Transperceneige, apocalyptique jusqu’au bout !

C’est l’histoire d’un futur où les rescapés de l’humanité sont entassés selon leurs classes sociales dans un train fou qui déchire le silence d’un univers blanc, froid et glacé… Le premier tome de cette bouleversante série fut publié en épisode dans A suivre entre 1982 et 1983 pour sortir en album un an plus tard. Mais il faudra plus de trente plus de 30 ans pour la réalisation de 4 albums : cela en valait–il la peine ?

Jean-Marc Rochette au dessin et Jacques Lob au scénario avaient d’emblée réussi un chef-d’œuvre de la BD SF ou plutôt ce genre aujourd’hui très tendance que l’on nommeCLI FI (Climatique Fiction). Décrire un univers post apocalyptique, d’autres l’avaient déjà fait. Un monde désert, des bâtiments en ruine, une civilisation balayée...  Et puis quoi? Suffisait-il d’y ajouter un train plus dément qu’une prison de haute sécurité pour créer un huit clos original?! D’y ajouter une infernale succession de portes qui vont permettre au héros Proloff de remonter ce train aux mille et un wagons?

Au fil des pages, on assistait impuissant, à la reconstitution parfaite d’une société dont les survivants de la cataclysme mondial sont parqués, saucissonnés, exploités selon une écœurante hiérarchie inégalitaire. L’injustice résonne dans notre inconscient collectif… Enfin, il y a ce rythme lancinant d’un train lancé à folle allure condamné à ne jamais s’arrêter.

Réussir à rendre ce récit haletant… de façon simple et efficace !  Un pari réussi par le scénariste Lob si bien assisté à l’époque par le talent du tout jeune Jean-Marc Rochette qui a remplacé au pied levé le génial Alexis décédé pendant la réalisation des premières planches. La force du trait optimalisé par le noir et blanc, les ombres bien placées, les visages expressifs, tout y est. La remontée de Proloff jusqu'à la locomotive prend le lecteur à la gorge. Lentement mais sûrement, cet tome 1 connaît un tel succès qu’il devient ce qu’on nomme un « album culte » ! En 2013, surprise ! Snowpierce, l’adaptation cinématographique par le réalisateur sud-coréen Joon Ho Bong fait le buzz avec près de 4 millions d’entrées en Corée et sept cent mille en France. Le film relancera d’ailleurs la série puisque sortiront dans la foulée les tomes 2 et 3, si peu reluisants qu’il vaut mieux les passer sous silence. Leur plus grand mérite sera sans doute d’avoir permis l’accouchement d’un dénouement avec un tome 4 nommé Terminus. Rochette est toujours là, explosant littéralement de talent cette fois associé à Olivier Bocquet qui relance un récit tout bonnement affolant…

« Terminus, tout le monde descend ! »

Pour trouver quoi ? Un monde étrange sous une centrale nucléaire qui fuit, un nouveau leader pour la communauté du train. Laura Lewis qui remplace le conseiller Brady lynché par son peuple. Un couple de docteurs fous jouant avec la génétique, fondateur de cet étrange parc du bonheur et une belle histoire entre Puig et Val. Alors oui, ce Terminus colle à la peau, nous déchire à nouveau les entrailles, parabole si apocalyptique de notre l’actualité. Lutte sociale, crise des migrants, avenir incertain… A se demander si on nage encore dans la SF ! Les auteurs militent clairement contre le nucléaire. Mais chacun referme l’album remué. Tout est fort, touchant, expressif, le dessin, l’alternance des couleurs… Il était pourtant délicat d’achever une série née il y a presque trente ans. Le lecteur risque de lâcher prise. Hé bien, non… C’est vraiment un grand voyage qui marque pour longtemps.

Terminus, Transperceneige T 4, Chez Casterman,  232 pages qui se dévorent comme une bourasque. ISBN :978-2-203-08941-9

NB: S’il est préférable de lire la série dans son intégralité, Terminus se lit très bien comme une seule histoire, exactement comme le tome 1 en son temps.