LAOS, Splendeurs & paradoxes

Le plus préservé des pays du sud-est asiatique est soudain objet de toutes les attentions. Balade dans un paradis vert nimbé d’une indicible langueur, mais pour combien de temps encore ?

Luang Prabang © JJ Serol

Luang Prabang © JJ Serol

Sans accès à la mer et entouré de puissants voisins, je m’étais imaginé ce pays étiré sur 230.800 km2 et à deux tiers hérissé de montagnes couvert de jungles impénétrables et dangereuses. Quelques villes lovées le long du Mékong et un peuple d’agriculteurs indolents, rappelant sans doute les petites villes thaïes un quart de siècle plus tôt. Les rares voyageurs s’étant aventuré au Laos dans les années 90 parlaient bien sûr de l’incroyable gentillesse des Laotiens, de la beauté de Luang Prabang mais leur récit me rappelait ce que les colons français persiflaient un siècle plus tôt « si les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser et les Laotiens l’écoutent mûrir »… Ayant longtemps vécu sous le joug de son enclavement, terriblement bombardé durant la seconde guerre d’Indochine (1964-1973), le pays s’était ensuite retiré, à l’abri derrière son écrin vert, sous la coquille de sa jeune république démocratique. À l’aube du nouveau millénaire, le pays s’est ouvert… Mais rien ne nous a préparé aux merveilles qu’on allait y découvrir. Des paysages plantureux, une flore, une faune et des forêts dont la richesse de la biodiversité et la vitalité des écosystèmes éveillent aujourd’hui toutes les convoitises. Les voyageurs ont d’ailleurs vite élu le « royaume du million d’éléphants et du parasol blanc » parmi les plus belles destinations d’écotourisme. Ensuite, a commencé l’aventure humaine, la rencontre avec une extraordinaire mosaïque d’ethnies divisées en trois grands groupes. Un peu bousculés par l’accélération de la marche du temps, 5,62 millions de Laotiens (1) découvrent peu à peu des jours meilleurs…

Pha That Luang © S. Dauwe

Pha That Luang © S. Dauwe

Au rythme de Vientiane

Intuition ou hasard, nous entamons notre périple laotien par la capitale ! Lovée sur le Mékong, face à une petite ville thaïlandaise prospère, Vientiane figure rarement sur l’itinéraire des voyageurs. Étonnant car rendue facile d’accès même par la route grâce au Pont de l’Amitié, la cité révèle un intéressant concentré de son passé, présent et futur. Les bâtisses rénovées de l‘ex-Protectorat français (1893-1953) avec l’ancienne maison du gouverneur muée en Palais Présidentiel donnent un indéniable cachet à la ville. Les Laotiens imposent insidieusement leur rythme nonchalant, séduisant tout en douceur nos papilles d’un savoureux déjeuner café baguette. Foule de commerces ont relancé le savoir-vivre des colons avec leurs vins importés, leurs restaurants élégants et leurs boutiques raffinées. Le long des trottoirs, écrasés de chaleur, les chauffeurs de tuk-tuk sommeillent sur la banquette de leur engin bariolé. Un peu filous, ils vous emmènent ici et là dans le tourbillon d’un trafic naissant. En chemin pour visiter Pha That Luang, le grand stupa sacré ruisselant d’or ou en direction du joliment kitsch Buddha Park, on voit défiler les enseignes de d’institutions internationales ou d’ONGs venues apporter leur aide au développement. Puis le soir, en chinant dans les échoppes, facilement repérables grâce à leurs idéogrammes, on remarque la pléthore de commerçants chinois, indice d’un investissement massif du « grand frère » communiste.

Café, pl. Bolaven © S. Dauwe

Café, pl. Bolaven © S. Dauwe

Cap plein Sud

Entrer au Laos par la capitale impose forcément un choix. Poursuivre au nord ou au sud ? Bien que le Mékong ne soit jamais loin, les paysages et expériences diffèrent grandement. À contre-courant du flot de touristes qui arrivent par le nord de la Thaïlande pour descendre le Mékong, nous optons pour une semaine « de repos » au sud. Embarqués sur un bus de nuit, nous devons atteindre au petit matin —bien au-delà du plateau de Nakai où s’érige, le pharaonique et controversé barrage hydroélectrique de Nam Theum (2)— la ville de Paksé. Chef-lieu de la province du Champasak, elle est le QG assoupi de superbes excursions. Protégé par l’Unesco depuis 2001, le modeste complexe religieux Khmer de Wat Phou, encadré de frangipaniers centenaires, reprend forme et couleur. Il s’étale sur un recoin de campagne plane déployant une fascinante palette de jaune et d’or. Le lendemain à l’aube, on reprend le ferry sur le Mékong et loue des scooters pour sillonner le plateau de Bolaven. Savourer la fraîcheur de chutes d’eau et s’arrêter pour déguster un café frais cultivé en commerce équitable fait partie du jeu. En bus par la route 13, nous faisons le détour par l’écolodge du Kingfisher, un peu plus au sud dans la réserve de Se Pian, l’une des plus vastes des 20 aires de conservation de la biodiversité nationale2. De la terrasse, le soir, on aperçoit au loin les villageois chasser et collecter des œufs dans le marais, riche sanctuaire ornithologique. Le lendemain, une randonnée avec un guide local nous familiarise avec des essences exotiques comme les pousses de pandanus, racines de gingembre, graines de cardamome, feuilles d’hottonie qui améliorent le bol de riz quotidien des Laotiens… Mais le vrai repos nous attend près de la frontière cambodgienne où le Mékong s’évase et rugit accueillant de spectaculaires cascades et «4000 îles» (Si Phan Don). Don Det et Dot Khon, encore sans électricité, alignent de modestes bungalows face au fleuve et dès le premier coup d’œil, on sait que l’on n’a pas fait la route en vain. En total abandon, on médite devant le spectacle de la vie qui s’égraine avec ses rituels immuables. Les femmes faisant la lessive ou se baignant en sarong, les hommes pêchant de l’aube au couchant, de leurs gestes félins et langoureux. 

Sur le marché de Luang Prabang © JJ Serol

Sur le marché de Luang Prabang © JJ Serol

Les richesses du grand nord

Accessible par route, bateau ou voie aérienne, Luang Prabang est au nord du pays le joyau auquel tous rendent hommage. L’ancienne cité royale où les fonctionnaires de l’administration coloniale aimaient à se faire oublier est depuis 1995 patrimoine mondial de l’Unesco. Jusqu’aux dernières venelles, l’architecture coloniale de la cité aux mille pagodes a retrouvé son éclat d’autrefois. De superbes restaurants proposent leurs mets raffinés et l’abondance de temples enchantent. L’attraction principale est d’ailleurs le Tak Bat, un rituel ancestral d’une édifiante humilité et d’une absolue beauté. Chaque jour à l’aube, des centaines de moines sortent des temples et quêtent l’aumône en procession silencieuse. Puis au crépuscule, se déploie un féerique marché de nuit où des femmes de minorités ethniques déballent leurs artisanats colorés. Après avoir égrainé le chapelet chatoyant de temples, siroté un café à l’ombre de frangipaniers, on passe encore une journée aux grottes bouddhistes de Pak Ou avant d’aller s’ébrouer dans les lagons turquoise des chutes de Tat Kuang Si.

Un peu plus au nord, dans la province de Luang Nam Tha, a été lancé en 1999 le premier projet d’écotourisme. Depuis, ils sont de plus en plus nombreux à se joindre à des treks au label vert et éthique. Là-bas, dans ces forêts qui recouvrent encore près de 80 % du pays, il est permis d’observer une nature d’une rare richesse, de passer la nuit dans les villages tout en apprenant à minimiser son impact sur l’environnement. De nombreuses ethnies Lao Theung (laotiens des versants —surtout Khmu) et Lao Soung (laotiens des sommets —surtout Hmong) cohabitent dans les montagnes qui nourrissent plus des trois quarts des Laotiens. Des forêts où la Thaïlande, le Vietnam et surtout la Chine puisent les matières premières exigées par leurs croissances. Malgré son succès, les revenus de l’écotourisme ne feront pas le poids face à l’indigence des fonctionnaires corrompus incapables de freiner la déforestation, l’extension des monocultures, l’exploitation minière et hydraulique menaçant vivement le patrimoine laotien.

Au cœur de la jungle, monte peu à peu le son des télévisions chinoises avec leur satellite et décodeur. Les produits chinois bon marché envahissent le paysage et révolutionnent la vie des paysans. Le socialisme de marché fait chaque jour de nouveaux adeptes et ici comme ailleurs, chacun lutte contre la pauvreté à sa façon. Au pays de la douce indolence où, le non-agir et le détachement sont de longue date les premières vertus enseignées par les bouddhistes, les choses changent. Partout, on semble plus affairé et le Mékong n’est plus la seule porte sur le monde extérieur. Au pays du million d’éléphants, tous ne dorment plus sous un parasol blanc.

1 : Chiffre de 2005 (source CIA) : le Laos est le pays le moins peuplé d’Asie et toujours, l’un des plus pauvres de la planète.

2 : Instaurées progressivement dès 1993 les National Protected Areas couvrent aujourd’hui près de 14% du territoire national. 

Laos Pratique

Y aller. Vols AR (Thai Airways, Vietnam Airlines, Eva Airways …) sur Vientiane (à la bonne saison) autour des 1300 € taxes comprises. Billetterie online sur www.nouvelles-frontieres.beouwww.airstop.be

(A réserver min 6 mois à l’avance pour de bons tarifs)

Formalités. Passeport valide 6 mois + visa.

Infos : Ambassade de R.D. du Laos :

19 avenue de la Brabançonne, 1000 Bruxelles. Tél +32 2 740 09 50.

74 Avenue Raymond Poincaré, 75116 Paris. Tél +33 1 45 53 02 98.

www.laosembassy.org

Renseignements.

www.visit-laos.com

www.ecotourismlaos.com

http://www.voyageons-autrement.com/lao-ecotourisme.html

http://voyageforum.com/destinations/laos/

Décalage horaire. GMT +7 ( +6h en hiver/ +5 en été), 

Monnnaie. Le Kip (pour les menus achats) et le dollars US (pour le reste : hôtels…)

taux moyen : 1 € = 10.350 kip (LAK) / 10.000 kip (LAK) = 0,96 €.

Saison idéale. D’octobre à avril (Mai à Septembre : saison des pluies)

Se loger.

- A 30 km de Vientiane : Rivertime Resort & Ecolodge, le long de la rivière Nam Ngum (affluent du Mékong), Phou Khao Kwai NPA. Nuitée de 10 € (dorm) à 38 $ Lodge 2/3 pers pt déj inclus. +856 20 551 36 72 www.rivertimelaos.com

- Luang Prabang : Sayo Guesthouse River - Xieng Mouane & Sayo Naga : 3 petits hôtels de charme luxueux et bien situé : ch double avec pt déj : 30 $ à 80$ (haute saison) +856 71 252 614 / +856 71 212 484.

www.sayoguesthouse.com

- Xe Pian Natural Protected Area : Kingfisher ecolodge, un vrai petit paradis au coeur d'une forêt protégée. Nuitée de 32 à 70 € pt déj inclus (haute saison). +856 30 534 50 16

www.kingfisherecolodge.com

Voyagiste.

Sur place, deux agences sérieuses et renommées sont présentes dans les principales villes touristiques : Green Discovery : www.greendiscoverylaos.com et Tiger Trail Outdoor Adventures : www.laos-adventures.com

- A emporter

Guides de voyage : Lonely Planet Laos (7e édition, fev 2011 – version française). Ou en version numérique (pdf) à télécharger, chapitre par chapitre (aussi bientôt en français ?) selon votre itinéraire sur :

shop.lonelyplanet.com