KENYA: Safari sur la route du Thé

En direction du Lac Victoria, les versants de la Vallée du Rift invitent à un voyage original. De grandes plantations rompent soudain l’alternance de savanes, forêts et petites parcelles cultivées et plongent dans un intense océan vert.

Texte & photos : Sophie Dauwe & Jean-Jacques Serol / Pepite Photography

Ceux qui sont allés en Afrique le savent, « safari » signifie « voyage » en Swahili. Le Kenya, l’un des rares paisibles joyaux de l’Afrique de l’Est, symbolise à lui seul ce « safari ». La nature d’une inoubliable majesté renvoie immanquablement à nos origines profondes. Berceau de l’humanité, paradis perdu, les expressions ne sont pas usurpées… Nairobi la capitale est née un peu avant 1900 sur le camp de base de la compagnie de chemin de fer britannique qui allait relier l’Ouganda au Kenya. Aujourd’hui, l’une des plus grandes villes d’Afrique avec 2,8 millions d’habitants, elle étale sans pudeur sa modernité. Non loin de l’équateur et pourtant à 1600m d’altitude, c’est dit-on une ville agréable, mais notre regard n'aura pas le temps de s’y attarder. Tant d’endroits remarquables appellent ailleurs… En solo ou en groupe, mais à condition de disposer d’un 4x4, d’un bon chauffeur et d’un guide détaillé, le Kenya riche de 26 parcs nationaux et de 29 réserves naturelles offre l’embarras du choix. Les environs du Mont Kenya et bien sûr, son ascension (5.199 m sans cohue ni rien à envier au Kilimanjaro), le Parc National de Meru et le Nord vers le Lac Turkana, « must absolus », sont sur l’itinéraire de tous chasseurs d’images fortes. À l’Ouest, Mombasa les pieds baignés dans l’Océan Indien ravit les amateurs d’exotique indolence et de sable fin.

Plein ouest vers le lac Nakuru

Singe Colombus ©  JJ Serol

Singe Colombus ©  JJ Serol

La « grande » saison des pluies qui s’étend sur avril et mai se termine. Nairobi à peine quittée, une terre ocre sang s’étale sous nos yeux éblouis. Est-ce une envie de voir un « autre Kenya » ou celle d’approcher le mythique et inquiétant Lac Victoria ? Nous mettons le cap au nord-ouest, sur la route qui mène à Kisumu au bord du grand lac, source du Nil et mer nourricière pour ses 30 millions de riverains. Entre la capitale et la vallée du Rift, on traverse la terre des Kikuyu, tribu d’agriculteurs qui exploite le sol volcanique et cultive maïs, pommes de terre, choux, carottes et foule d’autres légumes. De paysans à demi endormis à côté du fruit de leur labeur, attendent le client sur le bord de la route, éternellement en voie de réfection, obligeant les véhicules à d’attentifs slaloms. Partout, des femmes portent sur la tête ou le dos, enfants, bidons d’eau, bois de chauffe… Petits villages, hameaux ou maisons isolées ponctuent les abords du chaotique ruban d’asphalte. En briques et ciment ou en banco (terre et paille), les constructions ressemblent toutes à des boîtes grises, mais les façades orientées comme des tournesols vers la route reproduisent de façon artisanale les publicités de café, bière et opérateurs Telecom aux couleurs vives et chatoyantes. Puis la route grimpe et au détour des lacets se déploie, grandiose, la vallée du Grand Rift. La végétation, ponctuée d’arbres cactus géants, d’acacias et de flamboyants, étonne.

Nakuru NP © JJ Serol

Nakuru NP © JJ Serol

À 157km de Nairobi (2h30 de route), la visite du parc naturel du lac Nakuru s’impose. Étendu sur 117 km2, c’est l’un des plus populaires du Kenya car il permet d’observer un grand nombre d’animaux en un temps et un espace restreint. Son fascinant écosystème en fait le plus grand sanctuaire de flamands roses au monde. Le guide nous explique que cette mer de bourdonnants volatiles n’est composée que de mâles et de jeunes ramenés de nuit par leurs mères depuis leurs lieux de naissance, les lacs Magadi ou Natron, à la frontière tanzanienne. Les femelles repartant aussitôt pour se faire à nouveau féconder… Le cœur battant, on croise aussi foule de zèbres, buffles d’eau, phacochères, babouins, grues royales, impalas et autres élégantes gazelles. Pas de lions ce jour-là mais, au loin une girafe, puis tout près de splendides singes Colombus et des rhinocéros blancs et noirs de paisible apparence…

Sur le plateau de Kericho

Femme Masai sur le marché de Kericho © JJ Serol

Femme Masai sur le marché de Kericho © JJ Serol

La route grimpe ensuite la rive occidentale de la vallée du Rift. Les cultures troquent l’or de leurs champs de blés contre le vert éclatant des plantations de thé. À 40km de l’Equateur, nous naviguons autour des 2200 mètres d’altitude et les parcelles ondulent, denses et entrecoupées de sentiers bien tracés de terres rouges, à perte de vue sur plus de 8000 hectares. La région de Kericho est la capitale kenyane du thé et la ville baptisée du nom du premier cultivateur de thé, l’Anglais John Kerich. Héritage de l’ancienne colonie britannique qui favorisait la création de grands domaines, les théiers importés d’Inde en 1925 par la compagnie Brooke Bond ont plus que doublé depuis l’indépendance du pays en 1963. Kipsigis (ethnie du groupe Kalenjins) et Kisii vivent et travaillent parmi les camellia sinesis (nom latin des théiers) qui, grâce à la combinaison « latitude + altitude = pluies fréquentes », poussent à toute vitesse et nécessite une cueillette tous les 15 jours tout au long de l’année. Leurs petites maisons rondes comme les anciennes cases ou carrées ponctuent, blanches et bien alignées, le paysage plus typique du Sri Lanka que des classiques africains. Pour explorer ces domaines, il faut montrer patte blanche car nous sommes sur le territoire d’Unilever, l’un des plus grand groupe agro-alimentaire de la planète dont les thés Lipton sont depuis 1972 le produit-phare. Sur ses 11.000 ha répartis sur les seuls Kenya et Tanzanie, le puissant groupe produit annuellement 46.000 des 170.0000 tonnes de thé (essentiellement noir, pour son célèbre Yellow Label) qui inondent le marché international de 85 milliards de sachets !

Programme de reforestation © JJ Serol

Programme de reforestation © JJ Serol

La population locale, pourtant grande consommatrice de thé, n’y touche goutte car la qualité du thé produit par Unilever serait inabordable pour elle. En revanche, les 11.000 ouvriers (plus 5000 saisonniers) travaillant sur les plantations de Kericho bénéficient d’une qualité de vie rare en Afrique s’inscrivant dans un projet de développement durable et éthique, aujourd'hui membre de Rainforest Alliance. Outre une gestion raisonnée des forêts d’Eucalyptus fournissant le bois de chauffe nécessaire au processus de fermentation du thé, (Richard Fairburn, directeur d’Unilever Tea East Africa (UETA) a réussi à maintenir et même développer une gestion à visage humain. Elle inclut l’utilisation minimale de pesticides, le recours à des énergies renouvelables (vent & eau), la protection des forêts naturelles (100.000 arbres indigènes replantés), la création d’une réserve pour singes et surtout, la gestion minutieuse de l’eau tant pour les cultures que pour les hommes. La société finance (ou co-finance) pour tous les ouvriers, hôpitaux (traitant notamment SIDA & Malaria), écoles primaires, équipements sociaux et même, postes de police. Unilever est enfin membre de l’ETP, organisme international garantissant une gestion éthique des plantations de thé à travers le monde (âge & salaire minimum). Un fameux défi puisque toute la région dépend directement ou indirectement des plantations. Le souci d’accroître la rentabilité a dans ce secteur comme ailleurs déjà menacé beaucoup d’emplois. Alors Kericho fait un peu figure de « dernier carré d’irréductible ». Tandis qu’on se demande « Pour combien de temps encore ? » ; on garde en tête ce beau message d’espoir qui compense les nouvelles sombres du Lac Victoria, écosystème agonisant parce qu’un jour de 1960 l’homme blanc a introduit la Perche du Nil prédateur ayant détruit l’essentiel des poissons indigènes, n’est exploité qu’au profit de l’hémisphère nord (lire ou voir « le Cauchemar de Darwin »).

© JJ Serol

© JJ Serol

Kenya Pratique

Renseignements.  www.magicalkenya.com & www.visitkenya.com

- Formalités. Passeport val. 6 mois après le retour + visa touristique.

Ambassade du Kenya, 208 Avenue Winston Churchill, 1180 Bruxelles. Tél: 02 340 10 40. www.kenyabrussels.com 

Ambassade du Kenya, 3 rue Freycinet, 75 116 Paris. Tél: 01 47 20 44 41

www.kenyaembassyparis.org

- Langues. L’Anglais, le Kiswahili et d’autres langues ethniques.

- Monnaie : le Shilling Kenyan (KES). 1 € = 118 KES

- Vaccin(s). Aucun obligatoire. Diphtérie, Tétanos, Thyphoïde, Tuberculose, Méningite, Poliomyélite, Hépatite A & B et Fièvre jaune fortement recommandés. Prophylaxie anti-malaria même en altitude où le réchauffement climatique a apporté les anophèles porteurs de la parasitose + une trousse de secours (avec antibiotiques à large spectre) surtout si longs séjours, hors sentiers touristiques. 

- Décalage horaire. GMT +3 (été +1h –hiver +2h) 

- Saison idéale. Toute l’année mais légère saison de pluies en avril-mai et novembre.

- Y aller. Vols secs AR sur Nairobi autour de 320 € taxes comprises. www.brusselsairlines.be Sur les autres compagnies, plutôt alentours des 550 €.

-Se déplacer

Louer un 4x4 à conduire vous même (Sixt : comptez env. 120€/jour) ou avec chauffeur via agence locale.

- Se loger. 

Nakuru : le parc national  www.kws.org propose le modeste Nashi guesthouse, plus  2 superbes lodges : Sarova's luxury Lion Hill (64 chalets avec veranda, restaurant et piscine) & le mythique Lake Nakuru Lodge de Lord Hamilton.

Kericho : Tea Hotel, charme British désuet années 50, charmant bungalow avec FO entouré de  jardins. Tel 052-30004/5 – teahotel@africaonline.co.ke 

New Sunshine Hotel Kericho (ch. Double simple mais confortable au centre ville de Kericho sur Tengecha Lane ) Tel : +254 20 260 8702 /+254 7 2477 5027 – excellent restaurant.

- Plus d'info sur les plantations de thé d’Unilever certifiées Rainforest Alliance & agriculture durable  www.rainforest-alliance.org

-Voyagistes. 

Nouvelles Frontières, beau circuit des pistes oubliées du Kenya et de Tanzanie au charme de Zanzibar. www.nouvelles-frontieres.be 

Terre d'Afrique (TO belge) www.terredafrique.com 

Objectif nature, idéal pour les amateurs de belles photos (prêts de matériel) et voyage éthique : à Paris www.objectif-nature.com 

Notre itinéraire se retrouve dans celui du TO français Trans Africa Expéditions : "Sur les pas d'Hemingway" (16 j) www.transafrica.eu

TO spécialiste du voyage sur-mesure : Marco Vasco

- A rapporter. L’artisanat kenya est abondant, superbe et varié. 

On trouve pêle-mêle des masque et objets de bois sculptés, des paniers en sisal , parures en perles & tissus Massaï, objets en pierre à savon, bijoux et jeux en pierre semi-précieuses. Refusez catégoriquement tout objet dérivés d’animaux en danger: ivoire, peaux et produits de la faune sous-marine.

- A lire/emporter.

Guides de voyage : Lonely Planet Kenya, 8e Edition (juin 2012). Précieuses infos pratiques. Disponible en version papier, eBook ou en PDF (par chapitres)  sur shop.lonelyplanet.com