Andalousie : Le paradis perdu des Califes

Cordoue et Grenade, fleurons de l’héritage hispano-mauresque du mythique état d’El–Andalous, voguent sur un océan d’oliviers semé de villes forteresses. Un voyage aux parfums d’éternité, un rêve de volupté orientale et de grandeurs préservées…

Casa de Sefarad © S.Dauwe

Casa de Sefarad © S.Dauwe

À moins d’une heure des plages de Malaga, frémit l’âme maure qui a forgé l’identité andalouse… Cordoue et Grenade sous domination musulmane entre 711 et 1492, ont connu au sein d’une Europe médiévale une prospérité et un épanouissement culturel sans égal. Deux routes les relient semées de villages blancs. Plus de cinq cents ans plus tard, cet ensemble forme la Route du Califat, l’un des plus beaux itinéraires culturels européens.

Cordoue se déploie d’abord, moderne et pimpante. De la promenade devant la gare avec ses fontaines design aux rendez-vous des flâneurs Plaza de las Tendillas, en passant par le Palacio del Bailio, sublime résidence de Fernando de Córdova aujourd’hui transformé en hôtel de charme et les colonnes bien dressées de l’ancien temple romain, on remonte le temps avec amusement. Les façades néo-classiques, baroques, Renaissance, plateresques se succèdent, enchanteresses. Pourtant d’instinct, les pas mènent au dédale de ruelles blanches et de patios fleuris de la Juderia, l’ancien quartier juif. En pentes douces jusqu’au fleuve Quadalquivir, elles laissent apparaître le clocher de la célèbre cathédrale. Ses parures mudéjares (style résultant de la reconquête catholique sur les édifices musulmans) masquent à peine l’ancien minaret et à son pied, sous la porte du Pardon, le cœur bat plus vite. Dans la cour des orangers, avec son ancien bassin des ablutions, les lourdes portes de la Mezquita (l’ancienne mosquée) s’apprêtent à dévoiler son indicible beauté. Erigée sur le site d’une basilique Wisigothe dès 785 par Abd al-Rahman I, la Mosquée quatre fois agrandie par les Califes omeyyades s’étend, fabuleuse forêt de colonnes et d’arcs en fer à cheval bicolores, sur quelque 24.000m2. Au fond de l’allée principale, le Mihrab, niche qui amplifiait la voix de l’imam, resplendit de dorures et d’arabesques finement ciselées rappelant à tous qu’ici se dressait la plus grande et la plus prestigieuse mosquée du monde après celle de la Mecque. Des 1013 piliers de marbre, granit, jaspe et même d’albâtre, il n’en reste que 856 car après la chute de Cordoue en 1236, l’édifice est consacré au culte chrétien puis aménagé au XVIe siècle en cathédrale avec au centre, une coupole, une nef gothique et un retable baroque. Même Charles Quint critiqua ces transformations «ne pouvant que rompre l’ultime perfection qu’animait cette mosquée…»

Durant l’âge d’or des Omeyyades, Cordoue comptait 130.000 demeures, 3.000 mosquées, 800 écoles publiques, une bibliothèque royale riche de 400.000 à 700.000 volumes… et pas moins de 900 bains !

Plus que par l’Alcazar de los Reyes Cristianos, palais du XVIe avec son superbe jardin ou ses écuries royales (Caballerizas Reales) abritant de saisissants spectacles équestres ; on se laisse envoûter, au bout du pont romain, par les récits et mises en scène de la tour de la Calahorra. Le puissant bastion maure est un musée vivant d’Al-Andalus où quatre philosophes (Alphonse le Sage, Ibn Arabi, Averroes et Maimonides) racontent avec emphase la communion de sagesse et de foi qui a animé près de huit siècles un même peuple, les Andalous que trois religions (juive, chrétienne et musulmane) ont plus tard séparés.

Sur la route du Califat

P. Charles Quint © JJ Serol

P. Charles Quint © JJ Serol

Des rangées d’oliviers de tout âge quadrillent à perte de vue l’horizon vallonné. Le village de Montilla surgit en premier, îlot blanc recelant ses trésors… La Casa de las Aquas, un musée dédié au peintre réaliste Garnelo y Alda (dans l’atelier duquel Picasso débuta sa carrière) et la résidence d’El Inca Garcilaso, un métis historien du XVIe siècle méritent le coup d’œil. Dans les immenses caves d’Alvear, on déguste et apprend à distinguer les vins paille ou vieil or du cépage Pedro Ximénez à l’élevage si spécifique de ces terres brûlées de soleil. Sur fond de Sierras subbétiques, un parc national aux 1001 sentiers de randonnée, apparaît ensuite le fabuleux village maure de Zuheros perché sur un piton rocheux. Priero de Cordoba, pieuse et coquette avec ses églises baroques et ses fontaines ainsi que la ville frontière d’Alcala-la-Real avec son imposante forteresse se dressent tour à tour, étapes de charme ombragées et providentielles…

Grenade se profile enfin telle une peinture sur fond de Sierra Nevada. On voudrait oublier qu’une ville moderne encercle le cœur historique et se lover au cœur de l’ancienne Elvira, le quartier Albaicin ainsi appelé avant l’arrivée des Maures. « Albayzin » dérivé de l’arabe signifie les « misérables ». C’est là sur la vieille colline que se réfugiaient les musulmans pauvres fuyant la reconquista espagnole. Car alors que Cordoue succombait aux forces de Ferdinand d’Aragon, les Nasrides prennent Grenade et y fondent un émirat de 1238 à 1492. Grenade est d’ailleurs restée plus « arabe » que Cordoue. Les visages sont plus typés et toutes les maisons, portes closes et fenêtres grillagées, dérobent leur patio à la vue des passants. Dans le labyrinthe de ruelles blanches, seule une végétation luxuriante de jasmins, grenadiers et vignes dépassent des lézardes et murets. Puis il y a la rue Calderia avec ses marchands de babouches et d’artisanat marocain, les salons de thé et narguilés. À pied ou en bus, on se doit de monter jusqu’à l’église Saint-Nicolas qui, à côté de la nouvelle mosquée de Grenade (ouverte en 2003), offre la parfaite carte postale de l’Alhambra. Plus à l’est, le quartier des grottes de Sacromonte envoûte les promeneurs. C’est le cœur de la vieille ville gitane, des bars et de la ville nocturne où l’on vit au rythme du flamenco. Version domptée pour touristes couches-tôt (spectacle dès 21h) ou authentique, imprévisible et sauvage, tard dans la nuit… Lorsque le soleil faiblit et que du Rio Darro monte un peu de fraîcheur, la foule se masse pour grignoter leurs premiers tapas sur les terrasses de la Plaza Nueva et du Paseo de los Tristes en admirant l’Alhambra flamboyer sur les hauteurs. Des petits bus montent la colline de Sabika dès les premières lueurs de l’aube permettant une visite agréable de l’exubérant « château rouge » et des jardins du Generalife. Et même si les célèbres lions du patio sont encore en réfection, consolez-vous dans la Cour des Myrtes et dans les Jardins du Partal où les dentelles des palais nasrides éblouissent l’âme de tous ceux qui les approchent.

L’art du Bain

Hammams de Al Ándalus. C/ Santa Ana © JJ Serol

Hammams de Al Ándalus. C/ Santa Ana © JJ Serol

Ces hammams où tous venaient se laver et se détendre étaient composé de plusieurs salles chauffées à différentes températures et des fontaines où l’on remplissait sa bassine pour les ablutions. Aujourd’hui aménagées selon des techniques modernes, on trouve un peu partout —mais surtout à Grenade— de superbes hammams, toujours composés de trois bassins ; froids, tièdes et chauds. On y propose des peelings et massages sur de grandes tables de marbre chaud et la beauté de ces salles voûtées percées de petites sources de lumière vous projette dans un conte des 1001 nuits plus sûrement qu’Aladin en personne !

-Spa Bodyna, Hôtel Palacio del Bailio, Cordoba (voir plus bas)

-Hammams de Al Ándalus. C/ Santa Ana, 16. Granada. Tél.:+34 958 805 422

www.granada.hammamspain.com

Patio de Cordoue © JJ Serol

Patio de Cordoue © JJ Serol

Pratique

Infos :

-Office Espagnol du tourisme, 97 rue Royale, 1000 Bruxelles. 02 280 19 26

-Office Espagnol du tourisme, 22 rue Saint Augustin, 75002 Paris. 0800 10 10 50 50 (gratuit) / 01 45 03 82 50

www.spain.info/be

www.espagnemania.com

La route du Califat :

s’étend sur environ 180 km incluant 2 nationales (N331 & N432) et des chemins de traverse permettant de passer de l’une à l’autre.

Y aller

Vu le nombre de vols à bas coût disponible sur le marché, l'idéal est de voller sur Malaga, puis de louer une voiture dès l'aéroport. C'est du moins ce que nous avons fait.  Sixt propose des petites voitures àpd 20 €/jour TTC. www.sixt.be

www.sixt.fr

Logements

- Cordoue: La Palacio del Bailio, demeure historique aux façades plateresques et tout le raffinement 5 étoiles du groupe Hospes. 

- Zuheros: Appartements ruraux Los Castillarejos avec piscine au milieu des oliviers & vue panoramique non loin de Zuheros, sur la route de Luque. Tel : +34 629 29 48 73.

www.loscastillarejos.com

- Priego de Cordoba : Casa Banos de la Villla B&B, superbe mini hôtel avec Spa. Tel : +34 957 54 72 74

www.casabanosdelavilla.com

-Alcala-la-Real: Hotel Torrepalma, Simple et central. Double ss pt déj : àpd 60 €.

Tél :+34953 58 18 00.

-Grenade: Gar-Anat, exquis boutique hôtel excellemment situé en plein centre. Placeta de los Peregrinos, 1.  Tél : +34 958 22 55 28.

www.hoteldeperegrinos.com

Restaurants

-A Cordoue, ne manquez pas la typique et excellente taverne Sociedad de Plateros, C/ Ma Auxiliadora 25. Tél: +34 957 47 03 04. (meilleur Salmorejo de la ville)