GUYANE française : L’Amazonie secrète de «Papillon»

Rien ne prépare à un tel voyage. L’immersion totale dans cet océan de verdure engloutit dans un rêve sans retour. Somptueuse, imposante, omniprésente, l’Amazonie française, c’est 8 millions d’hectares de forêt vierge équatoriale baignée de fleuves et de rivières. Une terre d’Aventures inouïe...

Ponton de Rour'Attitude © S. Dauwe

Ponton de Rour'Attitude © S. Dauwe

A l’aéroport Félix Eboué, des dessins d’écoliers voltigent au-dessus des ceintures où nous récupérons nos bagages. Ambiance feutrée et familiale dans ce bâtiment moderne mais étonnement petit pour un si grand département d’Outre-Mer, une terre de France au nord-est du continent sud-américain. Géante et méconnue. Sur le parking, nous récupérons une voiture de location comme nous le ferions en métropole... sauf qu’une chaleur balayée par les alizés nous accueille. Sourires. Muni d’un excellent guide signé Philippe Boré, un auteur résidant en Guyane, nous partons passer nos premières nuits à Roura (non loin de la capitale et à 15 min de l’aéroport), dans un Ecolodge de Rour’Attitude. En bas du coquet petit bourg, sur les rives du fleuve Oyak, nous arrivons un peu avant le coucher du soleil qui tombe, si proche de l’équateur, à 18h30 avec la régularité d’un métronome. Joëlle et Philippe Vasseur nous accueillent dans leur nid « Clévacances », des chalets en bois, chambrée coquette, toilette sèche, cuisinette sur la terrasse et vue hypnotique...

Sous un ciel peinturluré d’or et de rose, se dressent des plantes exubérantes au vert intense. Les eaux boueuses du fleuve glissent dans un silence que perturbent de brefs meuglements de crapauds. Nous nous asseyons muets de ravissement sur le ponton d’où partent les randos en canoë. Philippe et Joëlle viennent bavarder en préparant un Ti’ Punch... Nous sympathisons sous l’auvent de leur « carbet », cabane sans mur qui ponctue le paysage guyanais, vibrant à l’unisson pour cette nature envoûtante. Leur souci de la préserver, de vivre en harmonie avec elle est commun à la plupart des prestataires de services touristiques. Destination confidentielle oblige, l’offre pour les voyageurs n’est pas énorme, mais assez complète et couvre tous les incontournables du territoire. La plupart se connaissent, s’entraident, se complètent. Ce sont presque tous des couples tombés un jour amoureux de la Guyane, de petits entrepreneurs privés avec de l’énergie à revendre... Alors, c’est un peu comme si on était pris en charge par la famille. Si la signalétique des routes franchement vacille, on se rassure vite. Il n'y a que deux nationales. Avec une carte même sommaire, un brin de sens de l’orientation, une voiture et les bons plans de uns et des autres, nous nous lançons pour deux semaines d’aventures extraordinaires.

Le Morpho (carbet flottant) © JJ serol

Le Morpho (carbet flottant) © JJ serol

A bord du Morpho

Derrière le cordon littoral, 200.000 ha de la plaine côtière sont couverts par ce que l’on appelle des savanes flottantes, marais, marécages ou pripris ! Le plus grand, le marais de Kaw (94.700 ha) est accessible à 50 km de Roura au bout de la RD6. Nous avons rendez-vous à 15h30 au pied du mont Favard (200 m) connu pour sa roche gravée amérindienne, au Dégrad de Kaw (sorte de débarcadère) avec le capitaine Jack. A bord du Morpho, un carbet flottant (il embarque jusqu’à 12 personnes) ; nous voilà partis pour une « Sortie immersion de 24 h ». Le moteur lancé, Jack remonte la rivière de Kaw. Il nous décrypte avec passion cette zone humide à la riche et singulière biodiversité. Des moucou-moucous, de drôles de plantes rappelant les arums se dressent autour de nous et nos yeux doucement apprennent à voir... Des jacinthes d’eau et de grandes aigrettes qu’ici on nomme ‘grand blan’ guettent les poissons. Bruns et noirs, des jacassas noirs (‘quinquins’) courent sur les berges. Des moucheroles à tête blanche (‘zozo massô’), des hérons striés et puis, le plus célèbre des chanteurs locaux, le petit tyran quiquivi (‘kikiwi’) avec son ventre jaune dont les cris font fuir les urubus, rapaces communs. Au loin, des zébus nagent en file indienne. Le soir, après le repas, on observe les caïmans (noirs, rouges, à lunettes...), puis on s’endort en écoutant les singes hurleurs. Au petit matin, sur un tapis de brumes, les oiseaux prennent leur petit-déjeuner dans un ballet féerique et vers midi, on mange au village de Kaw où des Bushi-Nengués (descendants de Noirs-marrons, esclaves fugitifs qui ont su préserver leur culture africaine) nous ont préparé une pimentade de machoirans jaunes, l’un des nombreux poissons qui feront nos festins quotidiens. Sur la route retournant à Roura, nous explorons encore la Réserve naturelle Trésor, bout de jungle ultra préservé où des entomologistes passionnés ont creusé un layon. Sur ce sentier balisé, dans le clair-obscur, nous apercevons entre autres la grenouille-feuille. Malgré l’épais manteau de la canopée, une pluie drue mais courte nous baptise.

Place des Palmistes © S. Dauwe

Place des Palmistes © S. Dauwe

Plongeon dans l’histoire

Passée la route des plages qui entourent le mont Mahuri, on atteint la capitale. Rendez-vous cette fois place des Palmistes, le cœur de Cayenne, avec Erwan Castel, guide GuyaRando. Baroudeur cultivé, il nous restitue l’histoire de la nature et des hommes si intimement liée. Devant des bâtiments coloniaux et de superbes maisons créoles, il nous conte l’arrivée des colons sur l’île de Cayenne (une colline entourée de savanes), les fièvres et les maladies qui déciment, les plantations, l’esclavage et son abolition (1848), les orpailleurs, la révolution, les jésuites et le bagne... mais aussi la ZIC (zone tropicale de convergence) et le cycle des mangroves emportés par les bancs de boue qui tous les huit à dix ans laissent apparaître d’éphémères plages de sable. 60.000 habitants vivent à Cayenne. Noirs, jaunes et créoles, tous convergent les mercredi, vendredi et samedi, dans le quartier un peu chaud de la Crique (aussi appelé ‘Chicago’), au marché aux poissons puis au grand marché des fruits et légumes. Dacine, manioc, kalou, tchichima, concombre piquant ; tout semble neuf et à goûter !

Avant de nous enfoncer dans le pays, nous embarquons de Wayki village sur le Papi Jo, pour une excursion en bateau jusqu’à l’îlet la Mère et une balade autour de l’île parmi les adorables petits singes saïmiris. Au retour, longeant la mangrove dans l’estuaire du Mahury, nous observons les ibis rouges autour d’un Planteur.

Hmong de Cacao © JJ Serol

Hmong de Cacao © JJ Serol

Dimanche à Cacao

Outre la RN1 qui longe la côte, il y a la RN2 qui descend à St Georges de l’Oyapock. Les pistes en latérite rouge sont maintenant de belles routes en macadam. Le reste, c’est la jungle inextricable sillonnée de cours d’eau et on y accède éventuellement qu’en pirogue. Nous roulons donc vers le sud-est, faisant étape, un dimanche jour de marché, à Cacao. Ce village est né en 1977 avec l’arrivée de Hmongs, ethnie catholique ayant fuit via la France le communisme de l’Indochine en 1975. Les Hmongs ont gardé leurs traditions et leurs jolis habits brodés mais surtout, ils cultivent sans relâche une infinité de fruits (dont certains ramenés du Laos), fleurs et légumes qui s’exportent dans tous les bourgs de Guyane. Bruno et Tchia Levessier nous reçoivent dans leur beau gîte d’où ils emmènent les touristes en trekking dans la forêt, sur les rivières ou sur les plantations des alentours. Leur carbet-restaurant est charmant, le Ti’ Punch détonnant et leur amour pour ces terres, totalement contagieux. Cacao tire son nom d’une plantation établie fin 18e ; l'Habitation Sainte-Marie de Cacao. Bruno nous montre dans la forêt ses vestiges ainsi que ceux du bagne qui s’y installera en 1855. Un gros iguane vert se dore au soleil près des vieilles pierres. Un superbe arc-en-ciel éclaire le jour finissant.

Surprenants Inselbergs

Inselberg Zombi © JJ Serol

Inselberg Zombi © JJ Serol

La RN2 descend 180 km jusqu’à la frontière brésilienne. Au bout, c’est St Georges, étonnant village avec sa mairie et sa petite place à la française bordée de maisons créoles parmi lesquelles l’excellent restaurant «chez Modestine». Au bord de l’immense fleuve Oyapock, des hommes en T-shirt orange s’affairent autour de pirogues. Thierry Beltan, l’énergique patron, nous emmènera sur l’un d’eux franchir le saut de Maripa (impressionnant rapide en saison sèche, de septembre à novembre), visiter des villages amérindiens palikur, randonner —avec bivouac où l’on mange le couac, farine de manioc et de délicieux poissons servis sur des feuilles de balisier— dans la jungle jusqu’à atteindre Zombi, l’un des premiers inselbergs (litt: montagne île). Monts granitiques, ils s’élèvent crescendo hors de la canopée jusqu’au massif des Tumac-Humac. Orchidée sauvage, cacao-rivière, héliconia... À qui sait regarder, la jungle est un écrin pour une foison de joyaux colorés, fleurs, graines, épiphytes ou lianes colonisant les sous-bois et les troncs d’arbres immenses aux racines tentaculaires. Fromager, kapokier, amarante, bois cathédrale, bois serpent, bois canon... La liste des essences précieuses est quasi infinie et presque tous se dressent géants filiformes, plus de 60 m au-dessus de nos têtes pour former la luxuriante canopée qui nous masque le ciel. Mais le regard se régale partout où il se pose. On s’offre une nuit côté brésilien, juste pour tâter l’ambiance directement très couleur locale, musique et jolies filles.

Entre tortues et Papillon

Yalimapo © S. Dauwe

Yalimapo © S. Dauwe

Moins d’une journée de route tranquille suffit aujourd’hui pour rallier la frontière du Surinam, tout au nord-ouest, à l'autre extrémité du territoire. Car jamais nous ne serions repartis sans avoir salué les majestueuses tortues Luth, les plus grandes marines au monde (500 kg et 2 m de long !) qui se hissent la nuit sur la plage de sable «baboon santi» de Yalimapo pour pondre leurs œufs (mars à juillet). C’est un spectacle émouvant qui se mérite et que l’on ne fait pas sans respect. Des gardes de la réserve veillent d’ailleurs au bien-être fragile de ces survivantes d’un autre âge. Enfin, non loin, il y a Kourou bien sûr et le Centre Spatial Européen avec ses lancers d’Ariane. C’est un autre genre de sensation, fort passionnant aussi ! Nos dernières nuits, nous les avons passées au large, en pensant à papillon ! Pas aux magnifiques morphos bleus virevoltant vers midi, mais à Henri Charrière (le célèbre bagnard immortalisé à l’écran par Steve McQueen). Aux îles du Salut, sur Royale en particulier, on loge à l’étage de l’ancien quartier des officiers dans de belles chambres coloniales. On se baigne et parcourt les ruines du bagne le coeur serré et pourtant aux anges, dans ce décor paradisiaque, peuplé de colibris, d’aras et d’agoutis, gros écureuils sans queue qui courrent après la noix de coco. À notre tableau de chasse, il manque quelque tapir, grand toucan, cabiaï, tatou, paresseux, chien bois, tamanoir, puma et bien sûr, ‘tig’ l’hôte princier de Guyane ; le jaguar. Mais pour cela, il faudrait une semaine de plus. Partir en pirogue au départ de St Laurent, remonter le Maroni et se préparer à un autre grand véritable voyage initiatique...

Créé en 2007 dans la partie sud du territoire, le Parc amazonien de Guyane (3,4 millions d’Ha) est le plus grand parc national de France et de l’Union européenne. 10.000 Amérindiens, Noirs-marrons et Créoles y habitent et adhèrent par nature ou par décision à l’émergence d’une filière d’éco-tourisme. Elle est dore et déjà, la plus vaste zone protégée connue au monde.

Guyane française Pratique

Variété de Morpho © JJ Serol

Variété de Morpho © JJ Serol

Infos :

Comité du Tourisme de la Guyane

1 rue Clapeyron - 75008 Paris

Tél : 01 42 94 88 02/03

www.tourisme-guyane.com

Y aller

Air France : vols quotidiens (8h30) depuis Orly www.airfrance.com

& Air Caraïbes : 4 vols / semaine www.aircaraibes.com

Formalités

Passeport & Vaccin fièvre jaune obligatoire

Climat

Saison sèche : fin juillet à décembre + « petit été » de mars / Saison des « petites » pluies : janvier-février + des fortes pluies : avril à juin

TO Spécialiste des voyages sur-mesure : Marco Vasco

Bons plans logements & TO locaux :

Trouver un carbet où accrocher son hamac : www.escapade-carbet.com

Se déplacer

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Avec une voiture de location SIXT

A emporter

Guide Guyane de Philippe Boré (Edition 2013-2014) : www.randoguyane.com

JJ à l'affût sur le toit du Morpho

JJ à l'affût sur le toit du Morpho