Patrice Pellerin : L’Epervier, corsaire au charme fou

Pour lever un coin du voile de la passionnante histoire de Guyane au 18e... 

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Patrice Pellerin est féru d’histoire et Breton de surcroit ce qui le prédestine à imaginer des scénarios où marins et bateaux règnent en maîtres. La bande dessinée, c’est un peu par accident qu’il y est venu. Son désir était plutôt la peinture classique, devenir un artiste peintre... C’est donc à la suite d'une incroyable suite de coïncidences et rencontres dont celle avec le célèbre illustrateur Pierre Joubert que s'ouvrent à Pellerin les portes des maisons d’éditions.

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Pour faire court, disons que tout commence réellement après la mort de Jijé. Scénariste de renom, Jean-Michel Charlier se trouve soudain en panne de dessinateur pour sa série Barbe Rouge (déjà des corsaires). Jusqu'au jour où son ami Giraud (Blueberry) lui présente Patrice Pellerin... L’idée était de trouver un digne repreneur pour l’album de Jijé, parti ayant entamé un nouveau récit, laissant 7 planches orphelines. Le style infiniment plus réaliste de Pellerin ne convenait pourtant pas à sa continuité et Charlier repart sur de nouvelles bases, créant une histoire nouvelle. Au final, ce sont 2 tomes de Barbe Rouge qui seront dessinés par Pellerin. Lorsque vient pour ce dernier le moment de voler de ses propres ailes, naît la série L’Epervier dont le premier tome paraît en 1994 chez Dupuis. Ecrite à la manière des grands feuilletonistes, cette saga nous narre les déboires du chevalier Yann de Kermeur, alias l’Epervier. Aventures rocambolesques, amours, injustices, amitiés , bateaux, marins, Amérindiens, jésuites et grands voyages sont les ingrédients bien dosés des aventures de l'ex-pirate devenu corsaire du Roi. L'Epervier, il faut le dire, est un must de la BD classique à la documentation imparable, son lectorat ne faisant qu’augmenter au fil des albums. Ce qui nous interpelle ici, c’est la passion de l'auteur pour la Guyane où il fait de nombreux séjours. Il dessinera d’ailleurs 'Une habitation en Guyane au XVIII siècle' sur un scénario de Yannick Le Roux, une commande du ministère de la culture. L’Epervier quand à lui se retrouve à Cayenne pour sillonner toute le Guyane dans le tome 5 « Le trésor du Mahury », seul épisode vraiment qui se déroule presque exclusivement sur terre. Dès la page 2, on trouve un des très rares plans de Cayenne à cette époque. Sur les pas du héros, nous trouverons une très belle illustration du Palais des Jésuites (page 14) et du Fort Saint Louis (page 9) sans oublier le littoral, la végétation omniprésente et les habitations typiques , l’importance historique des frères Jésuites et du site de Loyola où près de 400 esclaves cultivaient cacao, canne à sucre ou coton. D’une précision exemplaire dans son trait de dessin et dans sa documentation toujours aidé par Yannick Le Roux, ce « Trésor du Mahury » est un vrai joyau, à lire absolument pour tout ceux qui voudrait approfondir le singulier destin de cette magnifique «région de France », aux portes de l'Amazonie sur le continent sud-américain.

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A noter les 6 premiers tomes chez Dupuis dans la collection Repérages et la suite aux Editions Soleil/Quadrants.

Une intégrale du premier cycle est parue chez Dupuis si elle permet une lecture plus dense, elle supprime malheureusement quelques pages d’entrée de tome importantes. 

A parcourir également sur le Web, une belle analyse (PDF) de l'histoire de la Guyane au 18e siècle à travers la BD l'Epervier par les professeurs Maud Croc et Nicole Launey :

webtice.ac-guyane.fr