Expo 'Gotlib' au Musée juif de Bruxelles : Rebondir avec humour...

« J’avais huit ans, et je ne savais pas que j’étais juif moi-même. A l’école, les copains ne parlaient que de ces pourris de youpins, répétant probablement ce qu’ils entendaient de leurs parents. Comme je ne savais pas trop qui étaient ces salauds, j’avais tendance à opiner du bonnet, pour ne pas avoir l’air con. Un beau jour, quand ma mère m’a cousu l’étoile jaune, l’étoile de shérifs comme disait Gainsbourg, j’ai réalisé que je faisais partie des salauds de pourris de youpins en question. Pour employer un euphémisme... ça m’a fait un choc. »
— ⃰Marcel MordechaÏ Gottlieb
© Jean-Jacques Serol

Le musée Juif de Bruxelles était bien décidé de sortir du traumatisme que lui a infligé un acte terroriste démentiel. Quelle meilleure idée pour cela que de choisir l’humour, et de plus faire découvrir celui de ce grand monsieur du 9e Art qu’est Marcel Gotlib.

Texte & Photos : © Jean-Jacques Serol / Pepite Photgraphy

© Jean-Jacques Serol

Véritable rétrospective de sa carrière, cette exposition,  qui est en fait celle montrée à Paris cette année, réussie pleinement le but recherché. On sourit, on rit, on s’esclaffe on apprend. 

En 1962, avec les personnages Nanar Jujube et Piette parue dans le journal Vaillant, Gotlib signe de grands  débuts dans l'univers de la bande dessinée. Il rejoint ensuite l’équipe de Pilote, puis en 1965, il  crée les Dingodossiers en collaboration avec René Goscinny, suivi en 1967 de La Rubrique-à-bracCe sont sans aucun doute les « must » de l’œuvre de Gotlib et c’est avec un réel bonheur que l’on en admire les planches originales judicieusement exposées.

Les Dingodossiers inspirés par le MAD revue américaine fondée par Harvey Kurtzman et dont Gotlib est fan ont un peu de mal à s’imposer auprès d’un public profane tant le ton est novateur, l’humour y est pratiquement anglo-saxon, mais les lecteurs potentiels sont là et ils interviennent  pour guider les deux compères à faire de cette chronique disjonctée un chef-d’oeuvre 

Au début, il y avait d’un côté le comique, de l’autre le réalisme. Dans MAD, j’ai trouvé un mélange des deux pour lequel j’ai trouvé le néologisme Je n’avais jamais vu ce mélange de ma vie. Ça m’a complètement emballé. J’ai toujours été extrêmement sensible à la parodie : je ne l’ai pas apprise grâce à MAD, j’avais déjà ça en moi. La parodie me fait rire même quand je n’en connais pas la référence.
— Marcel Gotlib
© Jean-Jacques Serol

 La rubrique- à-brac est une collection de récits divers, relecture très inspirée des contes de fées, études singulières du monde animal, enquêtes policières du commissaire Bougret et de son acolyte Charolles. Mention particulière à la déclinaison de la loi de la gravité de Newton. C’est aussi la mise en valeur du petit personnage de la coccinelle qui s’invite dans les planches afin de donner son avis sur tout.

Les années 70 verront la naissance de L’Echo des Savanes  qu’il crée avec Claire Bretécher et Mandryka ce trimestrielle se révélera une véritable baffe dans le monde de l’édition. Tout y est permis sans aucune limite cela va d’ailleurs choquer plus d’un dont son ami Goscinny qui ira même jusqu'à en couper les ponts.

Deux autres personnages importants de son œuvre, Gai Luron et plus tard Superdupont. Gai Luron très inspiré de Droopy amusera des milliers d’adolescents, la série se nommera d’ailleurs Gai Luron ou la joie de vivre ! 

© Jean-Jacques Serol

Superdupont ou comment Gotlib gère les travers de la France . Une lecture à deux niveaux ou rien ni personne  n’est épargné (Fluide Galcial). Superdupont sera adapté au théâtre par Jérome Savary.

Le fil conducteur dans presque toute son œuvre est sa façon de s’auto dessiner.

© Jean-Jacques Serol

Un maitre !
Et puis tant d’autres choses dans cette merveilleuse expo il faut absolument s’attarder sur les plans cinématographiques... La très belle planche western spaghetti... Un petit jeu aussi consiste à retrouver les personnages caricaturés avec génie par Gotlib, le plus facile étant sans doute son ami Georges Brassens. Ses débuts de graphistes ne sont pas oubliés, le petit film projeté dans la dernière salle et émouvant et nous en apprend beaucoup cette figure marquante de la bande dessinée.

NB : Quand je vous dis que c’est une rétrospective !  Gotlib reçoit entre autres récompenses, " le grand prix de la bande dessinée Festival D’Angoulème" en 1991.

A VOIR au musée Juif de Bruxelles, 21 rue des Minimes, 1000 BXl

Sur le site www.new.mjb.org vous prendrez note de diverses manifestations importantes autour de cette exposition.

Petit mémento gotlibien pour le néophytes

-Les Dingodossiers , La Rubrique à brac , Cinémastock  chez Dargaud

-Gai Luron  et Superdupond chez Fluide Glacial

-La belle intégrale Nanar, Jujube et Piette chez  Glénat

L'humour selon Gotlib

Le Musée juif de Belgique et la galerie the Skull s'associent pour célébrer "l'humour selon Gotlib" le mercredi 25 février 2015 de 14h30 à 18h.

Festival de Dédicaces par 12 dessinateurs: Arthur de Pins, Benoit Feroumont, Philipe Forester, Marc Hardy, Malik, Stuf, Bernard Swysen, Remy Torregosa, François Waltery, Marc Wasterlan, Muriel Blondeau et Daniel Kox.

 

Le prix d’entrée sera de 5 au lieu de 8 € ce jour-là, vous permettant d’accéder à l’exposition thématique « Les Mondes de Gotlib » et aux dessinateurs. Un stand de vente de BD sera prévu avec tickets pour les dédicaces.

Pour des mesures de sécurité, les sacs à dos devront rester à l’accueil.