturne de mon voyage. Le lendemain, un peu vaseux, le groupe se détache pour visiter la ville, chacun à son rythme. Les turbulents marchés de la Old City, le City Palace et le Palais des vents. Les incontournables.

La journée se termine par la visite du majestueux Fort d’Amber sous les rayons du soleil mourant. Si Jaipur est plus modeste que New Delhi, c’est tout de  même une grande ville de 3 millions d’habitants. Comme à Delhi, l’agitation est permanente, le bruit assourdissant et l’impression de saleté parfois désarmante. Je ressens alors petit à petit l’appel d’une autre Inde, plus calme et profonde. Celle qui prédomine dans mes souvenirs.


Pushkar, carrément mystique !

Je n’avais pas prévu de passer par Pushkar. Sur les conseils d’autres voyageurs, je m’y rends avec mon ami français. Arrivés après un trajet épique de 3h en bus, je savoure directement l’ atmosphère détendue des nombreux pèlerins venus vénérer Brahma. La ville est tout entière articulée autour du lac sacré et de ses gaths. Rien n’y vaudra jamais une promenade au lever ou au coucher du soleil, lorsque ses rayons inondent les fidèles venus s’y purifier. C’est ici que je vis une des expériences les plus intenses du voyage. Tous les soirs, un Aarti, sorte de célébration religieuse, est joué sous les yeux transis d’une foule de fidèles et de touristes. Après une longue préparation, le prêtre et ses deux assistants entament des chants, supportés par un baffle surpuissant et toute l’assemblée, tout en balançant d’énormes chandeliers dont les bougies à l’huile enflamment l’obscurité. On se croirait presque dans Indiana Jones. La célébration se termine par une bénédiction à l’eau du lac qui est projetée sur toute l’assemblée. C’est à ce moment que se manifeste toute la dévotion des fidèles qui se poussent dans tous les sens pour être aspergés. 

Cette spiritualité marquée se mélange avec un farniente ambiant. On aperçoit partout des rooftop qui sont autant de points de rencontre. Autant de lieux de douce oisiveté où on reste des heures à discuter, à lire ou à ne rien faire. On arpente le grand marché coloré à l’ambiance désinvolte qui ceinture le lac. C’est un peu de cela que je cherchais en revenant en Inde. Cet esprit si particulier d’intemporelle insouciance. En plus, par un heureux hasard, mon arrivée coïncide également avec la fin de la Camel Fair, la plus grande foire aux chameaux de la région. Mais ce sont surtout les autres activités organisées par dizaines qui mettent l’ambiance. Entre un Moustache Contest et un concert de pop indienne, la fête foraine permet aux plus téméraires de s’essayer aux attractions souvent impressionnantes. Enfin, pour les plus sportifs, je conseille de grimper jusqu’au Savitri Mata Temple. L’ascension est assez longue et se termine par des escaliers vraiment abrupts. Mais cela en vaut la peine. Pour la vue sur la large plaine ou simplement pour les singes qu’on y croise.

Arrêt obligé à Agra

Fascinante et reposante, j’ai fini par quitter la magnifique Pushkar pour Agra en laissant mes compagnons de voyage à leurs propres chemins. Même si le simple fait d’y penser me fait encore sourire, ce fut certainement un des pires trajets de ma vie. En Inde, seule la seconde classe permet de prendre un billet de train sans réservation. N’ayant pas réservé, j’achète mon billet au guichet sans vraiment me stresser. C’est seulement en montant dans le train que je comprends mon erreur : sans place attitrée, je me retrouve dans une wagon General Seat dont toutes les places assises sont déjà occupées! Mal installé, je dois attendre 2 heures pour en obtenir une. Ouf ! Grosse erreur puisque les 8 heures de trajets voient le wagon se remplir jusqu’à craquer. Des enfants sur les genoux et des valises sous les pieds, je suis scruté par mes nombreux voisins. Au lieu d’être 3 par banquette, nous sommes 7 ou 8. Certains mangent, d’autres ronflent. D’autres encore veulent engager un dialogue sans vraiment parler anglais. Alors, on essaye de se faire comprendre et de répondre aux éternelles questions sur notre pays, notre âge et notre famille. Les genoux en feu et d’humeur froissée, j’atteins Agra à 20h où je dois encore péniblement négocier le touk-touk alors que seules deux choses importent réellement à ce moment: manger et prendre une douche.


Dans le dortoir d’une guesthouse remplie de moustiques avec un indien ronfleur comme unique compagnon de chambre, je n’y reste qu’un jour et deux nuits. J’avais déjà visité le Taj Mahal lors d’un précédent voyage. Heureusement puisqu’il est fermé le vendredi, mon jour de visite. Je me dirige alors vers le fabuleux Fort d’Agra, facilement accessible à pied à partir du Taj par les chemins paisibles du parc Shahjahan. Un havre de paix en plein milieu de la ville qui contraste avec le Kinali Bazaar, où tout n’est que mouvement hallucinant. Après une marche intensive, je ressens un brin de solitude, de celle qui parfois vous étreint dans les grande villes indiennes. J’admire le Taj Mahal depuis un des nombreux rooftops qui se trouvent à proximité, un lhassi à la main, au soleil couchant. Je décide de bouger rapidement vers Gwalior. Dès le lendemain matin. Mais pas fou, cette fois avec des billets de train pour Jhansi et Varanasi, dûment réservés, même si obtenus de haute lutte!

Mirage d’une Pizza à Gwalior

Je l’imaginais comme une grosse bourgade. Sans plus. En fait, il s’agit d’une ville de plus d’un million d’habitants lovée autour du fort qui la surplombe. Sa visite en vaut la peine tant il est impressionnant et énorme. L’accès n’est pas payant ce qui permet d’y déambuler librement si on ne veut pas payer le ticket donnant accès aux ouvrages plus touristiques. Du reste, il s’agit de l’activité majeure (et presque unique) de ce coin très peu touristique. C’est là qu’une envie irrépressible de fast-food me vint. J’adore vraiment le nourriture indienne mais il faut varier ! Je repère donc un Pizza Hut sur mon téléphone. Décidé et conduis par la faim, je marche pendant plus d’une heure avant de me rendre à l’évidence : cet établissement n’existe pas. Une déception énorme. Un coup de massue. Je me rabats finalement sur un restaurant renseigné dans les guides qui ne servait, à cette heure, que des « snacks » indiens. Las, l’envie d’une Inde plus rurale et plus posée me reprend. Le lendemain, presque fier d’arriver avec mes billets réservés, le train - arrivé à l’heure - m’emmène à Jhansi d’où je rejoins Orchha en rickshaw après une âpre négociation. 

Orgie de palais

Orchha (24 au 27 novembre)_10.JPG

Orchha est ce dont j’avais besoin à ce moment là. Ce minuscule village permet de se reposer et de reprendre des forces après la visite de villes plus imposantes. Toute l’activité se concentre autour du temple de Ram Raja avec ses visiteurs, ses mendiants et ses enfants. Entouré d’un petit marché, c’est un endroit paisible qu’on ne se lasse pas d’arpenter. On y déambule sans réel but juste pour observer les splendides édifices qu’il faut parfois un peu chercher tant ils sont intégrés à la vie quotidienne. Orchha possède, proportionnellement à la grandeur de la ville, un nombre incroyable de monuments. Des palais majestueux qui peuplent la petite île séparée de la ville par la rivière aux splendides cénotaphes, monuments funéraires où ne reposent aucun corps, qui se dressent aux abords ouest, tout est sujet à la ballade et à l’émerveillement. L’unique rue principale regroupe bien sûr la majorité de l’activité. C’est là que je passe du temps à lire sur les terrasses ensoleillées des restaurants avant d’aller me promener sur l’île et d’assister aux couchers de soleil incroyables sur le pont situé à la sortie de la ville. 

Loin de tout, Orchha possède cependant sa petite gare (à 6 km) qui voit passer quelques rares trains. Un seul train, sans réservation possible, part à 7h en direction de Khajurâho. Non seulement, c’était tôt mais en plus en General Seat… Fort de mon expérience, j’opte plutôt pour un billet au départ à partir de Jhansi ! Direction: Khajurâho. Mais, Le jour de mon départ, il y a un couac. Car c’est jour d’élections. Avec pour corollaire une absence presque totale de rickshaws… Dans mon malheur, un indien m’aborde et me propose un (vrai) taxi à un bon prix. En l’attendant, nous buvons un chai tout en discutant… en français. C’est surprenant mais de nombreux indiens parlent français, espagnol voire même italien et adorent s’exercer en parlant avec vous. On se dit alors qu’il faut quand même faire attention à ce qu’on dit... 

En français dans le texte

La petite parenthèse initiée avec Orchha continue avec la visite de la paisible Khajurâho. J’y arrive un peu plus tard que prévu, le train ayant trainé en chemin. Il fait noir et il est 22.00. C’est à nouveau tenaillé par la faim que j’atteins mon logement. Je vous le conseille d’ailleurs sans hésiter : Happy Homestay. Les rencontres ayant été rares à Agra, Gwalior et Orchha - hormis quelques conversations sur le pouce - je suis content d’y rencontrer un européen.

Au petit matin, je pars à la visite de la ville et de ses vieux temples hindous classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Ce qui me frappe directement c’est la différence entre la ville moderne, avec ses larges avenues et ses hôtels de luxe, et la vieille ville, modeste avec ses ruelles étroites et colorées. J’y rencontre un jeune indien à qui j’apprends quelques mots de français. Nous rendons ensuite visite à un de ses amis sculpteur où nous discutons des différences entre l’Europe et l’Inde. Les Indiens sont vraiment fiers de leur pays tout en restant très curieux de comprendre la mentalité européenne. C’est aussi cela qui est extraordinaire dans ce pays. Cette approche sans complexe d’une conversation. On a souvent l’impression que les personnes se parlent comme si elle se connaissaient depuis toujours. Le jour commençant à faiblir, je m’éloigne de Khajurâho par la visite de quelque monuments éparpillés dans la campagne environnante. Sous la lumière du soleil finissant, je traverse un village où les enfants jouent à vous suivre, curieux de voir un touriste venir se perdre ainsi à pied en dehors de la ville. Magique.


Un peu avant le crépuscule, se tient un Aarti dans un édifice toujours en usage de Matangesvara, juste en dehors de l’enceinte de temples principaux. Comme à Pushkar, je reste étonné de la dévotion des fidèles. Des jeunes et de moins jeunes s’y rassemblent pour manifester leur adoration à Shiva autour d’un énorme lingam qu’ils baisent dans un rituel qui m’échappe totalement. L’atmosphère est rendue encore plus incroyable par la promiscuité et la petitesse du lieu. A ce moment s’expriment les contradictions qui traversent ce pays. A 10 mètres se pressent des dizaines de touristes alors qu’ici se rassemble une foule de fidèles dévots. Comment parviennent-ils à articuler si habilement modernité et traditions ? Ces contradictions coulent dans un torrent de perplexité mêlé d’indifférence…

Varanasi, la sage

Le temps venu de me diriger vers la ville de Varanasi par un des 3 trains hebdomadaires, la relative chance qui m’avait accompagné jusqu’ici dans la ponctualité des transports vient à mourir. Alors que nous devions arriver à 10h, notre train atteint les faubourgs de Varanasi à… 16h30. Nerveux, je descends et décide de marcher le dernier kilomètre. Les abords directs de la gare semblent confirmer mes craintes le plus profondes. Un bordel sans nom. Je me vois même refuser une course en touk-touk alors que jusqu’ici je devais plutôt repousser leurs assauts incessants. Bref je crains le pire.

Cette ville évoque depuis toujours un certain mysticisme baigné de crainte. On se rappelle les images des reportages. Pauvreté, morts flottant dans le Gange, bûchers, foule chaotique. Si je suis un peu moins anxieux de savoir que j’y rejoins mon ami français de Jaipur, une petite appréhension persiste. Heureusement dès qu’on approche des gaths, l’ambiance se détend. L’agitation diminue et je m’apaise. Arrivé à ma guesthouse (Assi gath), je vois enfin le Gange, ce fleuve mythique qui irrigue les imaginations les plus sèches. Là où je m’imaginais une foule en délire, je découvre un calme étonnant. On vient s’y baigner pour laver ses pêchés ou faire sa lessive. Et même si 2000 pèlerins arrivent sur leurs chars et éléphants aux sons joyeux des trompettes et des chants, tout se déroule dans une ferveur apaisée.  


Nous décidons de nous promener sur les gaths, ces ensembles de marches ou de gradins qui recouvrent les rives du Gange et s’étendent à perte de vue. C’est par hasard que nous passons devant le plus petits des deux sites accueillant les crémations. Le plus grand, beaucoup plus imposant, se trouve un peu plus au nord. J’appréhendais un peu ce moment. Affronter la mort de face n’est pas chose courante chez nous. Cela reste cependant un endroit inimaginable. Après une procession en chants dans les ruelles étroites de la vieille ville, le corps du défunt est amené sur les bords du fleuve dans lequel on le plonge avant de le couvrir d’un linceul blanc et de fleurs. Pendant ce temps, d’autres hommes s’affairent à préparer le bûcher. C’est là que la dernière vie du défunt s’éteint, brisant définitivement la chaîne des réincarnations. L’ambiance est bizarrement très « détendue ». A coté des corps qui se consument et des familles endeuillées, des jeunes jouent au cricket alors que des vaches ruminent tranquillement les feuilles des brancards. Des chiens rôdent autour des brasiers encore fumant en quête d’un bout de chair. Ce rituel se répète jusqu’à 400 fois par jour… Et malgré le côté macabre et sinistre, on reste, nous aussi, littéralement collé au gath.

En dehors des crémations, c’est surtout en soirée que le monde s’agglutine aux bords du fleuve alors que les bateaux affluent vers les marches brodant la rive. Là où se déroulent chaque jour des Aarti. A la différence de Pushkar, où ils sont plus confidentiels, il y a beaucoup plus de monde et je n’y ai pas ressenti les mêmes vibrations. Ces gaths restent pourtant un des pôles les plus attractifs de Varanasi. Il est possible d’y rester des heures sans rien faire d’autre que d’observer les chiens faire la sieste ou les buffles se faire masser. Le temps n’y a pas de prise. Et si vous voulez changer d’air, il est toujours possible de les admirer depuis une embarcation ou de se perdre dans la vieille ville en découvrant les centaines de temples, de petits restaurants ou de marchés improbables. Le plus impressionnant étant la file interminable qui se forme pour atteindre le temple de Vishwanath. Les indiens détestent faire la file pour acheter un billet de train mais attendront patiemment pendant des heures pour entrer dans un temple.


Je ne pensais pas rester plus de 3 ou 4 jours à Varanasi. J’y suis finalement resté 7 jours avant de partir vers Bodh-Gayâ, oubliant à jamais ma visite de Darjeeling ! Est-ce le fait de quitter cette ville si spéciale ou le retard record de mon train ? Quoiqu’il en soit, je me sens fébrile au moment de partir. Comme si on m’arrachait à une source d’énergie positive. La vue du train qui arrive avec 7h de retard me fait presque ricaner. J’arrive très tard à Gaya où je dois de nouveau mobiliser toutes mes forces pour négocier un rickshaw vers Bodh-Gayâ. Par contre, mon hôtel (Bodhi Residency) est le meilleur rapport qualité/prix que j’ai trouvé en Inde. Chambre propre et spacieuse, internet fonctionnel, eau chaude… Quel réconfort.

Plus près de Bouddha

La ville est petite, ce qui étonne lorsqu’on connait l’importance qu’elle revêt dans la culture bouddhiste. On s’attend aussi à une ville paisible et zen. C’est un peu vite oublier qu’on est encore en Inde… L’attraction majeure reste évidemment l’arbre de la Bodhi où Bouddha atteint l’Eveil. Cet arbre justifie la présence d’une myriade d’autres temples bouddhistes construits aux alentours et ouverts gratuitement au public. L’accès au site lui-même est par contre soumis à des règles de sécurité draconiennes. C’est à l’occasion de cette visite que j’ai remarqué un nouveau coté un peu bizarre de la mentalité indienne. En effet, les touristes ne peuvent pas rentrer avec un sac ou un smartphone. Par contre, ils peuvent rentrer avec un appareil photo ou une caméra en se procurant un ticket. Encore aujourd’hui, je ne comprends pourquoi les smartphones sont interdits alors que les caméras et appareils photos sont acceptés. Ça m’a laissé, et me laisse encore perplexe. D’autant que je n’avais pour seul appareil photo… que mon smartphone ! Les contradictions de l’Inde. Encore.

Bodhgaya (8 au 10 décembre)_5.jpg


L’arbre de la Bhodi et le Bouddha géant restent des incontournables. Mais j’ai préféré flâner dans la campagne environnante en traversant le pont qui enjambe la large rivière asséchée. J’atterris à nouveau dans cette Inde presque sereine. Je ressens cette sensation de plénitude en traversant le village de Sujata où la vie s’égraine si différente de la nôtre. Je passe devant un parc aquatique qui n’a de parc que le nom. J’observe les enfants jouer au badminton en plein milieu d’une rue. Puis, en revenant vers l’hôtel, j’assiste le sourire aux lèvres à un match de foot un rien désordonné. Le soir tombe déjà sur ma seconde journée et je dois rejoindre le train qui me conduira à Calcutta. Encore faut-il qu’il arrive ! Ce qu’il finira par faire, avec 4 heures de retard…  

Calcutta très policée

Comme pour Varanasi, je craignais un peu Calcutta, sa pauvreté, sa foule, ses lépreux. Surtout après les expériences presque mystiques de Varanasi et Bodh-Gayâ. Pourtant j’ai été vraiment surpris. Evidemment il a du bruit, de la saleté et de la pauvreté. Et si le trafic est toujours important, il est toutefois moins oppressant qu’à Delhi. Est-ce du aux policiers habillés de leur uniforme blanc qui opèrent une plus stricte régulation de la circulation ? Sans doute. Et même si les piétons s’engagent toujours à leurs risques et périls, j’ai la sensation d’une ville plus organisée et plus aérée

J’opte pour la marche afin de m’imprégner des saveurs locales. C’est grâce  à mes jambes que mon voyage me restera en tête. Car elles m’auront porté pendant 530 km. C’est donc à pied toujours que je découvre des dizaines de petits endroits ou des temples intéressants à visiter. Bien entendu, il y a les grands classiques comme l’imposant Memorial Victoria ou Park Street et ses environs. Puis surtout, la figure légendaire de Mère Teresa et de sa chambre spartiate dont la visite m’a boulversé. Mais en poussant plus au nord, j’atterris dans le quartier musulman où, par hasard, un marché fantastique (Mechhua Bazar) m’attend. Les couleurs et l’ambiance m’y semble à nul autre pareil. Des étals s’étendent par centaines, présentant tous la même marchandise. Les locaux me regardent d’un air curieux, presque abasourdis. C’est une constante dans ce pays : une quantité impressionnante de petites échoppes vendant toutes la même chose et l’impression d’être un extra-terrestre. Je rentre à l’hôtel exténué.

Derniers achats, premières réponses 

Ma dernière journée est consacrée aux traditionnels souvenirs à ramener. Pour cela, rien de tel que le New Market. Tout y est proposé ou vendu. Des habits aux breloques en tous genres en passant par les épices et des pièces de boucherie. Le tout dans une cohue indescriptible. Peu sont ceux qui n’y trouveront pas leur bonheur,  fût-ce celui du simple marchandage. Si je me fais sans cesse approcher, je me laisse prendre au jeu - car je cherche quelque chose. Les uns m’emmènent dans leurs boutiques pour me vendre des pashminas en me vantant une qualité que je suis bien en mal d’apprécier. Les autres tentent de me vendre des breloques que je négocie à la moitié, voire au tiers du prix, dans l’échoppe voisine. La fin du jour pointe déjà son nez, je dois rentrer pour refaire une dernière fois mon sac et prendre mon avion.

De retour à mon hôtel, impossible de trouver un Uber. Non pas qu’il n’y en a pas. Le service est très bien implanté dans le pays. Mais mon abonnement data est terminé depuis le matin. Je suis donc obligé de commander le Uber depuis mon hôtel et de sortir dans la rue pour le trouver sans être connecté. Chose bien compliquée dans cette circulation chaotique et dans le noir avec deux sacs sur le dos. D’autant que 9 véhicule sur 10 ont… des plaques Uber. Bref, mes derniers instants en Inde stressants. Blanc comme un linge, je finis par le trouver… Hallelujah !  Sur la longue route qui me mène à l’aéroport, je me laisse étourdir par les lumières et fait mon « au revoir » à cette Inde que j’admire.

De retour en Europe, les questions fusent. Dont une revient en boucle. As-tu trouvé ce que tu cherchais ? Si on trouve quelque chose en Inde, c’est surtout une pléiade de questions qui peuvent rester sans réponse. Mais on trouve aussi cette liberté évoquée plus haut, ce sentiment de vie et d’envies. Ces puissances contradictoires du mouvement et de l’immobilité réunies dans une culture imperméable à notre entendement. On y trouve des réponses, mais ce sont toujours de nouvelles énigmes…

Dépanneur de nuit à Varanasi. © CF Focquet

Dépanneur de nuit à Varanasi. © CF Focquet

anInfos pratiques

  • Avions ? De nombreuses compagnies volent vers Delhi ou Bombay. Que ce soi KLM, Air India (via Copenhague) ou Ethiad par exemple. Il faut compter au minimum 600 à 700€ pour un voll aller/retour.

  • Quand visiter ? la meilleure période pour visiter cette partie de l’Inde sont les mois qui s’étendent de septembre à mi décembre  

  • Visa ? Il y a deux moyens d’obtenir un visa. 

  • Pour un visa s’étendant sur 6 mois, il faut se rendre à l’ambassade et passer par le canal traditionnel. 

  • Depuis peu, il est possible d’obtenir un E-visa par internet valable 2 mois à partir de votre arrivée en Inde. La procédure n’est pas trop complexe et vous permet d’obtenir votre document dans les 72 heures. Pour l’obtenir, suivez ce lien : https://indianvisaonline.gov.in/evisa/tvoa.html

  • Les indispensables ?

Téléphone : les meilleurs réseaux sont ceux d’Airtel et de Vodafone. Pour obtenir un numéro indien vous devrez vous munir de votre passeport et d’une photo d’identité. Le numéro est activé dans les 4 à 6 heures. Pour un abonnement avec données mobiles (1,4GB / jour pendant 28 jours), comptez 500 à 600 roupies.


Les Trains : https://erail.in  et https://enquiry.indianrail.gov.in/ntes/index.html vous donnent les informations utiles sur les horaires des trains, l’état de votre réservation, le suivi en temps réel des trains. Tout ce dont vous avez besoin. Il existe bien évidemment d’autres moyens et applications disponibles (Indian Rail IRCTC, PNR Status ou ClearTrip par exemple)

Hébergement : Vos meilleurs alliés virtuels et papiers restent Booking, TripAdvisor, AirBnB, Lonely Planet ou le Guide du Routard !