La Palma & Lanzarote : Randonnées au fil des volcans

Deux îles des Canaries méconnues et préservées révèlent aux randonneurs l’émouvante palette de leurs paysages volcaniques. 

Texte & Photos : Sophie Dauwe & JJ Serol / Pepite Photography

Au large des côtes africaines, La Palma à l’ouest et Lanzarote à l’est sont les plus excentrées de l’archipel canarien. Comme leurs sœurs, elles ont surgi du fond de l’océan par la grâce d’incessantes éruptions volcaniques. Elles se sont épanouies, chacune à leur façon, sous la lumière cristalline d’un printemps éternel. Âgées à peine de un à vingt millions d’années, elles figurent parmi les cadettes sur l’échelle géologique. Au cours des cinq derniers siècles, quatre des sept principales îles ont d’ailleurs activement courtisé leur volcan et enfanté, par des coulées de laves, de nouvelles parcelles de territoires. Pourtant La Palma et Lanzarote ne pourraient être plus dissemblables. Leur seul vrai point commun est d'avoir été jusqu’ici épargnées du tourisme de masse, n'exposant les flancs de leurs majestueux volcans qu'à la curiosité des randonneurs et les beautés fragiles de leur écosystème au cœur poète de tous les voyageurs. Elles ont respectivement été déclarées « réserves de la Biosphère » par l’UNESCO en 1983 et 1993.

Le pelage vert des volcans © JJ Serol

Le pelage vert des volcans © JJ Serol

Le vert pelage des cratères

La première —à ne pas confondre avec Palma de Majorque (Baléares) ni avec Las Palmas, capitale de Grande Canarie— est aussi baptisée « isla bonita » (l’île jolie) car c’est la plus verte de l’archipel. La Caldera de Taburiente, l’un des plus grands cratères du monde (8 Km de diamètre et 1500 m de profondeur) occupe le centre de l’île. Ses parois en érosion, hérissés d’impressionnants pics et barrancos (canyons) accrochent les nuages et la pluie. Les torrents y vagabondent entre des fougères géantes et des pins énormes. Des plateaux lunaires s’étendent insolites au sommet, accueillant même un observatoire d’astronomie internationale. Tandis que, très fertiles, le bas des pentes et les rives accueillent de nombreuses bananeraies. Par endroits, des falaises plongent dans l’océan ou abritent des piscines naturelles. 85.000 habitants vivent ici dont près de la moitié sont originaires de Cuba ou du Venezuela. Les maisons colorées des villages de La Palma reflètent leur exubérance latino et Santa Cruz, la capitale, porte l’empreinte élégante des colons espagnols. Face au port et au cœur de la ville, de superbes édifices Renaissance et des palaces aux bacons de bois épatent les visiteurs et leur racontent son long passé.

Non loin de Santa Cruz de la Palma, un nouvel aéroport assure  des liaisons régulières avec Madrid et les principales autres îles. À peine sorti de l’avion, on devine au loin le brouhaha d’une bourgade ou le murmure du ressac. Étrange, car seules quelques improbables plages de sable noir s’offrent à la baignade, comme des récompenses. La Palma est avant tout connu comme le paradis des randonneurs. Deux sentiers de GR comblent les plus ambitieux. Le 130 — ou Camino Real— de 180 Km fait le tour de l’île et le 131 de 83 Km suit les crêtes des volcans. Une foule d’itinéraires plus courts, conçus pour des balades d’un jour les complètent, proposant au total 850 Km de sentiers de promenade sillonnant toute l’île. Des cartes IGN, des gîtes, de refuges, des hôtels et campings permettent de s’organiser assez facilement et de faire étapes où l’on veut. Du vaste et très protégé Parc National de la Caldera de Taburiente aux gorges et forêts sub-tropicales du Bosque de Los Tilos en passant les jeunes volcans Teneguia et San Antonio, près du village de Fuencaliente, les paysages varient à l’infini. L’univers minéral, volcanique et plutonique, hypnotise et rassure de ses tons chauds.

Lanzarote sculptée par un artiste

Cesar Manrique Foundation, Taro de Tahiche © JJ Serol

Cesar Manrique Foundation, Taro de Tahiche © JJ Serol

À l’opposé de La Palma, l’île aux 300 volcans voit rarement la pluie et ne possède pas d’eau potable. Les dernières grandes irruptions de 1730-36 semblent être venue à bout de sa fertilité, et sur ce bout de terre brûlée que les conejeros, habitants de l’île (litt : ceux qui vendaient des lapins et leurs peaux) appellent malpais (le pays mauvais), il a fallu bien du courage et de la ténacité pour survivre. Longtemps ils n’eurent pour se nourrir que quelques chèvres et du gofio, farine grillée de blé et de mais. À vrai dire, cette île au décor lunaire a réussi à se rendre étrangement hospitalière. Cent trente cinq mille habitants et plus de 70.000 touristes se délectent chaque année avec un engouement renouvelé des excellents vins et des superbes plages de sable blanc, doré ou noir jais qui font sa renommée. Les vents et grands espaces se prêtent aux sports les plus divers (surf, équitation, cyclisme…). Lanzarote accueille d’ailleurs l’un des plus durs et des plus célèbres triathlons Ironman de la planète. Mais ce qui frappe avant tout sur cette mer de lave, c’est l’uniformité de l’architecture ou plus précisément, la préservation exceptionnelle de son identité. Toutes les constructions ruissellent de blancheur et sont coiffées d’étranges cheminées coiffées comme des vizirs.

Sur le bord des routes, on ne voit pas de panneaux publicitaires et même à Arrecife, la capitale, aucune maison ne dépasse les deux étages, ni aucun hôtel les six. Une particularité que l’on doit à la volonté d’un artiste, César Manrique (1919-1992), décidé à faire de sa terre natale une œuvre d’art. Peintre pionnier de l’art abstrait espagnol et précurseur du surréalisme, il connaît la notoriété dans les années 60 et expose longuement à New York. Puis soudain, il retourne à Lanzarote à la fin des années 60 et marque irrémédiablement « son île » de sa vision. Il s’exprimera en sculpteur, créant notamment au centre de l’île, le Monument de la Fécondité —avec des réservoirs d'eau récupérés sur des bateaux de pêche abandonnés— à la gloire des paysans. Puis en architecte, réalisant le Mirador del Rio (belvédère), le Jameos del Agua (une salle de concert dans une caverne de lave), le restaurant El Diablo dans le Parc National de Timanfaya au milieu de volcans actifs (avec un grill installé au-dessus d'un orifice volcanique)… Sans oublier le Taro de Tahíche, une de ses maisons qu’il a bâti sur cinq bulles de laves. Elle abrite aujourd’hui une fondation à son nom présentant ses œuvres et celles d’artistes « amis » tels que Picasso, Miró, Tapiés, Soto et Zobel.


La Palma : attention dénivelé !

Sur le Volcan Teneguía, Fuencaliente, La Palma© JJ Serol

Sur le Volcan Teneguía, Fuencaliente, La Palma© JJ Serol

Baptisée ainsi par les colons espagnols pour les grands palmiers indigènes qui couvraient l’île ; La Palma n’en possède plus que quelques-uns ornant des ronds-points en souvenir d’une époque révolue. Cependant, étendue sur à peine 729 km2, La Palma collectionnent tout au long de sa chaîne volcanique des sommets dépassant les 2000 m (point culminant à 2426 m au Roque de Los Muchachos). Du coup, cette île —championne des dénivelés fulgurants (1000 m et plus)— affiche des contrastes étonnants de climat et de végétation. On dénombre ainsi 744 espèces végétales dont 104 indigènes aux Canaries, 70 uniques à La Palma et 45 typiques de Macaronésie (Canaries, Açores, Madère, îles Selvagens et Cap vert). Au nord de l'île par exemple, le Parc naturel de las Nieves (au bois de Los Tilos) abrite un vaste et enchanteur site de Laurisilva (ensemble d’espèces de tilleuls, lauriers, bruyères, houx, lichens...).


L’enivrant breuvage des volcans

© JJ Serol

© JJ Serol

Comme la nature est bien faite et les hommes ingénieux ! Sur les terres ingrates de Lanzarote, le lapilli a révélé ses mystères aux agriculteurs acharnés. Ces fragments de laves éjectés des volcans qui ensevelissent des terres souvent arables sont poreux et retiennent efficacement la rosée du matin. En creusant une alvéole et en la protégeant des vents par un socos, petit muret de pierre en demi-lune, les hommes ont réussi depuis deux siècles à cultiver des pommes de terre, des oignons et surtout, de la vigne. Les cépages de Malvoisie (20%) et de Listan noir (80%), adaptés au sol et conditions climatiques ainsi que le savoir-faire de talentueux viticulteurs donnent aujourd’hui d’étonnants vins blancs et rouges. Rosa, une riche famille de promoteurs canariens a investi 18 millions d’euros pour installer les caves de Bodega Stratus qui vinifie depuis un an avec les outils les plus modernes du marché et le conseil de fins connaisseurs. 


LA PALMA & LANZAROTE PRATIQUE

Rando à flanc de volcans dans les Canaries © JJ Serol

Rando à flanc de volcans dans les Canaries © JJ Serol

Comment y aller ? Vols AR (Iberia : vols directs au départ de Bruxelles sur Lanzarote seulement) Au départ de Paris, presque tous les vols transitent à Madrid, mais ils sont moins chers et il y a plus de choix: Air France, Alitalia Easyjet, Iberia.… Cherchez surtout avec Vueling et Ryanair (au départ de Beauvais) & JetAirfly vole 2x/sem au départ de Bruxelles sur La Palma, sinon au dépat de Paris cherchez plutôt sur Binter Canarias, idéal pour vols inter îles :  (comptez au moins une escale)

www.iberia.com

www.bintercanarias.com

www.jetairfly.com

Infos : Office Espagnol du Tourisme:

à Bruxelles (1000): 97 avenue Louise, 5e étage. Tel : 02 280 13 27.

A Paris (75002) : 22 Rue Saint Augustin. Tél.: 01 45 03 82 50

 www.tourspain.be & www.spain.info 

Info sur La Palma : la-palma.costasur.com 

Info sur Lanzarote : www.islanzarote.com 

Décalage horaire ? GMT 0 (été +1h / hiver comme nous), 

Saison idéale ? Toute l’année : les Canaries jouissent d’une température moyenne de 18° à 24°C. Sommet ne dépassant pas les 30°C en été. Dès que l’on quitte les bords de mer, il peut faire très frais en montagne. Randonneurs prévoir vos polaires.

Où loger ? 

-Gran Melia Salinas, Avda Islas Canarias, Teguise, Lanzarote. Luxueux resort en bord de mer partiellement conçu et décoré par César Manrique. +34 928 590040 www.solmelia.com  

-La Palma/Teneguia Princess Hotel & Spa**** Carretera de la Costa, Cerca Vieja10, à Fuencaliente, La Palma. +34 922 42 55 00. - www.princess-hotels.com (ce groupe possède aussi un superbe resort sur Lanzarote)

-Hotel La Palma Romántica*** - Las llanadas S/N, 38726 Barlovento, Tel +34 922 18 62 21  (une vraie adresse de charme dans un cadre enchanteur) - www.hotellapalmaromantica.com 

-Aparthotel Las Olas, plage de Los Cancajos (station balnéaire à côté de Santa Cruz). Tel : +34 922 434 052. www.a-caledonia.com 

Bonnes tables 

-Cejas, plaza San Francisco 5, Teguise, Lanzarote. Tél : +34 928 845 101

-Château Saint Joseph (Castillo San José), Puerto Naos, s/n, Arrecife, Lanzarote. Tél: +34 928 81 23 21 

-Restaurant de l’Hôtel La Palma Romantica à Barlovento (voir ci-dessus).