Guissény, l'Eden des randonnées poétiques (Finistère)

Au pays des Abers et du Léon, une côte sauvage s’étale, sculptée par la mer et le vent, avec d’immenses plages de sable blanc et des terres pétries de légendes. Un univers poétique concentrant probablement ce que la Bretagne a de meilleur à offrir…

Eglise de Goulven © JJ Serol

Eglise de Goulven © JJ Serol

À peine arrivé, déjà engagé sur le sentier de douaniers… Or rien ne prépare à l’émotion face au spectacle qu’offre l’alternance de plages longues ou intimes, d’anses et récifs hérissés de roches sculpturales. Guissény, lovée au fond de sa baie, dans le Nord du Finistère, se dévoile comme en rêve. Avec du sable blanc immaculé, des lumières célestes et une nature éblouissante. Comme si le moindre coquillage, la moindre vague, lichen, fleur, algue, rocher, bateau, goéland s’érigeait en oeuvre d’art. Bienvenue sur la Côte des Légendes!  À l’origine vivaient ici, dans l’ancien village de Ménéham, des paysans pêcheurs et des géomoniers, récoltant d’algues marines (le goémon) fertilisant les jardins potagers. Enlacée d’un chaos granitique, seule reste l’ancienne maison de guêt rebâtie sous Vauban avec un toit de pierre se fondant à l’univers minéral. À la relève des gardes désormais, aucun ne repart avec un bout de charpente pour alimenter son feu… Au coin duquel, on raconte encore que les habitants d’autrefois accrochaient les jours de tempête, des lanternes sur les cornes des vaches pour attirer les navires. Qu'ils illuminaient églises et chapelles en haut des falaises pour y perdre les vaisseaux sur les récifs… On parle aussi de l'étrange ferveur du peuple, priant pour qu'il y ait des naufrages. Une légende peut-être qui s’entremêle aux histoires, bien avérées, de pilleurs d’épave. Quant à Guissény, son église Saint-Sezni célèbre toujours son moine irlandais débarqué dans la baie au 5e siècle où il vécu 127 ans ! Le tour de l’édifice religieux est cerclé d’anciennes croix celtes érodées par les pluies…

Les plages de sable blanc de Guissény © JJ Serol

Les plages de sable blanc de Guissény © JJ Serol

Randonnées sans fin

Guissény est un village en bord de mer mais aussi une ancienne commune dont les terres enchâssées à celles de Kerlouan sont ponctuées de croix, de calvaires et d’églises. Leurs clochers, dentelle de granit dressé comme des cierges, semblent allumés de l’or des lichens… Les campagnes, du plus loin qu’on s’en souvienne, ont toujours été propices à la culture des artichauts, des choux-fleurs, des tomates et des oignons. Alors les sentiers entre les champs sont rehaussés d’une subtile palette de senteurs et de couleurs. Des randonnées de toute longueur et de toute difficulté sillonnent en boucles ces paysages hypnotiques. L’un d’elles fait le tour des Marais du Curnic (zone Natura 2000 de 110 ha jalousement protégés) où s’ébattent, entre dunes et étangs saumâtres, orchidées, libellules et papillons... Mais à pied ou en vélo, explorez plus à l’Ouest ; l’Aber Wrac’h et l’Aber Benoît. Le premier offre le spectacle somptueux d’un fjord nordique. On y aperçoit les bateaux avec leur grue pour ramasser les algues et dormant sur les rives, d’étranges blocs de fers et de varechs. Un endroit insolite auquel on accède, passé Plougerneau, non sans avoir longé la côte et s’être recueilli devant le balai immortel des marées dans le petit port de Korejou. La chapelle Saint-Michel et la « grève blanche » se dressent ensuite jusqu’à l’anse de Lilia d’où l’on admire le phare de l’île vierge. Bâti entre 1896 et 1902, c’est le plus haut jamais construit en pierre de taille (82,5 m). Et l’un des quatre derniers phares français toujours gardienné. On l’approche et en visite l’intérieur grâce aux vedettes des Abers, à Lilia (www.vedettes-des-abers.com). Puis, poursuivant en direction de Lannilis, après s’être signé devant la mystérieuse chapelle de Traon, il reste à choisir votre balade : « entre les Abers » jusqu’au sémaphore si l’on est plutôt oiseaux et grands espaces sauvages ou « sur la rive gauche de l’Aber Benoît » si l’on est plutôt vestiges celtiques. Car là-bas, passé le village de pêcheurs de Tréglonou, non loin de la chapelle de Loc Majan se dresse sur les crêtes qui dominent la crique, le dernier des cinq menhirs de Lannoulouarn qu’un jour de mars 1887, un tailleur de pierre à la recherche d’un trésor est venu raser…

La cathédrale de Saint-Pol Aurélien à St-Pol-de Léon © JJ Serol

La cathédrale de Saint-Pol Aurélien à St-Pol-de Léon © JJ Serol

«Aber » est un mot celte désignant l’estuaire de vallées fluviales envahies par la mer. Les deux plus impressionnants se trouvent sur la Côte des Légendes.»

Du côté de Roscoff

Sur la pointe Ouest de la baie de Morlaix, 40 km à l’Est de Guissény, Roscoff est une charmante petite « cité de caractère », célèbre pour son centre de thalassothérapie et ses ferries en partance pour l’Angleterre. L’été, très touristique, elle n’en reste pas moins séduisante avec son vieux port et la pointe de Bloscon qui s’étire à sa droite. Tout au bout, sur une butte, la chapelle Sainte-Barbe datant de 1619 attire les regards. Alors qu'au loin, Roscoff fait face à la petite île de Batz, en son centre, on admire l'église Notre-Dame de Croaz Batz bâtie au XVIe siècle à l’initiative des marchands et armateurs. Elle donne le tournis avec son clocher Renaissance flanqué de lanternons, ses gargouilles rugueuses et ses ex-voto illustrant la marine.

Hélène Guivarch, Sabotière à Saint-Pol © SD

Hélène Guivarch, Sabotière à Saint-Pol © SD

À quelques kilomètres de là, on arpente les ruelles calmes de Saint-Pol-de-Léon. C’est un bourg lourdement chargé d’histoire. Son église cathédrale du XIIIe siècle ainsi que la chapelle Notre-Dame du Kreisker avec son clocher de granit haut de 78m (le plus haut de Bretagne) n’en sont que les plus imposants témoins. N’en partez pas surtout sans faire un saut chez Hélène Guivarch, 1 rue Cadiou. Comme les meilleurs d’artisans du siècle passé, elle fabrique encore sabots et sandales bretonnes. Son joyeux babillage est d’or… (Surtout prévenez-nous si elle venait à nous quitter)

En fin de compte, voilà une escapade d’un jour, idéale pour les cyclistes par la D10 qui fonce sur Goulven et la très belle église de St Pierre et Paul de Cléder, revennant par la côte avec une « escale » au petit port de pêche de Moguierec, l’un des «km 0» sur la route de Saint-Jacques…

L’or vert du Finistère

© JJ Serol

© JJ Serol

Au cœur du Léon, le Pays des Abers est aussi celle des «Pagans». Ce mot d’origine latine désigne les paysans des côtes du Finistère (hermétiques aux efforts d’évangélisation). Si au Moyen-Âge, ils usaient de leur «droit de naufrage», les pagans vivent surtout de l’agriculture maraîchère, elle-même étroitement liée à l’activité goémonière. Des algues de quelque 600 espèces prolifèrent le long des côtes bretonnes (laminaires, fucus, pioka, dulce..) s’avérant chaque jour plus précieuses car prisées par nombreux secteurs industriels. On récolte ainsi le goémon de rive (noir) à pied à marée basse, le goémon épave rejeté sur la grève en hiver après les tempêtes et surtout, le goémon de fond à l’aide d’un bateau équipé pour arracher les laminaires ; le goémonier qui travaille de mai à octobre. Broyées en pâte, les unes servent d’engrais agricoles, tandis que les autres se retrouvent comme additifs (E401 à 407) et gélifiants dans de nombreux produits alimentaires, textiles et cosmétiques. En Bretagne en 1945, on comptait 3000 goémoniers dont plus de 400 autour de Plouguerneau. Plus professionnels et efficaces que jamais, il n'en reste qu’une cinquantaine qui récoltent à eux seuls 70.000 tonnes d’algues.

Le Kig Ha Farz n’est pas une farce !

Plat traditionnel du Léon à base de lard, de bœuf et de légumes de la région, il est cuit dans de grands chaudrons et servi avec des fars blancs et des fars noirs ! Des galettes —enfin plutôt de la pâte, respectivement de farine de froment et de blé noir (sarrasin), cuites dans des sacs de toile plongés dans le bouillon de cuisson. Il n’existe pas de recette écrite mais autant de Kig Ha Farz que de mémés léonardes. On le déclare réussi si à la fin du repas, l‘aïeule de la maisonnée décédée il y a une quarantaine d'années, entre par la porte de la cuisine en demandant : «Diskenn a ra ?» (ça descend ?). Si ce n'est pas le cas, c'est que sa recette n’a pas été scrupuleusement respectée !

PRATIQUE

Info :

www.tourisme-lesneven-cotedeslegendes.fr

(on y achète toutes les cartes de randonnées actualisées…)

www.aberslegendes-vacances.fr

www.finisteretourisme.com

Logements :

Guissény possède une aire de camping (le municipal de Curnic) mais il devrait bientôt être remplacé par "le camping de Vougot" (frontière Plouguerneau & Guissény), L’Auberge de Keralloret, un mignon petit hôtel**, et surtout plein de villas & gîtes ruraux à louer : voir détail sur site de guisseny-tourisme. Quelques chambres d’hôtes aussi dont le Moulin du Couffon, au pied du GR34 sur la commune de Guissény, un ancien moulin à marée réhabilité en maison d'hôtes... La classe !

Bonnes tables :

-Restaurant Prat Ar Coum, entreprise familiale ostréicole depuis 1898, et aujourd’hui sous la direction d’Yvon Madec, est le meilleur endroit de la région pour déguster huîtres et fruits de mer. Sur la route qui croise l’Aber Benoît près de Tréglonou, Lannilis. Tél +33 2 98 04 00 12.

www.prat-ar-coum.fr

-Auberge Meneham, au cœur d'un site emblématique et entourée d'artisans, cette table propose une belle carte variée et travaille admirablement les produits frais. Située le long du GR34. 29890 Kerlouan. Tél. +33 2 98 83 90 26. http://www.aubergedemeneham.com/

- La Butte (hôtel-Restaurant), une table pour les gastronomes distingués (2 toques au Gault & Millau). 10 rue de la Mer à Plouider (Lesneven). Tél. +33 2 98 25 40 54.

www.labutte.fr

- Crêperie (gourmande) Saint-Goulven pour les connaisseurs, avec les meilleurs produits de la région et dans un cadre adorable. Le Bourg, à Goulven. Tél : +33 2 98 83 55 76.

www.saint-goulven.com

-Histoire de crêpes (tout un programme, non ? L'été, il y a des concerts en terrasse et le patron est médaille d'argent des maîtres crépiers ! Si, si, ca existe !) à Landéda.

www.histoires-de-crepes.com

-La crêperie de Kergoff : plus élaboré et vraiment top (mentionné au Michelin). A noter qu tous les vendredis midis, le chef prépare un Kig Ha Farz... Délicieux ! 1 Route de Kergoff, 29260 Kernouës (sur la route de Lesneven) +33 2 98 21 08 89