Costa Brava, cette belle méconnue

Célèbre pour sa côte en dentelles, ses baies bien abritées et Dali, son citoyen éternel, le nord de la côte catalane est en réalité largement méconnue. Plongeon sur les chemins de traverse de Gérone l’immortelle à Cadaquès la fantasque…

Texte & Photos : Camille JS / Pepite Production

Souvent visitée en vitesse les jours pluvieux où l’on fuit les plages de la Costa Brava, Gérone mérite pourtant plus…  Stratégiquement située à la confluence de 4 rivières, l’Oynar, le Ter,  Le Güell et la Galligants, Gérone repose sur l’eau qui a fait le drame et la grandeur de son histoire… Les romains y bâtirent une étape sur leur Via Augusta, l’heure de son premier âge d’or.  Au fil des siècles,  treize fois assiégée,  elle voit les envahisseurs se disputer son cœur.  Les Wisigoths, les Maures puis Charlemagne… Seul Napoléon n’a jamais pu pénétrer dans la ville et ses troupes trois fois refoulées valurent à Gérone le surnom de « trois fois immortelle ». Malgré toutes ces agressions, la communauté juive est toujours restée et c’est elle qui a bâti le véritable cœur historique de la ville ! Muré, sans que l’on ne sache vraiment pourquoi, le quartier juif n’est réellement rouvert que vers 1950.  Une chance pour les voyageurs d’aujourd’hui… Chacun des envahisseurs a profité à profusion de la pierre calcaire (joli mélange de sable et coquillages fossilisés), extraite dans les carrières proches, pour enrichir tour à tour le patrimoine architectural de la capitale du Comarque de Girones ! Une fois franchi le pont Eiffel (1876) (ou pont de Velles les Peixateries), le plus symbolique des onze ponts de la ville et le meilleur endroit pour admirer le patchwork coloré des maisons suspendues… se déploie la ville ancienne si incroyablement bien conservée que l’on y a tourné quelques scènes de la saison 6 de la série Game of Thrones. Une partie de la ville médiévale restera ainsi à jamais associé à Bravoos, la cité imaginaire de la saga mondialement célèbre ! 

Gérone vous plonge notamment dans bravvos ("Game of Thrones") © JJ Serol

Gérone vous plonge notamment dans bravvos ("Game of Thrones") © JJ Serol

Si l’objet principal de la plupart des promenades reste la découverte de la Cathédrale Sainte-Marie de Gérone, flâner dans le labyrinthe des étroites rues médiévales du quartier juif (Call Jueu) est bonheur sans fin. On passe par les bains arabes d’inspiration romaine (1194), fait une halte dans les jardins de le Francesca à l’ombre des frondaisons chamarrées, on admire ensuite la tour Charlemagne et la gargouille de la « sorcière pétrifiée ». On grimpe sur les restes de la muraille qui offrent des points de vue incroyables sur la ville. C’est un vrai petit jeu de reconnaître tous les bâtiments qui sont indiqués sur votre carte qu’en bon voyageur vous n’aurez pas manqué de chiper à l’office du tourisme. Lorsqu’enfin, on rejoint la plaça dels Apostols, gravit l’imposant escalier de la cathédrale riche de 93 marches, il est permis d’embrasser depuis les immenses terrasses l’ampleur de l’architecture mi baroque, mi-gothique du bâtiment. Découvrir l’immensité de l’intérieur de l’édifice est un véritable choc. La nef gothique et son volume hors norme impressionne ! L’espace est resté sobre mais recèle de petits trésors, comme la pierre d’autel du XIe siècle, retable en argent travaillé d’émaux et de pierres précieuses héritée du trône de Charlemagne. Et puis parmi tous les joyaux, il y a l’incroyable tapisserie de la Création (XIe et début XIIe) qui encore aujourd’hui fascine par son interprétation de la genèse. Enfin qui veut connaître Gérone fera aussi la tournée des nombreux bars, boutiques et restaurants sur et aux alentours de la Rambla.  Vous pouvez opter aussi pour l’autre rive dans la grande rue commerçante et piétonne. L’un des must est d’y déguster une glace au Rocambolesc (Carrer de Santa Clara, 5) ouvert en 2013 par Jordi Roca, un de trois frères du fameux restaurant El Celler de can Roca, 3 étoiles aux Michelin (Calle Can Sunyer, 48).

Sur les chemins de traverse

Oubliez un instant la voiture. C’est à pied que l’on peut saisir toute la majesté de la Costa Brava. C’est du moins l’idée de Daniel et Iban lorsqu’ils ont décidé de réhabiliter les sentiers historiques des carabiniers et douaniers et partager l‘amour de leur pays en invitant les randonneurs sur leur « Camino de Ronda »…  Deux principaux circuits sont proposés, répondant à tous les niveaux et tout y est d’une organisation parfaite avec un pack de bienvenue très complet : cartes, topographiques, GPS, conseils pratiques pour l’équipement, etc. Les deux compères ont vraiment à coeur de vous faire découvrir leur pays. Et passionnés ils le sont ! La faune, la flore, l’histoire, la géologie, la gastronomie, ils sont incollables sur tout ce qui concerne la région. Le premier itinéraire est un sentier linéaire de 43 km qui mène de Sant Felui de Guixols jusqu’au merveilleux village de Bégur incluant une nuitée dans un hôtel choisi dans une gamme de prix très raisonnable. Le deuxième circuit fait une boucle 8 jours / 7 nuits (140 km) au départ de Gérone. Elle vous promène à l’intérieur des terres dans le massif des Gavarres, partant du parc naturel pour aller longer la côte de Palamos à Platja d’Aro ; un vrai périple enchanteur durant lequel, une fois encore, on loge chaque nuit dans les plus beaux villages. Sur ces deux trajets, on apprécie quelques-uns des plus beaux points de vue de la côte, en particulier la crique de Tamariu ou la vue romantique de Callela de Palafrugell à la tombée de la nuit. Ces parcours sont libres, ouvert 365j/an et peuvent être adaptés à chacun.

Du côté de Palau Sator © JJ Serol

Du côté de Palau Sator © JJ Serol

Pour ceux qui veulent moins d’effort et plus de confort, il existe aujourd’hui les vélos électriques, particulièrement adaptés pour flâner dans les villages.  A Ocitania,  une petite firme éponyme en loue à la journée ou plus. C’est une façon cool de respirer l’atmosphère des villages médiévaux qui parsèment aux alentours, l’intérieur des terres. Peratallada est l’une des perles de cette région avec son église St Estève, son Château et sa Place des Voltes.  Comme le sont aussi Pals et Palau Sator. Chacun mérite une longue halte tant la richesse du patrimoine si bien conservé est importante. Idéalement choisi, l’itinéraire se fait au rythme de tronçons n’excédant jamais 30 minutes, sur des petites routes tranquilles ou des portions réservées aux deux roues. Vous traversez quelques ponts romains et flânez sur la route des vignobles dont certains ouvrent leur Bodega à la dégustation (comme l’excellent Mas Oller) sans oublier pour les gourmands, l’incontournable dégustation au Musée de la Confiture à Torrent.

Près de  lla mer, la partie grècque des ruines d'Ampurias  © JJ SEROL

Près de  lla mer, la partie grècque des ruines d'Ampurias  © JJ SEROL

Ampurias, pour les férus d’histoire

Un peu plus au nord se trouve un site archéologique majeur dont les ruines ont été mises à jour en 1908 sur la commune de l’Escala.  Lové au bord de la mer, entouré de pins parasols, le vénérable dédale de pierres invite à plonger dans une page d’histoire est aussi belle que passionnante. Fondé en 600 avant J.C. par les Grecs qui baptisent le site Emporion, il portera ensuite le nom d’Emporiae pendant sa période romaine (-45 av. J.C.-IIe siècle après J.C.). On vient de loin pour lui rendre hommage car c'est le seul de la péninsule à présenter les deux périodes cruciales de notre civilisation. Emporion était surtout « un comptoir » pour les marchands qui n’aura cessé de croître et prospérer jusqu'à sa destruction au IIIe siècle. Amputais de nos jours se compose de trois parties distinctes. Entrant par la porte sud dans Néapolis la partie grecque du site, on admire les temples dédiés à Esculape (Aslépios) -dont la statue originale est conservée à l’intérieur du musée-, à Serapienion et au énigmatique dieu égyptien Sérapis dont on suppose que la présence est due à un riche commerçant d’Alexandrie.  Après avoir traversé l’Agora, on découvre de nombreuses maisons avec des mosaïques en galets sur lesquelles on peut lire des phrases de bienvenue en grecques anciens ainsi qu’un puits d’eau potable.  Sur la colline, derrière le musée qui vaut aussi le détour, on entre dans la ville romaine récemment mise à jour. On peut donc parfaitement différencier les 2 époques. Les structures des « Domus » sont bien dessinées et on retrouve de remarquables carrelages. La magie des vieilles pierres réside grandement dans son environnement fabuleux.  Alors prenez votre temps, une bonne demi-journée n’a pas de trop pour visiter Ampurias.  Evitez les heures d’affluence et les grosses chaleurs au cœur de l’été, car ici rien ne surpasse la douceur des couchers de soleil.

'Salle Ma west' du Musée-Théâtre de Dali  © JJ Serol

'Salle Ma west' du Musée-Théâtre de Dali  © JJ Serol

Le triangle Dalinien

Les prochaines pépites de la Costa Brava se trouvent plus au nord encore, au-delà de la baie de Rosas. Figueras, Cadaquès et Pubol agissent bien sûr comme des phares pour les amateurs d’art et adorateurs du grand Salvador Dali. Mais dire par exemple que toute l’histoire de Figueres tourne autour de Dali est un peu exagéré, même si le maître y occupe une place plus qu’importante. Ville phare de la Costa Brava, c’est avec bonheur que l’on parcourt ses rues piétonnes et commerçantes. On découvre avec délices les maisons de style néo-classiques comme la Casa del Cafè Progrés ou la Casa Alegret, les arcades de le plaça de les Patates… Une visite au très riche Musée du Jouets pour ceux qui ont su garder une âme d’enfants rapproche de façon insolite de Dali puisqu’on y trouve même une impressionnante collection de photos du futur maître en couche culotte avec, oui-oui, son ours en peluche favori! Une halte sur la place de l’église San Pere et ses terrasses ombragées est ensuite obligatoire. Puis arrive le théâtre Musée Dali.

Quand à l’aube des années 60, l’artiste décide d’installer son musée au cœur des vestiges du vieux théâtre de Figueres, il justifie son choix en disant «Où, si ce n'est dans ma ville, doit s'établir ce qui dans mon œuvre, sera le plus extravagant et le plus solide ? Le Théâtre municipal... m'a paru convenir tout à fait et ceci pour trois raisons : Je suis un peintre éminemment théâtral, le théâtre se trouve juste devant l'église où j'ai été baptisé et parce que c'est dans la salle du vestibule du théâtre que s'est tenue ma première exposition de peinture.» 

Mise en scène surréaluste de "la cadillac qui prend l'eau" à ne pas manquer dans le vestibule d'entrée  © JJ Serol

Mise en scène surréaluste de "la cadillac qui prend l'eau" à ne pas manquer dans le vestibule d'entrée  © JJ Serol

Le spectacle démarre dès l’entrée par l’ancien théâtre détruit en 1939 dans un incendie et dont on a gardé que la structure portante. Cet ensemble inauguré en 1974 forme un objet artistique unique qui plonge directement le visiteur dans l’univers Dalinien. L’un des éléments les plus frappants du musée est la structure réticulaire transparente en forme de coupole géodésique qui couronne l’édifice, une réalisation de l’architecte Emilio Pérez Piñero sur une idée de Salvador Dalí. Bien plus que l’emblème du Théâtre-musée, cette coupole est devenue un véritable symbole pour la ville de Figueres. La tour Galatea (Tour Gorgot rebaptisée en l’honneur de Gala, muse et compagne de l’artiste) où il vécu et le mur d’enceinte du bâtiment d’une couleur rose/rouge parsemé de pains et surplombé d’œufs fait le bonheur des photographes. Ce sont en fait les restes de l’enceinte fortifiée de la ville. La partie la plus récente est consacrée à la vision particulière du bijou par Dali. Mais que renferme de si particulier ce musée pour qu’il soit le deuxième plus visité d’Espagne après le Prado à Madrid ? Tout ce dont l’artiste avait imaginé: « Je veux que mon musée soit comme un bloc unique, un labyrinthe, un grand objet surréaliste… » Et il l’est au point que l’on sort de cette visite comme d’un rêve, la tête remplie d’étoiles, le visage de Gala si parfaitement peint en étant la quintessence.

Pour parfaire votre plongée dans l’univers de Dali, il faut poursuivre sur Cadaques. Entouré seulement par le maquis de la réserve naturelle du Cap de Creus, c’est un havre unique en son genre. Ses rues étroites et sinueuses avec leurs maisons aux murs blancs et volets bleus rappellent un paysage grec, mais non, c’est bien la Costa Brava ! Il est magique de grimper dans ces ruelles dont on découvre à chaque détour un nouveau paysage. Vous serez vite gagné par une certaine nonchalance qui conduit invariablement à déguster un petit rafraichissement dans l’un des nombreux bars de ce port hors du temps puis à prolonger la soirée autour de poissons fraichement pêchés. Bien sûr, vous ne manquerez pas la photo à côté de la statue en bronze sur le banc préféré de Dali. 

Dali a conçu sa maison de portlligat afin de pouvoir toujours profiter de sa chère 'Costa Brava' © JJ Serol

Dali a conçu sa maison de portlligat afin de pouvoir toujours profiter de sa chère 'Costa Brava' © JJ Serol

Quant à la maison du peintre, elle se trouve un peu plus loin à Portlligat. C’est en 1930 que le maître et sa muse achètent une petite maison de pêcheurs sur les terres natales du père Dali. iIs construiront ensuite d’autres petites maisons tout autour ce qui fait de ce lieu un site remarquable et surréaliste de maison-atelier au mystère protégé au milieu d’oliviers, site qui fut source d’inspiration pour le peintre et dont on retrouve souvent le décor dans ses tableaux. La visite permet donc d’entrer un peu plus dans l’intimité du couple. Sur plusieurs niveaux, parsemée de sculptures, elle force le respect et la contemplation. Du mobilier à l’agencement des pièces, Dali, a comme à son habitude parfaitement géré l’utilisation des espaces. Les murs chaulés de blancs apportent une touche lumineuse et mettent en valeur le patrimoine préservé. On prendra un plaisir certain à la lecture d’un livre sur une des chaises créées par le maître idéalement positionnées pour profiter d’un paysage de rêve où se détache le bleu azur de la Méditerranée. Les plus fanatiques finiront leur triangle dalinien en visitant le château « Gala-Dali » à Pubol, le dernier atelier de Dali entre 1982 et 1984 et le mausolée de sa muse.

A la mort de Gala en 1981, Dali quitta pour toujours ces lieux dont chaque recoin lui remémore l’amour de sa vie…

Leda Atomica - 1949 (huile sur toile 61,1 x 45,3) Fondation Gala-Salvator-Dali (Figueras)  © JJ Serol

Leda Atomica - 1949 (huile sur toile 61,1 x 45,3) Fondation Gala-Salvator-Dali (Figueras)  © JJ Serol

 

La Costa Brava en Pratique

Infos

www.spain.info

www.girona.cat

http://fr.costabrava.org 

Y aller

En avion via Gérone,  AR VUELING (sympathique compagnie lowcost espagnole) àpd 50€ ou moins !

Y loger

-Hôtel Ciutat, 2 Carrer Nord, Gérone. Moderne, luxueux et très central. Ch. Double àpd de 100 € hors pt. déj. (+34) 972 48 30 38 http://www.hotelciutatdegirona.com/fr/

-Hôtel Tamariu & restaurant Clot dels Mussols, 2 Paseo del Mar, Tamariu. Superbe, avec vue sur mer. Ch. Double àpd de 96€ hors pt. déj. (+34) 972 620 031. http://www.tamariu.com/fr 

-Hôtel Duran, 5 Calle Lasuaca, Figueras. Très beau 3*. Frais et moderne. Ch. Double àpd de 56€ hors pt. déj. (+34) 972 501 250. www.hotelduran.com/fr

-Hostal Spa Empuries, platja del Portixol, s/n,  L’Escala. Chic & design. Ch. Double àpd de 117 € hors pt. déj. (+34) 972 770 207. http://www.hostalempuries.com/ 

Bonnes tables

- NU, 4 Abeuradors, Gérone http://www.nurestaurant.cat  

- Antic Casino, 32 Carrer Enginyer Algarra, Pals

anticcasinorestaurant.com 

- Can Nau, Plaça dels Esquiladors, Peratallada (+34) 972 634 035

- Granada Vins, 1Carrer Muralla, Figueres. (vins & tapas, cuisine typique) http://www.granadavins.com/fr/ 

A faire

« Camino de Ronda » randonnée linéaire (43€) - circulaire (115 à 168€)

http://www.camideronda.com/ 

Tour vélo Electrique, divers itinéraires de 1 à 7h (de 25 à 52€/pers)

http://ocitania.cat/ca/per-a-parelles 

Ruines gréco-romaine d’Ampurias (à réserver) : Carrer Puig i Cadafalch, L’Escala 

www.mac.cat/Seus/Empuries

Triangle dalinien (Figueras / Cadaques & Puyol) : (à réserver)  http://www.salvador-dali.org