Millénium en BD, quelle réussite!

Quand on pense à la Suède, les premières images qui viennent à l’esprit sont les grands espaces, les maisons de bois colorées et ces soleils d’été qui allongent les ombres à l’infini… Mais depuis 2005-2007, date de publication de la Trilogie de Stieg Larson, la fascination et le succès international pour ce roman policier sombre et terrifiant plonge désormais le public dans un autre univers. Comme si le monde découvrait soudainement que toutes les suédoises ne sont pas blondes.

L’héroïne de choc, Lisbeth Salander, noire rebelle de génie au dos tatoué d’un immense dragon et son comparse, le journaliste Mikaël Blomkvist déchaîne les foules. Le cinéma suédois s’empare de l’œuvre (2009), puis l’Amérique (2010)… Faut-il dès lors s’étonner que le Neuvième Art s’en empare également. En 2013 sort ainsi le premier tome de l’adaptation. On a d’abord pensé à un énième coup de marketing tant le best seller de Stieg Larson continuait à cartonner en librairie ! C’est donc d’un regard septico-critique que l’on a ouvert les premières pages de cette bande dessinée, guettant les auteurs au tournant…

Sylvain Runberg au scénario et José Homs secondé de Man au dessin. Jezz, 6 tomes en 2 ans ! Avec un débit aussi rapide, Il fallait bien 2 dessinateurs… Homs a du déterminer une sorte de charte graphique pour que les lecteurs ne soient pas trop surpris par le changement de dessinateur.

Sylvain Runberg est jeune scénariste prolifique, avec à son actif une quarantaine d’albums dont les séries Hammerfall saga médiévale dessinée par Talijancic. Il a aussi signé un thriller scandinave, Infiltrés (et oui) en duo avec Thomas Olivier. Il faut dire que Sylvain à longtemps partagé sa vie entre la Suède et la France et qu’il est vraiment à même de ressentir lapsychologie très « tordue » des pays nordiques. C’est d’ailleurs lui qui a proposé à Dupuis d’adapter Millénium. Bon choix de l’éditeur… On notera que les deux dessinateurs sont issus de la très bonne école espagnole. José Homs, c’est avec l’excellente série Secrets de l’Angélus scénarisé par Frank Giroud qu’il obtient une reconnaissance du grand public. Artiste espagnol tout comme Man, il a surtout publié en Espagne des séries érotiques ainsi que la série de SF Ari (Glénat).

Inutile de faire ici un résumé des péripéties rencontrés Mikael Blomqvist et Lisbeth Salander. Presque tout le monde a lu les romans, vu les films et même la « version longue » de la mini série TV.

Pourquoi lire les albums BD de cette saga ?

D’abord, parce que c’est une adaptation réussie et c’est un exploit suffisamment rare pour être souligné. Ensuite, le travail de Sylvain est d’une finesse incroyable. De un, il ne dénature absolument pas le récit original. De deux, de par son décryptage de l’histoire, il nous offre une nouvelle lecture de certains moments fort. Les personnages sont bien campés et la Suède (surtout Stockholm) se trouve plus présente que dans les films ou série. Certaines séquences intelligemment ajoutées donne encore plus de force à la narration. Autre force de cette déclinaison BD du roman, c’est la puissance du dessin de Homs. Les expressions des visages, les contrastes de lumières, le trait précis, tout est là ! Et cerise sur le gâteau, le travail de Man sur les autres albums est plus qu’à la hauteur travaillant ses planches avec un grande maîtrise! Vraiment, ils s’en sont donnés à cœur pour nous faire voyager dans cette Suède à la fois si proche et si lointaine. A noter que toutes les couvertures sont de Homs.

Rarement une série fut aussi prenante ! Même si la base fournie par Stieg Larson était déjà exceptionnelle, la série déclinée chez Dupuis fera référence dans le style.

 Millénium, 6 tomes de 62 pages divisés en 3 Dytiques, chez Dupuis  

Pour les fans, on suppose que vous savez déjà que Millénium, Tome 4, est sorti le 27.8.2015...

A la mort de Stieg Larson en 2013, David Lagercrantz, journaliste et écrivain suédois, signe immédiatement un contrat avec la maison d'édition Nordtedts pour écrire la suite. Ce qui ne me tue pas est donc sorti en Suède dix ans jour pour jour après Les hommes qui n'aimaient pas les femmes.